19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 22:01
Gaspard de René Benjamin (Archipoche)

Gaspard de René Benjamin (Archipoche - 280 pages - janvier 2014)

Préface de Pauline Bochant - Postface d'Etienne Benjamin

Première édition 1915 - Prix Goncourt 1915  

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La Grande Guerre a été l'occasion pour les écrivains partis au "feu' de raconter "leur guerre", souvent avec des titres explicites, comme "La boue" (Maurice Genevoix), "Le feu" d'Henri Barbusse, "La peur" de Gabriel Chevallier ou "La main coupée" de Blaise Cendrars... Des romans graves pour dire "l'indicible"...

Et puis, dès les premiers mois de la guerre, un auteur a publié "Gaspard", l'histoire de cette sorte de "titi" parisien, marchant d'escargot, qu'a été ce "fanfaron" engagé comme tant d'autres pour aller au feu, vivre dans la boue, avoir peur sans le montrer et se blessant avec une jambe coupée pour finir... Un mixte de tous ces hommes qui ont vécu ces horreurs...

L'auteur est né en 1885 et est parti dès les premiers jours d'août 1914 sur le front où il est très vite blessé. Les notes qu'il a prises vont lui servir  de trame pour son roman. Il a cotoyé ce "Gaspard", dont il fait le héros de son livre.

Il a déjà publié un roman, un essai et une comédie et est également journaliste. Il a eu le goût de la lecture grâce à son grand-père et son père et sa mère est pianiste, si bien que la culture fait partie de son quotidien. Ami de Lucien Descaves de l'académie Goncourt, il ne doute pas que le livre, inspiré de faits réels issus de ses carnets, aura le Prix Goncourt en novembre 1915. Il dépeint un "poilu gouailleur" avec ses mots d'argot, celui des tranchées et de Paris, montrant le réalisme profond du roman. Après ce succès conséquent, René Benjamin, à partir de 1916, il fait de nombreuses conférences autour de la littérature. Il va écrire encore quelques romans sur la Grande Guerre, des pamphlets et une biographie de Balzac.

C'est l'occasion du centenaire de cette guerre qui a valu de republier ce texte oublié, malgré son prix déjà auréolé de "gloire" (pour rappel le premier lauréat fut John-Antoine Nau en 1903).

 

C'est évident qu'au début on est surpris par ce Gaspard (qui aurait pu être joué au cinéma par Fernandel) jovial, toujours porté à rire et à la plaisanterie pas toujours finaude. Mais, tout de même ce parisien venu en province, à Alençon, pour participer au recrutement des futurs "poilus", amuse, divertit et ferait presque oublier la mobilisation générale. Et puis, on est en août 14, et tout le monde croit, comme Gaspard que la Guerre sera terminée dans quelques semaines, après avoir repoussé les "alboches" (sic) hors de France. On prend le train dans la bonne humeur et le voyage parait bien long. Et "enfin", c'est le front. Ou plutôt pour les réservistes qu'ils sont c'est être un peu en retrait du front. Un début de guerre sans "guerre". Ils finissent par aller sur le front, marcher dans la boue et voir ses amis mourir. Gaspard voit ainsi mourir Burette, son ami journaliste. Bientôt, il est blessé à la fesse, est transféré vers l'arrière et c'est le départ en train vers Saumur où il va vivre pendant deux mois dans un lieu "paradisiaque", sauf que les blessés gémissent, meurent pour certains et la joie pourrait disparaitre mais fidèle à lui-même, Gaspard reprend goût à la vie plus que jamais. Trois femmes vont marquer sa convalescence, infirmières improvisées : Mme Anne, Mme Aranud et Melle Viette. Retour à Alençon où il est déclaré inapte. Il s'ennuie et obtient une permission ce qui lui permet de retrouver son bébé et son amie, Marie. Illui dit qu'il veut se marier pour "légitimer" son fils.

Après ce nouveau moment de grâce, il veut retourner sur le front et une nouvelle fois il est blessé mais cette fois plus gravement...

Une vie de soldat comme tant d'autres pour ce soldat Gaspard, au demeurant très sympathique, car il a toujours le coeur sur la vie pour aider les autres, voire les accompagner dans leur fin de vie.

J'avoue avoir été surpris au début par ce personnage, "bouffon" mais il y a de très belles pages sur l'amitié, la solidarité. Il nous donne une belle leçon de vie dans un temps tellement tragique...

 

Quand il est blessé voici comment il voit la situation (p.126) : "Il bougonna. Il aurait fallu lui citer un nom de grande bataille historique, pour qu'il fût satisfait. Gercourt... ce n'était pas célèbre ! Avoir été blessé à Gercourt, ça ne serait même pas à dire - quoiqu'il l'eût échappé belle : il en avait tant vu tomber et rester sans mouvement ! Il n'y avait que les boches qu'il n'avait pas vus".

 

Et quand il arrive à l'hôpital (p. 147) : "Un soldat blessé, qui arrive à l'hôpital, pénètre dans un monde nouveau. Il vient de se battre et de souffrir parmi les hommes de son pays. Soudain, il repose entre les mains des femmes. Autre face de la vie. On le commandait ; on lui demande ce qu'il veut. On ne lui parle plus de la mort ; on lui promet qu'il va guérir".

