27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 19:51
Lucrèce Borgia de Victor Hugo (Actes Sud - Babel)

Lucrèce Borgia de Victor Hugo

(Actes Sud - Babel - "Répliques" - 206 pages)

Avec un commentaire dramaturgique

d'Antoine Vitez, Yannis Kokkos et Eloi Recoing 

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La collection "Répliques", fondée par Michel Vinaver, a permis de mettre à disposition des lecteurs de pièces de théâtres comme "Lucrèce Borgia" les nots, croquis et réflexions autour de l'oeuvre au moment de la préparation d'une interprétation de l'oeuvre sur scène. Je peux vous dire que c'est extrêmement stimulant de lire de cette manière une pièce de théâtre.

Ici, il s'agit de la préparation de la création du drame de Victor Hugo à Venise, Campo San Lorenzo le 11 juillet 1985 : mise en scène d'Antoine Vitez, scénographie et costumes de Yannis Kokkos, l'assistant à la mise en scène étant Eloi Recoing.

L'illustration de couverture du livre est un détail de "Nature morte", 1642, de Willem Claesz Heda (Rijsmuseum-Stichting - Amsterdam).

 

Ainsi donc, la page de gauche nous livre le "matériau" de la préparation de la mise en scène et la page de droite, le texte original de Victor Hugo.

 

Le texte de Hugo date de 1833, peu après l'échec du "Roi s'amuse", et a écrit écrit en 14 jours. Malgré l'urgence et la rapidité de l'écriture de cette pièce, elle est d'une très grande valeur littéraire. J'avoue avoir éprouvé un énorme plaisir de lecture, osant annoncer que "Lucrèce Borgia" est un chef d'oeuvre de Hugo. Un parmi d'autres, tant l'auteur est génial.

 

Dans sa préface à l'oeuvre, Victor Hugo écrit : "...Prenez la difformité "morale" la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète ; placez-la là où elle ressort le mieux, dans le coeur d'une femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de grandeur royale, qui donnent de la saillie au crime ; et maintenant mêlez à toute cette difformité morale un sentiment pur, le plus pur que la femme puisse éprouver, le sentiment maternel ; dans votre monstre, mettez une mère ; et le monstre intéressera, et le monstre fera pleurer, et cette créature qui faisait peur fera pitié, et cette âme difforme deviendra presque belle à vos yeux...".

 

C'est là le thème de "Lucrèce Borgia". Dans l'acte I, on la voit à Venise où elle est venue incognito avec son fidèle Gubetta. Son intention est d'approcher Gennaro, de lui parler. Compte tenu de sa réputation sulfureuse, deux émissaires venus l'espionner, en concluent qu'elle est venue ici voir son amant. Gennaro se confie à elle et lui dit qu'il est à la recherche de sa mère qui lui écrit tous les premiers du mois. Les amis de Gennaro l'interpellent et lui disent devant elle que cette femme n'est autre que Lucrezia Borgia, l'empoisonneuse, la tueuse. Chacun a eu un membre de sa famille tué par elle.

 

Dans le 2e acte, de retour à Ferrare, elle voit soudain que son nom inscrit sur la façade du palais où elle vit avec son mari, le duc Alphonse d'Este, a été amputé du B, ainsi on lit Orgia et non plus Borgia. Nouvelle offense. Elle a conscience qu'elle a été cruelle et que son coeur de mère lui dit qu'elle doit aller vers plus de clémence. Mais là, non, elle dit au Duc que le coupable doit être exécuté sans appel et son mari lui répond qu'il connait le coupable et lui dit qu'il est à côté. Alors, elle le fait venir et s'aperçoit que c'est Gennaro qui vient en traitre à son nom. Elle veut alors se rétracter et demande la clémence à Don Alphonse mais il refuse d'autant qu'il lui dit que cet homme est son amant et qu'il entend tuer son "ennemi". Le poison des Borgia étant puissant, il demande à Lucrezia d'ne user pour tuer Gennaro. Elle se doit malgré tout d'obéir mais dès qu'elle est seule avec Gennaro, elle lui donne le contre-poison et le fait évader.

