21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 19:26
La pupille de Sutherland de Rachel Zufferey (Plaisir de Lire)

La pupille de Sutherland de Rachel Zufferey

(Plaisir de Lire - collection "Aujourd'hui" - 640 pages - novembre 2013) -------------------------------------------------

Voici le deuxième livre que je lis en partenariat avec l'éditeur suisse Plaisir de Lire, après "Les funambules de l'indifférence" de Michel Diserens.

C'est un premier roman de Rachel Zufferey, née en 1986 à Genève. La 4e de couverture nous précise que l'auteure est passionnée par la Renaissance et l'histoire de l'Ecosse. Et de fait, la lecture du roman nous confirme que Rachel Zufferey a l'art de nous introduire dans le siècle de Marie Stuart avec majesté.

On entre dans le roman comme on rentrerait dans un roman historique écrit par un auteur comme Alexandre Dumas ou Walter Scott. Le style est limpide, clair et on suit sans difficulté la vie sur quelques années de quatre femmes dont la reine de France devenue ensuite reine d'Ecosse avant de déchoir et d'être retenue prisonnière par sa cousine Elisabeth Première d'Angleterre, Marie Stuart.

Ainsi donc, la grande histoire rencontre la "petite", celle de personnages imaginaires qui viennent rendre ce roman plus vivant et non "didactique". Le personnage qui donne son titre au livre est une pupille du Sutherland, comté des Highlands en Ecosse. Kirsty Dunbar a été "abandonnée" par ses parents à son oncle, ce qui l'a fait grandir aux côtés de son cousin ,considéré comme son frère, loin de ses origines. Le roman commence quand un highlander, Hamish Ross, vient sur les terres de son oncle. Ils montrent tout de suite un intérêt l'un pour l'autre. Elle, est une lady et lui un guerrier "rustre", ce qui rend impossible toute alliance entre les deux jeunes gens. Kirsty est  très proche de Tara sa dame de compagnie qui l'aide à rester en contact avec Hamish par envoi de lettres et quelques rencontres. Seulement, la dernière tourne court car par imprudence, Tara a mis Alexander sur sa piste. Il surprend ensemble les deux jeunes gens. Le lendemain, l'oncle de Kirsty l'envoie à la cour de Marie Stuart où elle va devenir une de ses dames de compagnie. Kirsty va cotoyer la noblesse écossaise et être au coeur des intrigues de cour autour de Darnley, l'amant de la Reine, puis autour de Moray qui deviendra régent quand Marie Stuart sera déchue de son titre. Tous ces événements sont authentiques et forment la trame historique passionnante du livre. Entre en scène, à la Cour, la 4e femme du récit, Morag, jeune femme devenue amie de chambrée de Kirsty.

La narration se centre sur la vie de ces femmes dont on suit les mésaventures au fil des chapitres, Kirsty prenant aussi la parole comme si on lisait son journal entre les interventions d'un narrateur omniscient. Hamish est aussi un des personnages principaux car son amour pour Kirsty constamment contrarié en fait le protagoniste que Kirsty va avoir constamment en tête, même quand elle va faire l'erreur de s'attacher la désastreuse protection de Moray... Tara va suivre son destin jusqu'en France après avoir croisé quelque temps Antoine, un marin français. Morag va mieux réussir sa vie en épousant un lord...

640 pages qui se lisent avec grand intérêt, comme un "page turner" (livre qui donne envie d'en savoir plus à chaque page ou chapitre de par les rebondissements multiples).

Je me dois, toutefois, de mettre un bémol à ma lecture. A partir du moment où Kirsty n'est plus à la Cour de Marie Stuart, la partie historique du roman "tombe" et le livre devient un livre de "bons sentiments", comme une "romance" où tout devient "gentil". Les guerres, les viols, la violence s'envolent presque par enchantement et l'amour, la vie familiale prennent le dessus. On est ravi pour les personnages qui ont tant souffert pendant 400 pages et qui soufflent enfin... Mais, j'avoue avoir été déçu par ces pages. Les "vrais sentimentaux" aimeront ce livre de bout en bout.