 

Enfin, sur le front (p. 226) : "Un jour de brume d'hiver est en soi si mortel, que lorsque la nuit tombe, l'homme à peine s'en effraie. Gaspard mit sur sa tête sa couverture mouillée ; et Mousse, qui tremblait de froid, se serra contre lui. - La tranchée, toute la nuit, remue autant que le jour. Les hommes ronflent, mais ils grelottent et se cherchent l'un l'autre".

 

Et pour entendre la "voix" de Gaspard (p. 62) : "- Huit lieues ! oh, y a du bon... On est rserve, faut pas s'en faire... Les copains, eh, les copains, on va toujours se taper la cerise avec une bonne soupe mitonnée".

 

Lisez ce livre, rien que pour des phrases comme celles que j'ai tirées du roman et vous direz sans doute comme Claude Duneton : "Indispensable à la connaissance intime de la Première Guerre Mondiale".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre de mes lectures "Histoire-littérature autour de la Grande Guerre" (groupe créé sur Facebook pour partager nos lectures)

 

 

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 22:15
Atlas de la première guerre mondiale (Autrement)

Atlas de la première guerre mondiale :

1914-1918, la chute des empires européens

par Yves Buffetaut - cartographie par Fabrice Legoff

(Autrement - collection Atlas - octobre 2005 - 80 pages) ------------------------------

C'est une première expérience de lecture pour moi : lire in extenso un atlas. Généralement, on feuillette un atlas cherchant à repérer un lieu, une situation particulière...

Avec cette atlas, on a des cartes très détaillées pour évoquer ces 4 années de guerre en trois parties.

Tout d'abord, " le monde en 1914" pour situer le contexte géopolitique de cette guerre. Et n'oublions pas le sous-titre "la chute des empires européens", car de fait l'empire austro-hongrie, l'Allemagne ou la Russie vont exploser au cours ou au terme de cette guerre. L'auteur nous présente le monde entre colonialisme, nationalisme. Deux alliances se sont fait jour : la Triple Alliance (Italie, Autriche-Hongrie et Allemagne) et la Triple Entente (Grande Bretagne, France, Russie).

Après cette présentation, la majeure partie des cartes concernent la guerre sous le titre général : "Une forme de guerre nouvelle". Tous les lieux de conflit sont évoqués bataille par bataille depuis l'invasion de la Belgique et de France jusqu'à la défaite allemande sur tous les fronts. La bataille de la Marne (1914), Verdun (1916), la Somme (1916), les Dardanelles (1915), la révolution russe (1917), l'entrée des USA dans le conflit mondial (1917), sans oublier le Moyen Orient, les balkans... Rien n'est oublié. 

Et puis, une dernière partie : "Un monde nouveau et instable" établit la reconfiguration de l'Europe après les différents traités dont le principal est celui de Versailles (avril 1919). On connait, hélas, la suite. La Société des Nations (SDN) est créée, impuissante dès sa fondation, car les USA ne vont pas y siéger.

En quatre-vingts pages, cartes et textes se complètent. La guerre et les enjeux des batailles deviennent visuels et ces cartes à elles seules disent beaucoup de choses. Les commentaires d'Yves Buffetaux sont très pertinents. Cet atlas m'a convaincu qu'il est indispensable de regarder des cartes pour comprendre le monde, ses enjeux, les complexités des situations.

 

Je renouvellerai l'expérience à partir de cette collection "Atlas" dont certains titres sont "Atlas de l'Afrique", "Atlas de l'Histoire de France", "Atlas de l'Islam". Tentez l'expérience, vous ne serez pas déçus...

 

Denis

 

(Livre - atlas lu notamment dans le cadre de mes lectures "Histoire - Littérature autour de la Grande Guerre" via le groupe sur Facebook)

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 22:25
On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset

(Livre de Poche - Collection "Le théâtre de poche" - 190 pages)

Préface, notes et dossier par Frank Lestringant

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Ecrite en 1834, la pièce reflète le contexte de la crise politique née de la reprise en main de la Révolution par Charles X. Et plus encore, c'est l'époque de la crise profonde avec George Sand survenue au cours de leur séjour à Venise. Alfred de Musset tombe malade et rentre brusquement en France alors que George Sand qui a eu une liaison avec le médecin qui a soigné Alfred, reste à Venise. Leur amour renait à partir des lettres enflammées qu'ils s'écrivent. Il relit Rousseau et Goethe et écrit "On ne badine pas..." en 6 semaines après en avoir d'abord fait un texte tout en vers.

La pièce est sous-titrée "proverbe", le proverbe dramatique étant un genre prisé depuis le XVIIIe siècle. Le titre en lui-même a le ton d'un proverbe à l'image des titres de Calderon ou Shakespeare. Publiée le 1er juillet 1834, la pièce ne sera jouée à la Comédie Française que le 18 novembre 1861, dans une version épurée par Paul, le frère d'Alfred. Alfred de Musset (1810-1857) est mort depuis 4 ans, si bien qu'il n'a jamais vu "On ne badine pas..." de son vivant dans un théâtre. Et n'oublions pas qu'il est un jeune de 24 ans quand il écrit la pièce. Autour des trois personnages principaux on retrouve des figures de "fantoches" tels qu'on pouvait les voir au XVIIIe siècle au théâtre dans des rôles de personnages grotesques (Présentation inspirée par la préface pasisionnante de Frank Lestringant)

 

Alors, oui, un "proverbe" tel qu'on ne badine pas avec l'amour, est démontré dans la pièce car à faire souffrir quelqu'un en lui faisant croire qu'on l'aime et en lui montrant que l'on se joue de l'amour avec cette personne peut conduire à la mort... L'amour est affaire sérieuse...