 

Le dernier acte remet en présence de Lucrezia les amis de Gennaro, ceux qui l'ont humiliée devant Gennaro en révélant son identité et tous ses méfaits. La fête chez la princesse Negroni doit lui permettre d'empoisonner le vin qu'ils vont boire. Gennaro est là et quand il apprend que ses amis, dont Maffio, son ami de coeur, vont mourir, il s'en prend à Lucrezia et lui promet la mort de sa propre main. Elle lui révèle alors qu'il est un Borgia et ne peut la tuer, sans réussir à lui dire qu'elle est sa mère, tant elle sait qu'il hait les Borgia, les bourreaux de ses parents pour lui...

 

On retrouve bien le thème tel que décrit par Hugo montrant bien les deux facettes de cette femme,  prise entre les intérêts d'état et le coeur d'une mère. Le drame "romantique" est bien là dans tous les éclats. Hugo le fait sans aucune grandiloquence ce qui rend son texte passionnant et les notes de Vitez, Kokkos et Recoing nous permettent également de "ressentir" le texte, le contexte et le regard d'aujourd'hui sur une oeuvre "classique".

Exemple de notes au tout début de l'acte Deux : "Pour signifier le changement de lieu, nous aurons un changement de lumière, un changement dans la nature du son, un changement de robe pour Lucrèce et enfin l'inscription "Borgia" au mur du palais. Mais au fond, l'idéal serait que rien de concret ne montrât qu'on change de lieu. C'est le Verbe qui dit le lieu et, en théorie, nous n'avons pas à prendre le temps d'installer un "décor".

En résumé, un excellent temps de lecture pour une pièce et une édition

G E N I A L E S.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya que l'on peut retrouver aussi sur sa page facebook :  https://www.facebook.com/groups/571337999606466/

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 21:20
La case du commandeur d'Edouard Glissant (Gallimard)

La case du commandeur d'Edouard Glissant

(Gallimard - 1997 - 210 pages)

Première édition Le Seuil - 1981

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Assurément ce roman est l'oeuvre d'un poète. C'est enfoncer une porte ouverte que de dire cela car de fait Edouard Glissant (Martinique 1928 - Paris 2011) puisque l'auteur est avant tout un poète et son oeuvre romanesque s'organise autour d'une écriture poétique.

 

Dans ce roman où revient un personnage déjà présent dans "La lézarde", le premier roman d'Edouard Glissant, publié en 1958, qui lui valut le Prix Renaudot, Marie Celat, l'écriture est "continue", sans paragraphes. Seulement des phrases qui s'enchainent les unes aux autres, avec des points pour prendre sa respiration de lecteur. Ainsi, on a un texte dense qui s'offre à nous.

Et le roman est décomposé en trois parties, elles mêmes constituées de 4 "chapitres", avec en point de symétrie, au début et à la fin, un extrait d'article du "Quotidien des Antilles" de septembre 1978. C'est dire que le roman est structuré tout en nous donnant l'impression de liberté de ton pour décrire une famille sur 4 générations en Martinique, au 20e siècle. Le lecteur ressent fortement l'emprise des traditions et plus encore de la colonisation sur les moeurs, les révoltes des personnages.

Marie Celat est la "figure" majeure du roman et de cette famille écartelée. Le roman est très intéressant et mérite beaucoup d'attention de lecteur, sachant que le livre peut se lire à haute voix pour entendre les sons de la phrase de l'auteur. Comme il est très difficile de résumer un tel livre, je vous renvoie à la présentation faite sur le site passionnant dédié entièrement à Edouard Glissant : http://www.edouardglissant.fr

La case du commandeur (Seuil, 1981) : On pourrait, dans une certaine mesure, voir en ce roman contemporain du Discours antillais, un peu le pendant du Quatrième siècle, par sa plongée dans la généalogie, qui est cette fois-ci celle de la compagne de Mathieu Béluse qu'on a déjà croisée dans La Lézarde, Mycéa, ou Marie Celat. La similitude est voulue, mais le déroulé généalogique tient ici d'autres fonctions que dans le roman de 1964. Il s'agit en somme, de donner à voir non seulement tout le désordre de la mémoire non inféodée aux narrations officielles mais aussi à tout ce qu'elle recèle de ressentiment envers les trahisons séculaires sur laquelle la traite fut fondée. On remonte ainsi à l'Afrique orginelle qui a vu ces trahisons fraternelles se nouer (celles qui sont mises en abyme au centre du roman, autour du personnage d'Odono, le premier marron). Mais le roman ne se fige pas à ce tourbillon généalogique : de retour à l'époque de l'intrigue de La Lézarde, le personnage de Marie Celat voit sa rébellion reconnue comme folie par les autorités. Comme souvent chez le Glissant de cette époque, les représentations du motif de la folie sont fréquentes, et font d'ailleurs écho aux réflexions sur les données névrotiques, qui parcourent Le Discours antillais. Avec La case du commandeur, l'exploration qui conditionnait Le quatrième siècle se confronte aux désordres personnels des personnages.