 

Ce livre reste un bon roman qui donne du plaisir de lecture. Merci aux éditions Plaisir de Lire pour l'envoi de ce livre. Un compte permet sur facebook d'entrer en contact avec "La pupille de Sutherland" et l'auteure.

 

Bonne lecture,

Denis

Ce livre entre dans le cadre de mon challenge "Littérature francophone d'ailleurs", devenu sur facebook "Littérature francophone sans frontières"

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 21:28
Coriolan de William Shakespeare (GF Flammarion)

Coriolan de William Shakespeare (GF Flammarion - 1965)

Traduit de l'anglais pas François-Victor Hugo

Préface et notice par Germaine Landré

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Coriolan a pour sujet un épisode de la guerre de Rome contre les Volsques, trouvé par l'auteur chez Plutarque.

Les libertés de Shakespeare concernent la psychologie de Coriolan. Il présente aussi sa philosophie pessimiste de la vie à travers ce personnage.

La pièce a été publiée en 1623 et a dû être composée entre 1608 et 1609. Elle n'eut pas l'écho espéré : pièce trop sévère, trop subtile pour son temps.

Le rôle de la mère de Coriolan, Volumnia, pourrait être le portrait de la mère de l'auteur morte en 1608. Coriolan domine la tragédie par ses vertus et ses erreurs. Il se montre obstiné également. Il va tout faire pour être consul mais l'hostilité autour de lui le conduit à aller dans le camp des ennemis de Rome, notamment à cause de Brutus et Sicinius, la plèbe ne le suivant pas.

Cette pièce a été souvent appelée "le drame de l'ingratitude populaire". Enfin, l'on peut dire que cette pièce rentre dans la catégorie des tragédies romaines de Shakespeare qui compte au total 4 oeuvres : Titus Andronicus, Jules Cesar, Antoine et Cléopâtre, Coriolan.

(Informations issue de la présentation du livre par Germaine Landré).

 

Au début de la pièce, Coriolan s'appelle de son vrai nom Caïus Marcius. Il va devenir Coriolan après sa victime éclatante à Corioles où il s'est retrouvé isolé dans cette ville assiégée par les romains. Il en ressort vainqueur, ce qui lui vaut la gloire d'un romain courageux et ce surnom de Coriolan. Bien que blessé, il a pu vaincre Aufidius, le chef des Volsques. Il est acclamé à Rome et a tout espoir de devenir sénateur.

Toutefois, c'est sans compter sur la versatilité du peuple conduit par les plébéens que sont Brutus et Sicinius. Alors que Coriolan n'aime pas parler au peuple, il va se résigner à aller au devant des citoyens pour obtenir leurs voix, ce qu'il obtient sans difficultés particulières. Mais ses détracteurs s'empressent de dire au peuple que Coriolan est hypocrite car au fond de lui-même il méprise le peuple. Et Coriolan n'est pas bon orateur et son "orgueil" fait qu'il refuse de "faire plaisir" à ses interlocuteurs. Il dit les choses telles qu'il les sent. Il revient vers le peuple sur insistance de sa mère et de son meilleur ami et comme il reste sur ses positions, le jugement est sans appel : le peuple demande son bannissement. C'est n réel triomphe pour ses ennemis que sont plus que jamais les deux tribuns Brutus et Sicinius.

 

Coriolan, redevenu Marcius, se rend chez Aufidius, l'ennemi d'hier, et lui offre la possibilité de se battre à ses côtés contre Rome. Il aura ainsi sa vengeance contre ce peuple volatile qui n'a pas su reconnaitre sa bravoure. Et de fait, forte de ces deux chefs, les deux armées des Volsques fondent vers Rome collectionnant les succès souvent avec violence et viol. Aux approches de Rome, les romains prennent peur et quand ils apprennent que Marcius est venu les défier, les tribuns et le peuple demandent à Menenius puis à la mère, l'épouse de Coriolan d'aller à sa rencontre pour le faire fléchir...