 

Maître Blazius annonce au choeur des paysans le retour de Perdican, le fils du baron, après 10 ans d'études qui l'ont conduit à être docteur en plusieurs disciplines. Dame Pluche, elle, annonce l'arrivée de Camille, héritière de sa mère et cousine de Perdican. Le projet du baron est de marier les deux jeunes gens, qui ne se sont pas vus depuis 10 ans alors qu'ils ont passé les premières années de leur vie au chateau. Mais très vite, le baron s'aperçoit que Camille repousse les avances de son fils. Et pourtant, Perdican fait le maximum pour séduire sa cousine, lui reparlant de leurs souvenirs de jeunesse. Mais, cinglante, elle lui dit qu'elle n'aime pas les souvenirs et qu'elle repart dès le lendemain pour le couvent après avoir réglé ses papiers d'héritage.

Perdican rencontre alors Rosette, la soeur de lait de Camille, jeune paysanne. Il l'embrasse. Puis Camille revient vers Perdican et lui demande si elle a raison d'aller s'enfermer dans un couvent. Il ne sait plus quoi lui répondre dès lors où c'est son choix, il lui rappelle surtout que la plupart des religieuses sont au couvent suite à des amours malheureux. Perdican joue alors avec les sentiments de Camille en lui donnant un rendez-vous au moment où il déclare à Rosette qu'il l'aime. Et de fait, elle entend cette déclaration. C'est alors que le choeur, comme dans les drames antiques, reformule la situation et montre bien que l'on va vers un drame... On sort en effet de la comédie pour vivre des moments de tension qui vont conduire au drame...

 

Le baron ne peut que s'opposer à un mariage entre un noble et une paysanne. Et puis, c'est Camille cette fois qui tend un piège à Rosette. Elle lui donne rendez-vous et la jeune paysanne entend Perdican dire à Camille qu'il l'aime.S'en est trop pour Rosette qui se sent bafouée. Elle a compris qu'elle va être la risée du village d'avoir cru à un amour sans espoir. Elle se sent humiliée et n'a plus de raison de vivre...

 

Un drame romantique assurément dans le ton de l'époque pour une pièce qui se lit avec plaisir, le lecteur étant toutefois "bouleversé" par ces "tromperies" qui sont une forme de "libertinage" par deux jeunes insouciants qui ne comprennent que trop tard qu'ils ont blessé profondément une jeune crédule.

 

Bonne lecture, 

 

Denis

 

Nouvelle lecture dans le cadre de mes lectures sur le théâtre pour le challenge de Ankya "2014, je lis du théâtre !"

On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 20:14

Philippe Pratx m'a adressé le dossier de presse de son roman :

Le Soir, Lilith – Roman de Philippe Pratx

Dossier de presse

Le roman – La quatrième de couverture :

23 novembre 1924. Lilith Hevesi, star hollywoodienne du cinéma muet, est retrouvée morte dans le château où elle s’est retirée au fin fond de la campagne hongroise. Quarante ans plus tard, alors que le narrateur, ancien ami, amant, mentor de l’actrice aux multiples visages, tente de dépoussiérer son passé, ses recherches sont perturbées par une femme qui éveille rapidement ses

soupçons...

De faux airs de roman noir sous lesquels se dessine un portrait fantasmé, une autopsie poétique... Lilith est un fantôme qui arpente les différentes strates du temps dans des mondes aux frontières incertaines dont on ne cesse de gratter la pellicule inflammable.

Femme-enfant ou femme fatale, animal ou magicienne, elle coule de chaque mot sans qu’on puisse jamais la saisir. Sous le masque de l’enquête, les fragments – extraits de journal intime, de scénarios ou de coupures de presse – se heurtent sans jamais s’emboîter parfaitement, et finissent par s’assembler dans une tortueuse peinture expressionniste.

L’auteur :

Déjà remarqué pour ses nouvelles (Lettres de Shandili) et ses poèmes (Devîsadageï) d’inspiration indienne parus aux éditions Thot en 2007, Philippe Pratx a débuté son parcours littéraire dès l’adolescence avec ses premières publications poétiques. Son écriture exigeante en fait un auteur qui aime à dérouter et choisir ses lecteurs... Amateurs d’easy reading s’abstenir...

Il est également connu comme journaliste culturel et webmestre, spécialisé dans le domaine des cultures indiennes et indo-créoles, de par sa participation à La Nouvelle Revue de l’Inde (version papier et site internet) et la création du vaste site Indes réunionnaises. Il est cofondateur du festival Saison Indienne à Toulouse.

Philippe Pratx, enfin, est professeur de Lettres, exerçant actuellement au Lycée de Mirepoix, après un périple de Kinshasa à la Guyane, la Réunion, Abidjan et Libreville. Il est coauteur du manuel scolaire Lettres Noires, publié en 2013 au Gabon.