Et voici un extrait de ce majestueux roman "lyrique" (début de la 3e partie - page 145) "Marie Celat s'était donc arrêtée au bord de ce gouffre où nous avons jeté tant de roches, dessouchées du temps. Peut-être regarde-t-elle plus loin qu'aucun de nous dans le gouffre. On suppose que si nous l'avons appelée Mycéa, c'est par manoeuvre de détournement, tentative d'apprivoiser sous la douceur du nom ce qui chez elle nous paraissait si neuf et si brutal".

 

Bonne lecture

Denis

 

Lecture qui s'inscrit dans le cadre des lectures du groupe facebook "Littérature francophone sans frontières"

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 21:54
Correspondance : Alain-Fournier / Charles Péguy (Fayard)

Correspondance (1910-1914) : Alain-Fournier - Charles Péguy (1910-1914) Fayard - 1973 - 220 pages

Présentations et notes par Yves Rey- Herme

(rééditée et complétée en 1990, édition que je n'ai pas eu entre les mains)

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N'attendons pas une riche et longue correspondance entre ces deux auteurs. Tout d'abord parce qu'elle reprend une période de 4 ans. N'oublions pas non plus que les deux hommes sont morts au tout début de la Grande Guerre. J'avoue que je ne connaissais pas leur amitié avant de lire ce livre et il y a un côté "pathétique" à savoir que leur destin s'est terminé de la même manière à quelques jours d'intervalle.

 

Charles Péguy (1873 - 4 septembre 1914) et Alain-Fournier (1886 - 22 septembre 1914) : une correspondance de 64 lettres ou cartes dont plus des deux tiers sont de Péguy, sachant que Péguy envoie surtout de courts textes tandis que Alain-Fournier écrit des lettres plus longues. Près de la moitié des échanges se fait sur six mois. Beaucoup d'irrégularité pour deux auteurs qui se rencontrent souvent à Paris.

 

Péguy est déjà un auteur reconnu en 1910, directeur des influents "Cahiers de la quinzaine" (238 numéros entre 1900 et 1914), tandis que Alin-Fournier, son cadet de 13 ans est un "écrivain en formation". Son roman majeur, "Le grand Meaulnes" ayant été publié en 1913.

 

Et souvent, une correspondance d'écrivains (par exemple Zweig et Verhaeren) commence comme celle-ci : (28 septembre 1910) "Cher Monsieur, Je veux employer ma dernière heure de vacances à vous dire simplement combien j'aime vos livres. / Au milieu des "petites perplexités dont nous vivons", comme le dit quelque part Jacques Copeau, il nous faut de ces vigoureuses poussées..." (De Alain-Fournier, chroniqueur à Paris-Journal à Charles Péguy).

 

Les deux écrivains se stimulent mutuellement car au fil des mois, les différences d'âge et de création littéraire s'estompent tant leur amitié est intense et fraternelle. Ils se rejoignent sur le catholicisme et le patriotisme. Péguy publie dans ces années-là, "le mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1910) et "La tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc" (1913). Ils vont aimer la même femme en 1913, Simone Benda (dite Madame Simone, actrice) et malgré cette "rivalité" qui aurait pu naître entre eux, leur amitié n'en a subi aucun "dommage".

En résumé, une très belle amitié qui permet, au travers de cette correspondance, de nous faire mieux connaître ces deux auteurs dans leur rapport à leur oeuvre. Ils apprennent à être "humbles" avec leur oeuvre, ouverts au dialogue sur l'acte de créer. Alors que le centenaire du début de la Grande Guerre est à nos portes, il y aura forcément dans les jours prochains des hommages à ces deux amis morts parmi les premiers combattants. Que serait devenu leur patriotisme s'ils avaient vécu ces 4 années de guerre et de souffrances !!! Leur témoignage aurait été précieux. Le destin en a décidé autrement.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lecture qui s'inscrit dans le cadre du groupe "Histoire - littérature autour de la Grande Guerre" sur Facebook.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 21:51
Acqua-Toffana de Patricia Melo (Actes Sud)

Acqua-Toffana de Patricia Melo

(Actes Sud - Lettres latino-américaines - 175 pages - Mars 2003)

Traduit du portugais (Brésil) par Sofia Laznik-Galves

Publication originale - 1994

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Voici un bien étrange roman qui pourrait être plutôt un polar qu'un roman de littérature "générale", ce qui n'est pas surprenant quand on sait que l'auteure écrit aussi et surtout de la liitérature policière.