 

Cette pièce est centrée sur le rapport de forces entre êtres humains qui doivent jouer, ruser et trahir pour obtenir ce qu'ils veulent. Et quand un homme se veut intègre, sans concessions, il n'a aucun espoir d'obtenir quelque crédit que ce soit.

 

Je ne cacherai pas que j'ai vraiment aimé cette tragédie dont la traduction très poétique de François-Victor Hugo (fils de Victor Hugo 1828 - 1873) rend la lecture fluide et particulièrement agréable.

 

 

Bonne lecture,

Denis

Lecture dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre !"

Lecture dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre !"

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 16:23

Voici le message que j'ai reçu de l'auteur Paul Daudin Clavaud :

 

"Les éditions Malpertuis lancent un nouveau roman Le Seizième Anneau du serpent, par Paul Daudin Clavaud. Formidable histoire d’amour et enquête dans le temps et dans l’espace, le roman est un récit triptyque. Il transporte le lecteur depuis l’Inde du Sud à l’époque du Christ jusqu’à la Jérusalem contemporaine, tout en revivant la célèbre épopée de la Première Croisade.
De nos jours, un moine ermite et iconographe, Thomas Ghesquière qui vit dans le sud de la France, part à la recherche d’un ami d’enfance qui a disparu à Jérusalem. Sa quête l’emmène hors des sentiers battus par l’Eglise et à la découverte de deux autres personnages : Lidija la veuve d’un brahmane du Kerala, qui vivait au Ier siècle de notre ère, et Aristophane un moine byzantin du Mont Athos engagé malgré lui dans la Première Croisade aux côtés du célèbre Duc Godefroy de Bouillon.
Le Seizième Anneau du serpent est un roman palpitant, dépaysant et plein de mystères. Il est remarquable par ses personnages attachants et crédibles ainsi que par son intrigue bien construite. La kabbale, la gnose, les philosophies orientales, le symbolisme des icônes et un évangile volontairement oublié sont autant de clés de cette enquête où l’Amour joue aussi un rôle central. Difficile du coup d’en ressortir indemne.
L’auteur, Paul Daudin Clavaud, journaliste de presse écrite et de télévision, a conjugué techniques d’écriture et d’investigations pour bâtir cette intrigue. Le Seizième Anneau du serpent s’appuie sur une recherche documentaire particulièrement étoffée, de nombreux voyages et des rencontres extraordinaires avec « des personnages existants ou ayant existé ».
Créé en 2006 par Christophe Thill et Thomas Bauduret, Malpertuis est un éditeur spécialisé dans la littérature fantastique classique et moderne. Sa ligne éditoriale, exigeante sur la qualité, lui a permis de se constituer une véritable notoriété parmi les critiques spécialisés et les lecteurs passionnés.
Paul Daudin Clavaud est un journaliste et écrivain voyageur. Il a écrit dans des publications aussi diverses que La Manche Libre, L’Echo Républicain et La Voix du Nord, avant de travailler pour France 3 Sud et comme documentariste TV en free lance. Depuis dix ans, il se consacre à la formation des journalistes et des communicants en France et dans de nombreux pays d’Afrique du Nord et subsaharienne. Il partage aujourd’hui son temps entre Lille et Casablanca.
Photo de couverture disponible sur simple demande ou sur la page Facebook du roman : https://www.facebook.com/LeSeiziemeAnneauDuSerpent
Merci d'avance pour votre soutien littéraire.
"

 
 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 22:38
Les Jui(f)ves de Robert Garnier (Belles Lettres)

Les Jui(f)ves de Robert Garnier

(Belles Lettres - Les textes français - 1949)

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La tragédie "Les juives" (juifves dans la version originale) a sans conteste la première place dans le théâtre de la Renaissance par son intérêt psychologique, ses effets pathétique et par la beauté du style.

1534 pourrait être l'année de naissance de Robert Garnier, mais plusieurs événements et documents feraient pencher pour 1545-1546. Il est mort en 1590. Né dans le Maine, il fait ses études à Toulouse et exerce ensuite des fonctions d'avocat et de magistrat. Il écrit des poèmes, des tragédies et une tragi-comédie "Bramante". Sa dernière tragédie est "les Juifves", tirée de la Bible et des récits de Flavius Josèphe.