Ce qu’ils ont dit du livre :

  • « L’écriture est superbe. Le style frôle parfois la poésie tout en restant fluide et maîtrisé... Les personnages sont fascinants de cohérence et de folie... L'ambiance est incroyablement prégnante. C'en est presque effrayant. Il est exceptionnel d'atteindre un tel degré de réussite. Je ne vois guère que Le Seigneur des anneaux, ou peut-être, Cristal qui songe (de Sturgeon) qui m'aient impressionné de la sorte. » (Luc Deborde, écrivain, journaliste, comédien).
  • « Ce fut une fascinante découverte, à plus d’un titre. L’histoire, le personnage principal, l’insaisissable Lilith, et le style sont indéniablement assortis... Ce récit merveilleusement construit, entre le fantastique et le roman noir, distille le doute en permanence. La femme, le démon, tous les mythes qu’on y rattache prennent vie ici. Lilith aux multiples visages est un personnage si complexe qu’on est presque tenté de croire à son existence. » (StregaLes Carnets de lecture d’une livropatheVampires et Sorcières).
  • « Aussi enthousiasmant qu’agaçant par sa probité et sa prolixité, le livre finit par se laisser dompter et offrir une porte de sortie presque trop raisonnable. Fascinant par son ambiance languissante, il rappelle par moments la Forteresse de coton de Curval mais délivre son propre style délétère et hypnotique. » (VanceL’Arpenteur de pagesL’Ecran Miroir).
  • « ... Il faut donc reconstituer le puzzle, tout en se laissant envoûter par les descriptions tout simplement magiques des lieux, personnes, atmosphères... Et j'ai plus aimé encore l'étonnante conclusion de ce livre, dont je ne dirai rien, car il faut bien garder le mystère. » (Fairywen – En cours de lecture).

Internet :

Le Soir, Lilith se prolonge sur internet, avec un site officiel (www.indereunion.net/Lilith) où l’on trouvera notamment une iconographie, des extraits sonores mis en scène et le clip vidéo officiel, également disponible sur Youtube.

Editions L’Harmattan - ISBN : 978-2-343-02676-3 – 226 pages – 20 Euros.

Projet :

Le Soir, Lilith pourrait devenir également un CD musical, fruit de la collaboration de l’auteur et du duo helvético-canadien Berry Weight (électro, jazz, trip-hop, world, soul...). Un projet vidéo est envisagé également.

Le soir, Lilith de Philippe Pratx (L'Harmattan)

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 21:04
Petit éloge de l'héroïsme d'Ariane Charton (Folio)

Petit éloge de l'héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre d'Ariane Charton (Folio - inédit - janvier 2014 - 128 pages) --------------------------------

Parler d'héroïsme n'est pas chose aisée car il se cache toujours derrière une connotation "politique". On peut aussi parler de "héros" et là on fait glisser le sens vers celui de l'art. Et dans ce cas il y a le héros positif et le héros négatif.

Dans le cadre de l'héroïsme, la Grande Guerre de 1914-1918 a été un "modèle". Il n'était pas question de ne pas être "héroïque" quand la mobilisation générale a été décidée. Il fallait partir à la guerre, sans discuter et avec "fougue". Oubliés les pacifistes dont Jean Jaurès qui venait d'être assassiné... L'heure de la revenche avait sonnée et des hommes comme Péguy, Alain-Fournier ou Jean de la Ville de Mirmont sont partis la "fleur au fusil" comme nombre de leurs concitoyens. Et puis la guerre ne devait durer que quelques semaines...

 

Ariane Charton, dans ce livre, montre ainsi l'héroïsme au travers de quelques écrivains : les 3 auteurs que j'ai cités ci-dessus et qui sont morts très tôt dans cette guerre et 2 écrivains étrangers devenus français suite à leur engagement auprès des armées françaises et qui ont vécu toute la guerre : le suisse Blaise Cendrars et le russe au nom de plume Guillaume Apollinaire.

 

Car pour parler d'héroïsme dans cette guerre, il faut ne l'avoir vécue que quelques semaines car sinon les morts inutiles, les conditions de vie  exécrables des soldats ont conduit à réviser l'enthousiasme du début. Alors, oui, bien sûr quand son pays est envahi, il convient de combattre "l'ennemi", même si le soldat en face de soi est "innocent" comme soi-même. Ceci étant, la guerre est une abomination et avant qu'elle n'éclate il faut tout faire pour l'éviter. C'est là pour moi qu'est l'héroïsme avant tout. L'auteure montre bien ces ambiguités dans son livre.

Elle prend l'exemple de Paul Léautaud qui a montré une indifférence indcente, quand un auteur comme Barbusse, pacifiste, a tout de même fait partie des "volontaires". Comme quoi, tout mot n'a de sens que dans un contexte précis. Ici, une patrie en danger.

Georges Duhamel, médecin, a tout fait pour sauver des hommes et leur apporter du soutien. Il a été un "homme de l'arrière", mais comme les infirmières et tant d'autres, il s'est "battu" pour exercer son "art médical". Et lui, comme d'autres écrivains, ont écrit pour expliquer, raconter ce qu'ils ont vu avec humilité, sans se mettre en avant, faisant à partir de mots, oeuvre littéraire. Cette guerre a été souvent synonyme d'ennui et de dsenchantement, comme le relève l'auteure, page 59 : "L'ennui et le désenchantement  peuvent paraître en opposition avec l'héroïsme. En réalité, ils lui sont intimement liés, ils représentent les moments d'inaction, d'attente ou de déception qui rendent ensuite l'acte héroïque d'autant plus remarquable. Le héros veut toujours davantage d'actions éclatantes".