Acqua-Toffana est le premier roman de l'auteure brésilienne, née en 1962, dont l'oeuvre s'inspire de la violence au Brésil telle qu'elle peut la ressentir. A aujourd'hui, 7 de ses oeuvres sont publiées en France, essentiellement chez Actes-Sud.

 

Alors, oui, un étonnant roman, composé de deux parties. Deux voix : une femme d'abord, puis un homme. Deux psychopathes, deux schizophrènes sans doute. Et "au milieu", un poison l'acqua-toffana, qui vient de la Renaissance : L'acqua-toffana – aussi surnommée la « manne de saint Nicolas » car elle servait spécialement aux épouses désireuses de se débarrasser d'un mari gênant – tirait son nom de celui d'une certaine Giulia Toffana, empoisonneuse originaire de Palerme, qui vint à Rome vers 1651 pour y exercer son art criminel. On estime qu'en quelques années le nombre de ses victimes dépassa six cents. (Encyclopédie Larousse).

Un poison qui pourrait être un moyen de tuer. Mais voila, Rubao, le mari de la femme qui vient le dénoncer au commissariat est sensé tuer des femmes séduites par d'autres moyens. Notamment, il dit travailler sur la recherche en matière de poison... Cette femme parle au commissaire de police qui s'intéresse sans plus aux explications qu'elle lui donne. Elle a beau donner des exemples, des informations... et le policier lui répond inlassablement qu'il lui faut des faits, rien que des faits. Elle répond qu'il les viole, donc la police n'a qu'à expertiser son sperme pour vérifier qu'il est bien le violeur... Et son mari est-il réellement un "serial-killer" !!! N'est-elle pas malade, cette jeune femme de 22ans, folle de sexe et de cinéma. Elle sort peu et regarde inlassablement des films à la TV... Coupable, non coupable !!! pour un homme qui aurait tué sa mère et son amant alors qu'il avait 8 ans. Certains passages sont répétitifs, comme des paroles remâchées à l'infini.

Dès le début du roman, la psychologie de cette femme nous interpelle : "Un morceau de verre vole en éclats dans la salle de bains. / Je me réveille. Quelqu'un est entré chez moi. Mais non. Ce bruit, c'était dans mon rêve. Ca se passait à Rio, je faisais du footing dans le quartier du Leblon, j'ai renversé une poussette, le nouveau-né est tombé sur l'asphalte, sa mère, vlan, m'a envoyé une gifle. Pas le moindre bruit de verre que se brise. Un homme est entré chez moi, je ne l'ai pas rêvé, ce bruit. Je m'approche de la porte, je colle mon oreille contre la cloison en bois. Rien. Pas un son. Ce bruit, il est en moi. Non. C'était peut-être à l'étage du dessus..."

 

Le second personnage semble tout autant perturbé psychologiquement. Et pourtant, c'est un homme rangé, d'habitudes... Et puis, sa vie bascule un matin.

Début de la seconde partie (page 89) : "Je suis un homme ponctuel. Depuis vingt-cinq ans que je travaille à la mairie je ne suis jamais arrivé en retard, pas une seule fois. L'ascenseur était là. Je suis entré en vitesse, et cette prote idiote, si paresseuse pour se refermer, a gâché ma matinée. J'ai appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée, au moment où j'allais sortir j'ai senti une main se poser sur mon coude. J'ai horreur de ça. Je déteste qu'on me touche, toutes ces mains sales. C'était la femme du septième étage. Je ne me souviens jamais de son nom."