 

Garnier a gardé pour sa pièce les deux antagonistes qui ont réellement existé : Nabuchodonosor, roi d'Assyrie  et Sédécias, roi des juifs. On y trouve aussi Nabuzardan, général du roi d'Assyrie et Amital, la mère du roi des juifs Sédécias.

 

Au début de la tragédie, la ville de Jérusalem a été prise et les fuyards ont été capturés. Les trois unités de la poétique d'Aristote sont respectées : unité d'action, de temps et de lieu.

 

Le propos principal de Garnier est d'inspirer la terreur et la pitié. Quant à Amital, elle apparait dans 4 des 5 actes, ce qui en fait le personnage principal. Elle est le porte-parole des juives.

 

L'acte I se présente comme une apostrophe du prophète envers Dieu, le peuple juif et sa nation. Le choeur rappelle qu'Adam et Eve sont cause du malheur des juifs. Dieu a "lâché" son peuple...

 

Dans l'acte II apparait Nabuchodonosor qui se confie à Nabuzardan sur les sanctions qu'il souhaite infliguer à ses prisonniers. Il envisage de tuer leur roi. Le choeur s'exclame pour espérer que leur voix portera pour que la clémence vienne jusqu'au roi assyrien. Amital, de son côté, parle avec la reine d'Assyrie, laquelle lui demande de raconter ses malheurs. Elle compatit mais ne croit pas pouvoir convaincer Nabuchodonosor.

 

L'acte III donne la parole à la reine qui essaie de convaincre son mari d'être clément  mais il lui répond que ce peuple doit être châtié au travers de son roi. Amital offre son corps à la mort plutôt que celle de son fils. Sédécias (devenu ici Sédécie), dans l'acte suivant ne va pas aider à sa défense quand il dit à Nabuchodonosor que Dieu est unique et qu'il n'est pas question de se soumettre. Le prévôt, alors, vient annoncer le verdict. Les enfants seront tué et le roi deviendra aveugle. Les juives pleurent ce sacrifice ridicule... Le dernier acte, assez court, redonne la parole au prophète qui raconte ce qui s'est passé...

 

Nous voyons que cette tragédie ne reprend pas les thèmes mythologiques grecs ou romains, mais le catholicisme de Robert Garnier l'a conduit à s'intéresser à un épisode douloureux de la Bible.

 

Tout comme pour l'autre pièce du XVIe siècle que j'ai lue en mars de Jodelle , le texte lu dans le texte original de l'oeuvre n'est pas simple car l'écriture de l'époque a des subtilités qui échappe au français moderne et a quelque peu gâché le plaisir de lecture. Et il y a des longueurs qui pourraient être évitées.

Ceci dit, comme pour "Cléôpatre captive" de Jodelle, j'ai pris un grand intérêt "littéraire" à lire cette pièce. Je pourrai, dans la continuité de cette année "histoire du théâtre" mieux appréhender les évolutions du théâtre qui vont me conduire en avril à arpenter le XVIIe siècles si riche avec Shakespeare, Calderon, Corneille, Molière et Racine.

 

Bonne lecture,

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 22:41
Argent brûlé de Ricardo Piglia (J'ai lu)

Argent brûlé de Ricardo Piglia (J'ai lu - 224 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par François-Michel Durazzo Titre original : Plata Quemada (1997) - Première édition France 2001 -------------------------

Ceux qu'on appelle "les jumeaux", alors qu'ils sont très différents, Brignone et Dorda, viennent répéter le hold-up du camion qui doit livrer le 28 la paie de la mairie. Malito est leur chef, très méthodique, qui ne laisse rien au hasard. L'objectif est d'arrêter le camion, de tuer les 4 hommes qui seront dans ce camion et emporter l'argent. Il rejoignent "le corbeau" et "La Fileuse", un fou de tango.