Ariane Charton cite alors Blaise Cendrars dans "La Main Coupée" : "L'ennui nous écrasait.(...) Les obus marquaient le temps". Son analyse de l'héroïsme est passionnante, convoquant les écrivains à l'appui de ses propos.

Alors, oui, on reste pacifiste après la lecture de ce "Petit éloge de l'héroïsme" mais en se disant, comme je le précisais au début de cet article, qu'il faut toujours combattre toute injustice. C'est l'esprit de "l'homme révolté" !!! si cher à Camus.

 

Merci Ariane Charton pour ce livre très pertinant et intelligent, excellente introduction aux lectures d'auteurs liés à la Grande Guerre.

 

Bonne lecture,

Denis 

 

Livre qui se rattache à mes "lectures autour de la Grande Guerre" et au groupe que j'ai créé sur facebook "Histoire - littérature autour de la Grande Guerre"

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 19:51
Lucrèce Borgia de Victor Hugo (Actes Sud - Babel)

Lucrèce Borgia de Victor Hugo

(Actes Sud - Babel - "Répliques" - 206 pages)

Avec un commentaire dramaturgique

d'Antoine Vitez, Yannis Kokkos et Eloi Recoing 

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La collection "Répliques", fondée par Michel Vinaver, a permis de mettre à disposition des lecteurs de pièces de théâtres comme "Lucrèce Borgia" les nots, croquis et réflexions autour de l'oeuvre au moment de la préparation d'une interprétation de l'oeuvre sur scène. Je peux vous dire que c'est extrêmement stimulant de lire de cette manière une pièce de théâtre.

Ici, il s'agit de la préparation de la création du drame de Victor Hugo à Venise, Campo San Lorenzo le 11 juillet 1985 : mise en scène d'Antoine Vitez, scénographie et costumes de Yannis Kokkos, l'assistant à la mise en scène étant Eloi Recoing.

L'illustration de couverture du livre est un détail de "Nature morte", 1642, de Willem Claesz Heda (Rijsmuseum-Stichting - Amsterdam).

 

Ainsi donc, la page de gauche nous livre le "matériau" de la préparation de la mise en scène et la page de droite, le texte original de Victor Hugo.

 

Le texte de Hugo date de 1833, peu après l'échec du "Roi s'amuse", et a écrit écrit en 14 jours. Malgré l'urgence et la rapidité de l'écriture de cette pièce, elle est d'une très grande valeur littéraire. J'avoue avoir éprouvé un énorme plaisir de lecture, osant annoncer que "Lucrèce Borgia" est un chef d'oeuvre de Hugo. Un parmi d'autres, tant l'auteur est génial.

 

Dans sa préface à l'oeuvre, Victor Hugo écrit : "...Prenez la difformité "morale" la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète ; placez-la là où elle ressort le mieux, dans le coeur d'une femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de grandeur royale, qui donnent de la saillie au crime ; et maintenant mêlez à toute cette difformité morale un sentiment pur, le plus pur que la femme puisse éprouver, le sentiment maternel ; dans votre monstre, mettez une mère ; et le monstre intéressera, et le monstre fera pleurer, et cette créature qui faisait peur fera pitié, et cette âme difforme deviendra presque belle à vos yeux...".

 

C'est là le thème de "Lucrèce Borgia". Dans l'acte I, on la voit à Venise où elle est venue incognito avec son fidèle Gubetta. Son intention est d'approcher Gennaro, de lui parler. Compte tenu de sa réputation sulfureuse, deux émissaires venus l'espionner, en concluent qu'elle est venue ici voir son amant. Gennaro se confie à elle et lui dit qu'il est à la recherche de sa mère qui lui écrit tous les premiers du mois. Les amis de Gennaro l'interpellent et lui disent devant elle que cette femme n'est autre que Lucrezia Borgia, l'empoisonneuse, la tueuse. Chacun a eu un membre de sa famille tué par elle.

 

Dans le 2e acte, de retour à Ferrare, elle voit soudain que son nom inscrit sur la façade du palais où elle vit avec son mari, le duc Alphonse d'Este, a été amputé du B, ainsi on lit Orgia et non plus Borgia. Nouvelle offense. Elle a conscience qu'elle a été cruelle et que son coeur de mère lui dit qu'elle doit aller vers plus de clémence. Mais là, non, elle dit au Duc que le coupable doit être exécuté sans appel et son mari lui répond qu'il connait le coupable et lui dit qu'il est à côté. Alors, elle le fait venir et s'aperçoit que c'est Gennaro qui vient en traitre à son nom. Elle veut alors se rétracter et demande la clémence à Don Alphonse mais il refuse d'autant qu'il lui dit que cet homme est son amant et qu'il entend tuer son "ennemi". Le poison des Borgia étant puissant, il demande à Lucrezia d'ne user pour tuer Gennaro. Elle se doit malgré tout d'obéir mais dès qu'elle est seule avec Gennaro, elle lui donne le contre-poison et le fait évader.

 

Le dernier acte remet en présence de Lucrezia les amis de Gennaro, ceux qui l'ont humiliée devant Gennaro en révélant son identité et tous ses méfaits. La fête chez la princesse Negroni doit lui permettre d'empoisonner le vin qu'ils vont boire. Gennaro est là et quand il apprend que ses amis, dont Maffio, son ami de coeur, vont mourir, il s'en prend à Lucrezia et lui promet la mort de sa propre main. Elle lui révèle alors qu'il est un Borgia et ne peut la tuer, sans réussir à lui dire qu'elle est sa mère, tant elle sait qu'il hait les Borgia, les bourreaux de ses parents pour lui...