 

Et sa vie bascule réellement ce matin-là. Il tombe amoureux de la "grosse femme", sans doute vierge à son avis, Celia. Il l'invite à venir chez lui et alors il se dit qu'il faut qu'il la tue. Car il sent ces pulsions sourdre en lui. Après étude, la noyade dans une baignoire est la meilleure méthode car la moins douloureuse. Pas question de lui faire mal en la tuant. Il pourrait envisager un viol mais sans certitude. On le voit tout au long de cette partie du roman imaginer ses scènes de crime. Ce pourrait même être lui qui serait tué par Celia... Très beau texte avec des moments lyriques et des redites qui montrent bien les tourments des deux protagonistes. On est fasciné et en même temps, on ne sait plus ce qui est réel et ce qui est imaginaire. C'est toute la force de ce roman qui ne peut pas nous laisser indifférents face à ce texte.

A lire, vraiment...

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre du groupe de lecture autour de la littérature brésilienne sur facebook

 

 

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:32
Ceux de Verdun : les Ecrivains et la Grande Guerre (GF)

Ceux de Verdun : Les Grands Ecrivains et la Grande Guerre

(GF Flammarion - Mars 2001 - 121 pages)

Présentation et dossier par Patrice Kleff

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Ce petit livre est un ouvrage "pédagogique", essentiellement destiné à l'usage des jeunes étudiants qui permet d'aborder les grands thèmes de la Grande Guerre au travers d'extraits de livres d'auteurs qui ont vécu cette guerre :

- La vie quotidienne du soldat : avec des extraits de Dorgeles, Remarque, Cendrars et Céline

- Le feu : Dorgeles, Barbusse, Remarque et Céline

- L'arrière : Remarque, Barbusse et Dorgelès

- Réflexions sur la guerre : R. Martin du Gard, Remarque, Romains et Barbusse.

Ainsi, les thèmes essentiels qui sont ceux de la vie des soldats dans cette "sale" guerre où le quotidien était d'aller au feu, de survivre : la boue, la peur, les rapports de force entre soldats, la mort donnée et celle qui touche les proches... sont racontés ici, avec des éclairages et photos, sous le regard des écrivains qui ont eu le souci de témoigner et de réfléchir sur cette guerre.

Dès l'introduction, ce livre rappelle que les écrivains depuis les débuts de la littérature et dès Homère a eu ce besoin de raconter la guerre, un des moteurs de l'humanité, qu'on le veuille ou non.

Martin du Gard et Remarque, pacifistes, ont dénoncé cet élan de la bourgeoisie à favoriser la guerre, les pauvres voyant cette guerre comme une ruine...

"- Ils attaquent ! / Gilbert et moi avons bondi ensemble, assourdis. Nos mains aveugles cherchent le fusil et arrachent la toile de tente qui bouche l'entrée. / - Ils sont dans le chemin creux ! / Le cimetière hurle de grenades, flambe, crépite. C'est comme une folie de flammes et de fracas qui brusquement éclate dans la nuit. Tout tire. On ne sait rien, on n'a pas d'ordres : ils attaquent, ils sont des le chemin, c'est tout... / Un homme passe en courant devant notre trou et s'abat, comme s'il avait buté. D'autres ombres passent, courent, avancent, se replient..." (Roland Dorgelès, "Les Croix de Bois" - Albin Michel - 1919).

A méditer pour toute guerre. On ose encore croire à un monde en paix !!!!

Et un livre à faire lire à tous les jeunes qui vont étudier cette guerre dans leur cursus scolaire.

Denis

 

(Article qui se rattache au groupe facebook "Histoire - Littérature autour de la Grande Guerre")

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 21:38
Tocaia Grande de Jorge Amado (Stock)

Tocaia Grande : La face cachée de Jorge Amado

(Stock - Nouveau Cabinet Cosmopolite - 513 pages - novembre 1992) Traduit du portugais (Brésil) par Jean Orecchioni

Titre original : Tocaia Grande : a face obscura (1984)

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Jorge Amado (1912 - 2001) est sans conteste un des plus grands auteurs brésiliens du XXe siècle, né à Itabuna (Etat de Bahia) et mort à Salvator (Etat de Bahia). C'est dire combien cette région du Brésil aura marqué sa vie et plus encore son oeuvre.

Dans ce long roman (comme souvent chez lui) de 513 pages "serrées", se passe justement dans la région d'Itabuna. On comprend bien que l'on est alors au début de XXe siècle, 20 ans après l'abolition de l'esclavage au Brésil (1888). Et l'auteur nous propose de raconter l'épopée des fondateurs de Tocaia, devenue ensuite Irisopolis, et au tout début, on apprend que Irisopolis fête les 70 ans de son fondation sur les "débris" de la ville libre de Tocaia Grande.