 

Le hold-up se passe comme ils l'avaient prévu mais en s'enfuyant, dans une folle équipée, ils tuent au passage quelques passants. Ils vont se réfugier dans la planque de Malito. Ils comprennent vite que la police et surtout le commissaire Silva sont sur leur trace au regard des témoignages glanés auprès des témoins de l'impressionnant hold-up. Il convient alors pour eux de se replier vers l'Uruguay et Montevideo comme leur chef l'avait déjà envisagé.

 

Ils se retrouvent ainsi dans un lieu qui leur semble protégé mais c'est sans compter sur la prespicacité des policiers et aussi des hasards de la vie. Une histoire de plaque minéralogique va les faire repérer jusqu'à leur nouvelle tanière. Et un affrontement sans pareille va s'ensuivre...

 

N'oublions pas que ce livre est traité comme un roman policier, ce qui impose de ne pas trop en dire sur l'intrigue.

Les jumeaux et leurs acolytes sont des tueurs psychotiques qui n'ont aucun scrupule. Leur jeune vie s'est déroulée dans la violence, en prison et rien ne peut les arrêter...

 

Récit hallucinant vu à travers plusieurs regards qui se répondent : témoignages, narration de journalistes. Les voix se mêlent avec une telle finesse qu'ils s'inserrent dans le texte sans aucune difficulté de lecture. On se laisse prendre par ce récit et puis, en fin de livre, dans l'épilogue, on apprend que tout est vrai, que les faits se sont réellement passés comme les décrit Ricardo Piglia. C'était comme dans le roman à Buenos Aires en 1965.

 

Début du roman : "On les appelle les Jumeaux car ils sont inséparables. Mais ils ne sont pas frères, ne se ressemblent pas. Difficile même de trouver deux types si différents. Ils ont en commun cette façon de regarder, des yeux clairs, calmes, une fixité perdue dans un regard méfiant. Teint rougeaud, sourire facile, Dorda est lourd, tranquille. Brignone est maigre, leste, léger, il a des cheveux noirs, une peau très pâle comme s'il avait vécu en prison plus de temps qu'il n'en a réellement passé".

 

Page 76, nous avons la description du commissaire Silva, le policier argentin qui aura pour objectif d'avoir leur peau : "Le commissaire Silva était un gros homme aux traits métissés, marqués d'une balafre blanche en travers de la joue. L'histoire de cette cicatrice ressurgissait chaque matin, lorsqu'il regardait son visage dans la glace. Un jeune fou l'avait coupé, sans raison, un soir où il sortait de chez lui. Le morveux lui soufflait dans la nuque, le menaçant d'un couteau, sans savoir qu'il était de la police. Quand il le sut, ce fut encore pire. Le plus difficile, c'est toujours la peur de l'autre, le délire du type qui soudain se sent acculé, sans échappatoire".

 

Vous aurez noté que ce roman a du "style", du "corps", comme j'aime lire la littérature, celle qui sait par le style, par le ton, nous emporter au-delà de la seule histoire racontée.

 

En résumé, un grand livre qui saura plaire tant aux lecteurs de polars qu'aux amateurs de littérature...

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 20:59
Manèges de Laura Alcoba (Gallimard)

Manèges - Petite histoire argentine de Laura Alcoba

(Gallimard - janvier 2007 - 144 pages)

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L'auteure, d'origine argentine, a écrit directement en français ce texte autobiographique en 2007, 30 ans après les événements tragiques qu'elle a vécu quand elle avait 7 ans.

Le regard d'une enfant sur la dictature argentine est troublant. Elle s'adresse à Diana, dédicataire du livre, au début du livre. On apprendra plus tard le destin tragique que la jeune femme a vécu en 1976.

Avoir 7 ans et s'entendre dire par sa mère "Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité" et d'ajouter (page 15) : Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille. Nous te déposerons au bus tous les matins."