 

On retrouve bien le thème tel que décrit par Hugo montrant bien les deux facettes de cette femme,  prise entre les intérêts d'état et le coeur d'une mère. Le drame "romantique" est bien là dans tous les éclats. Hugo le fait sans aucune grandiloquence ce qui rend son texte passionnant et les notes de Vitez, Kokkos et Recoing nous permettent également de "ressentir" le texte, le contexte et le regard d'aujourd'hui sur une oeuvre "classique".

Exemple de notes au tout début de l'acte Deux : "Pour signifier le changement de lieu, nous aurons un changement de lumière, un changement dans la nature du son, un changement de robe pour Lucrèce et enfin l'inscription "Borgia" au mur du palais. Mais au fond, l'idéal serait que rien de concret ne montrât qu'on change de lieu. C'est le Verbe qui dit le lieu et, en théorie, nous n'avons pas à prendre le temps d'installer un "décor".

En résumé, un excellent temps de lecture pour une pièce et une édition

G E N I A L E S.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya que l'on peut retrouver aussi sur sa page facebook :  https://www.facebook.com/groups/571337999606466/

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 21:20
La case du commandeur d'Edouard Glissant (Gallimard)

La case du commandeur d'Edouard Glissant

(Gallimard - 1997 - 210 pages)

Première édition Le Seuil - 1981

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Assurément ce roman est l'oeuvre d'un poète. C'est enfoncer une porte ouverte que de dire cela car de fait Edouard Glissant (Martinique 1928 - Paris 2011) puisque l'auteur est avant tout un poète et son oeuvre romanesque s'organise autour d'une écriture poétique.

 

Dans ce roman où revient un personnage déjà présent dans "La lézarde", le premier roman d'Edouard Glissant, publié en 1958, qui lui valut le Prix Renaudot, Marie Celat, l'écriture est "continue", sans paragraphes. Seulement des phrases qui s'enchainent les unes aux autres, avec des points pour prendre sa respiration de lecteur. Ainsi, on a un texte dense qui s'offre à nous.

Et le roman est décomposé en trois parties, elles mêmes constituées de 4 "chapitres", avec en point de symétrie, au début et à la fin, un extrait d'article du "Quotidien des Antilles" de septembre 1978. C'est dire que le roman est structuré tout en nous donnant l'impression de liberté de ton pour décrire une famille sur 4 générations en Martinique, au 20e siècle. Le lecteur ressent fortement l'emprise des traditions et plus encore de la colonisation sur les moeurs, les révoltes des personnages.

Marie Celat est la "figure" majeure du roman et de cette famille écartelée. Le roman est très intéressant et mérite beaucoup d'attention de lecteur, sachant que le livre peut se lire à haute voix pour entendre les sons de la phrase de l'auteur. Comme il est très difficile de résumer un tel livre, je vous renvoie à la présentation faite sur le site passionnant dédié entièrement à Edouard Glissant : http://www.edouardglissant.fr

La case du commandeur (Seuil, 1981) : On pourrait, dans une certaine mesure, voir en ce roman contemporain du Discours antillais, un peu le pendant du Quatrième siècle, par sa plongée dans la généalogie, qui est cette fois-ci celle de la compagne de Mathieu Béluse qu'on a déjà croisée dans La Lézarde, Mycéa, ou Marie Celat. La similitude est voulue, mais le déroulé généalogique tient ici d'autres fonctions que dans le roman de 1964. Il s'agit en somme, de donner à voir non seulement tout le désordre de la mémoire non inféodée aux narrations officielles mais aussi à tout ce qu'elle recèle de ressentiment envers les trahisons séculaires sur laquelle la traite fut fondée. On remonte ainsi à l'Afrique orginelle qui a vu ces trahisons fraternelles se nouer (celles qui sont mises en abyme au centre du roman, autour du personnage d'Odono, le premier marron). Mais le roman ne se fige pas à ce tourbillon généalogique : de retour à l'époque de l'intrigue de La Lézarde, le personnage de Marie Celat voit sa rébellion reconnue comme folie par les autorités. Comme souvent chez le Glissant de cette époque, les représentations du motif de la folie sont fréquentes, et font d'ailleurs écho aux réflexions sur les données névrotiques, qui parcourent Le Discours antillais. Avec La case du commandeur, l'exploration qui conditionnait Le quatrième siècle se confronte aux désordres personnels des personnages.

Et voici un extrait de ce majestueux roman "lyrique" (début de la 3e partie - page 145) "Marie Celat s'était donc arrêtée au bord de ce gouffre où nous avons jeté tant de roches, dessouchées du temps. Peut-être regarde-t-elle plus loin qu'aucun de nous dans le gouffre. On suppose que si nous l'avons appelée Mycéa, c'est par manoeuvre de détournement, tentative d'apprivoiser sous la douceur du nom ce qui chez elle nous paraissait si neuf et si brutal".