Cette ville doit tout au capitaine Natario da Fonseca, vaillant métis, héros de ces temps où les colonels tenaient les terres de la région. Les querelles étaient monnaie courante et le capitaine eut l'idée de s'attaquer au colonel rival de Boaventura en le faisant passer par la "grande embuscade", un coin perdu d'où il pouvait superviser l'avance de l'ennemi et le prendre au piège. La victoire est éclatante et le lieu devient "Tocaia Grande" (la grande embuscade). Le roman marque les grandes étapes du développement de ce "site" qui sera gîte d'étape pour les mûletiers en transit. Fadul, le turc, très "commerçant", y installe un entrepôt car il sent que ce sera l'occasion d'y faire de très bonnes affaires. Les prostituées viennent également s'y installer, ainsi que le forgeron noir Castor.

 

Et de mois en mois, Tocaia Grande acquiert de la notoriété devenant alors hameau, puis village, bourgade et enfin bourg. Natario a une grande notoriété ce qui conforte l'idée que ce lieu est porteur d'avenir. Il va d'ailleurs y construire la plus belle maison du lieu. Il faut dire que beaucoup y vivent dans des cabanes plus que dans des maisons. Ici, on aime la fête et un accordéoniste y anime des soirées très arrosées et voluptueuses car les prostituées sont plutôt actives comme les hommes bien "charpentés" et friands de moments de volupté. Les filles y sont précoces dès l'adolescence.

 

La solidarité est de mise aussi. Car la vie n'y est pas toujours rose ici. Des "bandits" passent par ici, provocateurs, le Turc va y perdre son magasin, mais tous vont l'aider à reconstruire son bâtiment tellement important pour le commerce. Une prostituée se fait accoucheuse. Les maçons, charpentiers aident les autres à s'installer et à construire leur "chez eux". :Deux grands événements douloureux vont ternir Tocaia Grande et la rendre vulnérable : une inondation importante qui va ruiner les cultures et le village. Ensuite une fièvre proche de la peste qui va tuer plusieurs habitants. Et puis Tocaia Grande, la ville de la liberté, finit par être très mal vue...

 

Le roman prend le ton de la "fable picaresque", répétant les moments clés, la place des personnages dans le cadre du roman... Répétitions qui enrichissent le texte sans être grandiloquentes. L'auteur maîtrise son "sujet" et entend nous faire adhérer. Et il y réussit fort bien car il sait nous captiver et son empathie pour ses nombreux personnages, des marginaux, est communicative. J'ai passé plusieurs jours de plaisir de lecture dans ce Brésil en formation qui sera "terni" par les métropoles comme le futur Irisopolis...

 

Page 397 : "D'autres fièvres avaient un nom : la tierce, la palustre, l'aphteuse qui attaque hommes et bêtes, la fièvre jaune, la  bulbonique, toutes plus dangereuses les unes que les autres. Mais il y avait des traitements et des remèdes pour toutes (...). Pas de remède au contraire pour la fièvre sans nom, la fièvre tout court, sans qualificatif, sans diagnostic, sans ordonnance : le patient entre les mains de Dieu, l'mplacable Dieu de la peste".

 

Page 48 : "Un petit palais aussi, la baraque de Jacintha, si on la comparait à la cahute de paille qui servait d'abri à Bernarda : une demi-douzaine de palmes mal assemblées, quatre bouts de bois plantés en terre. A l'intérieue, un grabat, une marmite en terre sur trois pierres, rien d'autre". Style précis mais aussi imagé, poétique bien souvent et "grivois" pour les choses du sexe...

 

Bref, un très grand coup de coeur et un bonheur pour moi de retrouver Jorge Amado après un très long moment (20 ans environ) sans l'avoir lu.

 

L'occasion de la coupe du monde de football au Brésil m'a donné envie de lire ce livre pour aller vers ce pays par d'autres biais passionnants.

 

Bonne lecture,

Denis

Livre lu aussi dans le cadre du groupe sur facebook "Littérature Brésilienne"

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 21:32
La promesse de Lola de Cecilia Samartin (L'Archipel)

La promesse de Lola de Cecilia Samartin

(L'Archipel - Juin 2014 - 384 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Maryline Beury

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J'ai reçu ce livre par Sibylle qui travaille avec les éditions L'Archipel, et je reconnais que je n'aurais jamais lu ce livre sans cette occasion, car mes lecteurs fidèles savent que je ne suis pas très fan de livres plutôt destinés aux "lectrices" !!! En bonus, il y a les recettes de Lola !!!