 

Mais pas si simple pour une enfant, Laura, qui aime aller dans les manèges, qui veut jouer avec sa poupée de devoir être silencieuse sur ses origines, sur son nom. Que dire aux adultes si on la questionne !! Et naturellement, aussi intelligente soit-elle, elle fait des gaffes qui demandent immédiatement des sanctions, comme de l'interdire d'aller à l'école. La répression avait commencé en 1975 et les "Montoneros" étaient traqués. Le père de Laura avait été arrêté et la mère s'est lancé avec d'autres dans l'aventure de l'imprimerie clandestine. Un Ingénieur fait construire un bâtiment pour l'élevage de lapins mais un double mur permet d'y cacher une presse. Laura est mise au courant de tout cela mais elle ne peut rien dire. C'est là qu'elle va vivre avec sa mère et des amis Diana et Cacho. Diana va beaucoup compter pour elle.

 

Et puis, arrive le coup d'état du 24 mars 1976 et la peur devient le quotidien des clandestins. Laura a pu revoir son père mais cela est dangereux plus que jamais, surtout pour une enfant comme elle avec ces militaires prêts à tirer sur n'importe qui... La situation devient intenable et la mère de Laura se doit de quitter l'Argentine et aidée par son père avocat, elle quitte le pays. Laura quitte alors Diana et ce bâtiment clandestin pour aller chez ses grand-parents... Plus tard, elle connaitra le destin de ces amis laissé au "pays" et en 2006, elle se décide à raconter ces temps si difficiles.

 

Ce qui fait l'un des charmes de ce livre passionnant c'est ce regard d'une enfant sur une époque tragique. L'humour est souvent présent. Et pourtant, on se dit, comment une enfant a pû vivre avec autant d'intelligence ce temps où la peur, le silence étaient de mise...

 

Un livre coup de coeur magnifiquement écrit et narré. Et quand on sait que tout y est vrai, un vrai frisson s'empare de nous...

 

Denis

 

Lire également l'article d'Eimelle lit sur "Le jardin blanc" de Laura Alcoba et "Le bleu des abeilles" lu par Lilas

 

Lecture commune ce mardi d'un livre de Laura Alcoba dans le cadre du "mois argentin"

Lecture commune ce mardi d'un livre de Laura Alcoba dans le cadre du "mois argentin"

L'auteure d'origine argentine a écrit ce livre en français ce qui le classe dans la catégorie "Littérature francophone d'ailleurs"

L'auteure d'origine argentine a écrit ce livre en français ce qui le classe dans la catégorie "Littérature francophone d'ailleurs"

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 22:06

Cléopâtre captive d’Étienne Jodelle

(Gallimard - Œuvres Complètes tome II)

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La pièce de théâtre "Cléopâtre captive" aurait été représentée début 1553 au moment des réjouissances de Carnaval. Et elle aurait pu être une commande des lorrains suite à la levée du siège de Metz début janvier.

Le prologue est adressé au roi Henri II, la pièce étant joué pour la première fois devant le Roi.

 

La poèce aurait pu être inspirée par la "Cléopâtre" de Cesare de Cesari joué à Venise en 1552 au moment où Jodelle y séjournait. En fait, la principale source reste "La vie d'Antoine" de Plutarque.

 

La grande originalité de la pièce vient de sa forme et de ses inovations. Ainsi, dans les 1 616 vers de la tragédie, Jodelle a utilisé pratiquement tous les mètres (vers de trois, quatre, cinq, six, sept, dix et douze syllabes) et la plus grande partie des rimes de la versification française (rimes plates, rimes croisées, rimes embrassées).

Il est l'un des premiers à utiliser l'alexandrin et le procédé de l'alternance régulière des rimes masculines et féminines qui deviendra celui de la tragédie classique du XVIIe siècle. Il innove aussi avec la longue suite de 206 alexandrins du premier actes, à rimes plates toutes féminines.

On y voit là le caractère expérimental de la pièce, décomposée en 5 actes dont les 3 premiers sont de même longueur et les deux derniers additionnés font la longueur d'un acte.

(Informations issues de la présentation d'Enea Balmas -édition de 1968).