 

Bonne lecture

Denis

 

Lecture qui s'inscrit dans le cadre des lectures du groupe facebook "Littérature francophone sans frontières"

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 21:54
Correspondance : Alain-Fournier / Charles Péguy (Fayard)

Correspondance (1910-1914) : Alain-Fournier - Charles Péguy (1910-1914) Fayard - 1973 - 220 pages

Présentations et notes par Yves Rey- Herme

(rééditée et complétée en 1990, édition que je n'ai pas eu entre les mains)

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N'attendons pas une riche et longue correspondance entre ces deux auteurs. Tout d'abord parce qu'elle reprend une période de 4 ans. N'oublions pas non plus que les deux hommes sont morts au tout début de la Grande Guerre. J'avoue que je ne connaissais pas leur amitié avant de lire ce livre et il y a un côté "pathétique" à savoir que leur destin s'est terminé de la même manière à quelques jours d'intervalle.

 

Charles Péguy (1873 - 4 septembre 1914) et Alain-Fournier (1886 - 22 septembre 1914) : une correspondance de 64 lettres ou cartes dont plus des deux tiers sont de Péguy, sachant que Péguy envoie surtout de courts textes tandis que Alain-Fournier écrit des lettres plus longues. Près de la moitié des échanges se fait sur six mois. Beaucoup d'irrégularité pour deux auteurs qui se rencontrent souvent à Paris.

 

Péguy est déjà un auteur reconnu en 1910, directeur des influents "Cahiers de la quinzaine" (238 numéros entre 1900 et 1914), tandis que Alin-Fournier, son cadet de 13 ans est un "écrivain en formation". Son roman majeur, "Le grand Meaulnes" ayant été publié en 1913.

 

Et souvent, une correspondance d'écrivains (par exemple Zweig et Verhaeren) commence comme celle-ci : (28 septembre 1910) "Cher Monsieur, Je veux employer ma dernière heure de vacances à vous dire simplement combien j'aime vos livres. / Au milieu des "petites perplexités dont nous vivons", comme le dit quelque part Jacques Copeau, il nous faut de ces vigoureuses poussées..." (De Alain-Fournier, chroniqueur à Paris-Journal à Charles Péguy).

 

Les deux écrivains se stimulent mutuellement car au fil des mois, les différences d'âge et de création littéraire s'estompent tant leur amitié est intense et fraternelle. Ils se rejoignent sur le catholicisme et le patriotisme. Péguy publie dans ces années-là, "le mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1910) et "La tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc" (1913). Ils vont aimer la même femme en 1913, Simone Benda (dite Madame Simone, actrice) et malgré cette "rivalité" qui aurait pu naître entre eux, leur amitié n'en a subi aucun "dommage".

En résumé, une très belle amitié qui permet, au travers de cette correspondance, de nous faire mieux connaître ces deux auteurs dans leur rapport à leur oeuvre. Ils apprennent à être "humbles" avec leur oeuvre, ouverts au dialogue sur l'acte de créer. Alors que le centenaire du début de la Grande Guerre est à nos portes, il y aura forcément dans les jours prochains des hommages à ces deux amis morts parmi les premiers combattants. Que serait devenu leur patriotisme s'ils avaient vécu ces 4 années de guerre et de souffrances !!! Leur témoignage aurait été précieux. Le destin en a décidé autrement.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lecture qui s'inscrit dans le cadre du groupe "Histoire - littérature autour de la Grande Guerre" sur Facebook.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 21:51
Acqua-Toffana de Patricia Melo (Actes Sud)

Acqua-Toffana de Patricia Melo

(Actes Sud - Lettres latino-américaines - 175 pages - Mars 2003)

Traduit du portugais (Brésil) par Sofia Laznik-Galves

Publication originale - 1994

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Voici un bien étrange roman qui pourrait être plutôt un polar qu'un roman de littérature "générale", ce qui n'est pas surprenant quand on sait que l'auteure écrit aussi et surtout de la liitérature policière.

Acqua-Toffana est le premier roman de l'auteure brésilienne, née en 1962, dont l'oeuvre s'inspire de la violence au Brésil telle qu'elle peut la ressentir. A aujourd'hui, 7 de ses oeuvres sont publiées en France, essentiellement chez Actes-Sud.

 

Alors, oui, un étonnant roman, composé de deux parties. Deux voix : une femme d'abord, puis un homme. Deux psychopathes, deux schizophrènes sans doute. Et "au milieu", un poison l'acqua-toffana, qui vient de la Renaissance : L'acqua-toffana – aussi surnommée la « manne de saint Nicolas » car elle servait spécialement aux épouses désireuses de se débarrasser d'un mari gênant – tirait son nom de celui d'une certaine Giulia Toffana, empoisonneuse originaire de Palerme, qui vint à Rome vers 1651 pour y exercer son art criminel. On estime qu'en quelques années le nombre de ses victimes dépassa six cents. (Encyclopédie Larousse).

Un poison qui pourrait être un moyen de tuer. Mais voila, Rubao, le mari de la femme qui vient le dénoncer au commissariat est sensé tuer des femmes séduites par d'autres moyens. Notamment, il dit travailler sur la recherche en matière de poison... Cette femme parle au commissaire de police qui s'intéresse sans plus aux explications qu'elle lui donne. Elle a beau donner des exemples, des informations... et le policier lui répond inlassablement qu'il lui faut des faits, rien que des faits. Elle répond qu'il les viole, donc la police n'a qu'à expertiser son sperme pour vérifier qu'il est bien le violeur... Et son mari est-il réellement un "serial-killer" !!! N'est-elle pas malade, cette jeune femme de 22ans, folle de sexe et de cinéma. Elle sort peu et regarde inlassablement des films à la TV... Coupable, non coupable !!! pour un homme qui aurait tué sa mère et son amant alors qu'il avait 8 ans. Certains passages sont répétitifs, comme des paroles remâchées à l'infini.