 

L'histoire débute après la mort d'Antoine dont c'est l'ombre qui apparait et qui parle à l'acte I. Il raconte alors en quelques phrases le drame qui l'a conduit à se tuer. Puis apparait Cléopâtre qui dit que la mort sera aussi sa délivrance après cette mort absurde de l'homme qu'elle aimait et qui s'est tué car il la croyait morte.

Octavien, devenu empereur romain et de retour d'Egypte, a retenu prisonnière Cléopâtre et ne peut pas faire grand chose pour elle et c'est lui qui a son destin en main. Cléopâtre se plaint de sa captivité mais Octavien n'entend pas la libérer.

Elle n'a plus d'autre solution que de se suicider. Le choeur se fait l'écho de ses plaintes. Elle est là, égyptienne captive à Rome, tandis qu'Antoine, romain, est mort sur la terre d'Egypte. Paradoxe qui oblige Cléopâtre à refuser sa nouvelle condition.

On ne trahit pas la fin de la tragédie, en disant que Cléopâtre, à l'acte V est retrouvée morte avec ses deux servantes.

 

Lire cette pièce dans le français du XVIe siècle n'est pas très facile et j'avoue que ces lacunes m'ont empêché de m'investir réellement dans cette histoire.

L'intérêt de cette lecture a été pour moi de découvrir cet auteur dont seuls les étudiants en lettres modernes doivent encore aujourd'hui entendre parler.  Et ainsi, pour l'histoire littéraire et théâtrale, j'ai eu plaisir à lire ce texte.

 

Denis

 

(Livre lu dans le cadre du challenge "2014 - je lis du théâtre chez Ankya

 

Cléopâtre captive d'Etienne Jodelle (Gallimard)
Cléopâtre captive d'Etienne Jodelle (Gallimard)

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 22:55

Vendredi au salon du livre de Paris, c'est moins de monde que le week-end, moins d'auteurs et beaucoup de scolaires. Mais autant d'éditeurs. Alors, finalement, le vendredi ce n'est pas si mal que cela, car on finit toujours par rencontrer quelques auteurs et c'est déjà très bien.

 

Ainsi, quand j'arrive au salon, je vais toujours en premier au stand France Culture voir qui y parle ou va y parler... Et cette année, à 11h00, il était question de l'Argentine et de son économie pour l'émission "Culture Monde". Et je vois Elsa Osorio, assise, seule sur une rangée de chaises. Comme j'avais lu un livre d'elle cette semaine "Luz", et qu'elle m'avait mis un commentaire quelques jours plus tôt, je me suis autorisé à aller près d'elle et à me présenter à elle. Ensuite, je suis allé au stand des éditions Métailié, acheter "Le Capitana", puis je suis retourné près de l'auteure lui demandant une dédicace et Elsa Osorio a écrit :

"Pour Denis Lecomte, merci de votre lecture et votre blog".

C'est une femme très discrète et elle m'a dit avoir été invitée à participer au débat de France Culture et au dernier moment, on lui a dit que ce n'était plus d'actualité !!! Ainsi, elle écoutait ce débat qui l'intéressait et elle prenait des notes, parmi les anonymes que nous étions autour d'elle. Et personne ne semblait la connaître alors qu'elle est une des grandes écrivaines argentines contemporaines !!!

La Capitana d'Elsa Osorio - Métailié (Collection Suites)

La Capitana d'Elsa Osorio - Métailié (Collection Suites)

Ensuite, je suis allé à la rencontre des éditions "Monsieur Toussaint Louverture" et alors que je venais pour acheter "Mailman", je me suis laissé convaincre par l'éditeur qu'il fallait acheter le livre de Ken Kesey "Et quelquefois j'ai comme une grande idée".

Un vendredi au Salon du livre de Paris 2014

J'ai ensuite acheté trois livres sur le stand de l'Argentine :

- Dora Maar : prisonnière du regard  par Alicia Dujovne Ortiz

- Dialogues I (2 tomes mais le 2e n'était pas en vente) entre Jorge Luis Borges et Osvaldo Ferrari

- Le bleu des abeilles de Laura Alcoba

Un vendredi au Salon du livre de Paris 2014
Un vendredi au Salon du livre de Paris 2014
Un vendredi au Salon du livre de Paris 2014

Et puis, il y a eu quelques rencontres très agréables.

Tout d'abord le plaisir de voir Elizabeth Lafont avec qui nous sommes amis et qui a publié aux Editions Cécile Langlois "De l'ombre à l'aurore".

 

Puis, au stand des éditions Luce Wilquin, ce fut un bon moment de discussion avec l'écrivaine Laure Mi Hyun Croset (avec qui Fabienne et moi sommes "amis" sur Facebook).

 

Et enfin, au stand des Editions Verticales, nous avons pu rencontrer Maylis de Kerangal qui vient de recevoir deux prix littéraires (celui des étudiants France Culture - Télérama et celui de RTL) pour son roman "Réparer les vivants". Pour ma part c'était un grand plaisir car j'adore son oeuvre et puis j'ai pu lui dire que nous avions en commun Le Havre et le lycée Porte Océane, ce qui l'a amusée et avec humour elle m'a dit que l'on se croiserait peut-être un jour sur le Boulevard Maritime, alors j'ai répondu " Eh oui, alors, on irait boire ensemble un café".

 

 

Un vendredi au Salon du livre de Paris 2014

Au cours de cette riche journée, nous avons pu assister à un débat fort intéressant autour de l'Argentine et sa littérature avec Laura Alcoba, Vivian Lofiego et Hélène Gremillon.

 

Comme quoi, les vendredis au Salon peuvent être riches de rencontres et de surprises.

 

Denis

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 10:00
Les imaginations de Luis Benitez (L'Harmattan)

Les imaginations de Luis Benitez (L'Harmattan - 70 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Jean Dif

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L'auteur a eu la gentillesse de m'envoyer d'Argentine son premier recueil de poésie publié en France. Né en 1956 à Buenos Aires, Luis Benitez a reçu de nombreux prix littéraires, dont celui de la Porte des Poètes à Paris en 1991.

Je vous renvoie vers cet article qui présente très bien ce recueil :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/les-imaginations-de-luis-b%C3%A9nitez/jean-dif

Je vous propose en ce jour d'ouverture du salon du livre de Paris qui met à l'honneur l'Argentine, un poème de l'auteur :

 

Mauvais Temps

 

Déjà le jour frissonne dans sa robe de soirée,

Et la ville a mis son chapeau de pluie.

 

La foule est un cheval solitaire

Qui dans la rue s'énerve

Quoiqu'en elle quelqu'un hésite

Entre l'un ou l'autre côté.

 

La famine comme à regret

Cède son siège à une crainte bien gardée,

Qui dans un mythe antique

Lève au ciel des yeux courroucés.

 

En un instant nul n'a plus de maison

Sous le poids du monde

Et le mauvais temps est une soeur morte

Qui entrouve les yeux.

 

Luis Benitez

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 22:02

Aujourd'hui, dans le cadre de ce mois argentin lié à l'événement du salon du livre de Paris qui invite l'Argentine, nous avions convenu de lire un livre d'Elsa Osorio, une écrivaine née à Buenos Aires en 1952 et qui a publié plusieurs romans, dont 4 en France aux éditions Métailié.

A lire les articles, l'unanimité s'est faite pour dire que c'est un excellent auteur, au style "polyphonique" car ses romans mêlent des voix qui se répondent, qui complètent une histoire. Bref, une des grandes écrivaines d'Argentine, qu'il faut absolument lire.

 

Les articles ;

- Luz ou le temps sauvage  par Denis et Valentyne

- Tango  par Eimelle

- La capitana par Françoise

 

Bonnes futures lectures,

 

Denis

 

(Je ferai ce week-end un nouveau récapitulatif général, étant rappelé que ce vendredi il y aura des articles "libres" pour honorer l'ouverture du salon du livre au public, avant une prochaine lecture commune de Laura Alcoba le 25 mars prochain)

.

 

Mois argentin : lecture commune Elsa Osorio

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