Dès le début du roman, la psychologie de cette femme nous interpelle : "Un morceau de verre vole en éclats dans la salle de bains. / Je me réveille. Quelqu'un est entré chez moi. Mais non. Ce bruit, c'était dans mon rêve. Ca se passait à Rio, je faisais du footing dans le quartier du Leblon, j'ai renversé une poussette, le nouveau-né est tombé sur l'asphalte, sa mère, vlan, m'a envoyé une gifle. Pas le moindre bruit de verre que se brise. Un homme est entré chez moi, je ne l'ai pas rêvé, ce bruit. Je m'approche de la porte, je colle mon oreille contre la cloison en bois. Rien. Pas un son. Ce bruit, il est en moi. Non. C'était peut-être à l'étage du dessus..."

 

Le second personnage semble tout autant perturbé psychologiquement. Et pourtant, c'est un homme rangé, d'habitudes... Et puis, sa vie bascule un matin.

Début de la seconde partie (page 89) : "Je suis un homme ponctuel. Depuis vingt-cinq ans que je travaille à la mairie je ne suis jamais arrivé en retard, pas une seule fois. L'ascenseur était là. Je suis entré en vitesse, et cette prote idiote, si paresseuse pour se refermer, a gâché ma matinée. J'ai appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée, au moment où j'allais sortir j'ai senti une main se poser sur mon coude. J'ai horreur de ça. Je déteste qu'on me touche, toutes ces mains sales. C'était la femme du septième étage. Je ne me souviens jamais de son nom."

 

Et sa vie bascule réellement ce matin-là. Il tombe amoureux de la "grosse femme", sans doute vierge à son avis, Celia. Il l'invite à venir chez lui et alors il se dit qu'il faut qu'il la tue. Car il sent ces pulsions sourdre en lui. Après étude, la noyade dans une baignoire est la meilleure méthode car la moins douloureuse. Pas question de lui faire mal en la tuant. Il pourrait envisager un viol mais sans certitude. On le voit tout au long de cette partie du roman imaginer ses scènes de crime. Ce pourrait même être lui qui serait tué par Celia... Très beau texte avec des moments lyriques et des redites qui montrent bien les tourments des deux protagonistes. On est fasciné et en même temps, on ne sait plus ce qui est réel et ce qui est imaginaire. C'est toute la force de ce roman qui ne peut pas nous laisser indifférents face à ce texte.

A lire, vraiment...

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre du groupe de lecture autour de la littérature brésilienne sur facebook

 

 

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:32
Ceux de Verdun : les Ecrivains et la Grande Guerre (GF)

Ceux de Verdun : Les Grands Ecrivains et la Grande Guerre

(GF Flammarion - Mars 2001 - 121 pages)

Présentation et dossier par Patrice Kleff

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Ce petit livre est un ouvrage "pédagogique", essentiellement destiné à l'usage des jeunes étudiants qui permet d'aborder les grands thèmes de la Grande Guerre au travers d'extraits de livres d'auteurs qui ont vécu cette guerre :

- La vie quotidienne du soldat : avec des extraits de Dorgeles, Remarque, Cendrars et Céline

- Le feu : Dorgeles, Barbusse, Remarque et Céline

- L'arrière : Remarque, Barbusse et Dorgelès

- Réflexions sur la guerre : R. Martin du Gard, Remarque, Romains et Barbusse.

Ainsi, les thèmes essentiels qui sont ceux de la vie des soldats dans cette "sale" guerre où le quotidien était d'aller au feu, de survivre : la boue, la peur, les rapports de force entre soldats, la mort donnée et celle qui touche les proches... sont racontés ici, avec des éclairages et photos, sous le regard des écrivains qui ont eu le souci de témoigner et de réfléchir sur cette guerre.

Dès l'introduction, ce livre rappelle que les écrivains depuis les débuts de la littérature et dès Homère a eu ce besoin de raconter la guerre, un des moteurs de l'humanité, qu'on le veuille ou non.

Martin du Gard et Remarque, pacifistes, ont dénoncé cet élan de la bourgeoisie à favoriser la guerre, les pauvres voyant cette guerre comme une ruine...

"- Ils attaquent ! / Gilbert et moi avons bondi ensemble, assourdis. Nos mains aveugles cherchent le fusil et arrachent la toile de tente qui bouche l'entrée. / - Ils sont dans le chemin creux ! / Le cimetière hurle de grenades, flambe, crépite. C'est comme une folie de flammes et de fracas qui brusquement éclate dans la nuit. Tout tire. On ne sait rien, on n'a pas d'ordres : ils attaquent, ils sont des le chemin, c'est tout... / Un homme passe en courant devant notre trou et s'abat, comme s'il avait buté. D'autres ombres passent, courent, avancent, se replient..." (Roland Dorgelès, "Les Croix de Bois" - Albin Michel - 1919).

A méditer pour toute guerre. On ose encore croire à un monde en paix !!!!

Et un livre à faire lire à tous les jeunes qui vont étudier cette guerre dans leur cursus scolaire.

Denis

 

(Article qui se rattache au groupe facebook "Histoire - Littérature autour de la Grande Guerre")

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