Alors, oui, j'aurais dû être déçu par ce livre et j'avoue avoir apprécié ce livre écrit avec simplicité pour une histoire qui est loin d'être "fleur bleue" car même si l'on nous dit que l'objectif de Lola est de réconcilier sa famille, il faut avouer qu'il va y avoir des événements plutôt graves qui vont "casser" l'ambiance familiale.

On va surtout suivre Sebastian, né avec une malformation cardiaque, et sa grand-mère, "abuela" Lola. Sebastian a lutté pour vivre dans le même temps où sa grand-mère a laiss s'enfumer sa maison ne maîtrisant plus sa cuisine. Et on les retrouve 10 ans plus tard... Sebastian est alors "persécuté" par ses camarades de classe, surtout Keith. Le seul plaisir de l'enfant est de se rendre chez Lola à la sortie de l'école.

Et un soir, il retrouve sa grand-mère à terre, inerte. Il la croit morte et elle part en urgence à l'hôpital où elle entre dans un coma qui semble irréversible. Mais, elle se réveille et reprend vie pour le plaisir de sa famille, réunie à cette occasion. Elle rentre chez elle et comme toujours, on lui interdit de cuisiner. Tous les jours ses repas lui sont apportés. Seulement, le "choc" de son hospitalisation l'a changée. Elle se décolore les cheveux en rouge et se remet à la cuisine, laissant son "bungalow" dans un désordre "absolu". Sebastian accepte ces changements mais sa mère Gloria, fille de Lola, ne comprend pas cette métamorphose. Lola n'en tient pas compte et est heureuse de partager sa culture à travers ses plats tels le Mofongo ou le cochinillo asado.

Pendant ce temps, à l'école, Sebastian continue à être humilié et à la maison il assiste avec sa grande soeur Jennifer à la séparation de ses parents Gloria et Dean. Le père s'intéresse à Miss Ashworth, la belle institutrice de son fils, et par maladresse il lui a laissé sa carte de visite l'invitant à boire un café avec elle. La carte a été interceptée par Sebastian qui ne voulait pas voir ses parents se déchirer. Malheureusement, Gloria a découvert la carte invitant alors Dean à quitter le domicile conjugal.

Lola apprend tout cela et inlassablement, elle continue à cuisiner invitant ses enfants et petits-enfants à se réunir autour de ses plats, ce qui n'est pas simple car les conflits familiaux persistent.

Il y aura une tragédie, un jour... qui va bouleverser la famille, c'est dire, que ce livre est surprenant. L'auteure veut nous apporter du "baume au coeur", mais en même temps elle ne fait pas de "cadeaux" à ses personnages, les malmenant, cassant le confort que l'on pourrait espérer de cette histoire.

C'est ce côté-là qui a été pour moi le révélateur, me montrant qu'un livre n'est pas à voir qu'à travers des "stéréotypes", car un auteur peut efficacement brouiller les pistes du "conformisme" littéraire.

A lire donc, pour être surpris, avec des rebondissements aussi et surtout. Et encore merci pour ce partenariat avec l'Archipel.

Bonne lecture,

Denis

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 21:28
La mère coupable de Beaumarchais (Pochothèque)

L'autre Tartuffe ou la mère coupable

de Augustin Caron de Beaumarchais

(Livre de Poche - Pochothèque)

Introduction et commentaires de Jean-Pierre de Beaumarchais

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Une première version a été écrite en 1785 mais la version définitive de 1790 voit son texte s'imprégner des mots de la Révolution notamment avec l'abandon des titres de noblesse.

L'auteur a décrit sa pièce comme "une intrigue de comédie, fondue dans le pathétique d'un drame". Sa pièce fut représentée en 1792 puis il fallut attendre 1797 et le retour d'exil de l'auteur pour que l'édition dite "définitive" soit jouée enfin par la Comédie Française qui n'avait pas eu droit de représenter la pièce en 1791.

 

La pièce débute quand Suzanne et Figaro discutent pour dire qu'ils ne comprennent pas pourquoi leurs maîtres ont migré à Paris quittant l'Espagne pour un pays en pleine révolution. Sans doute à cause de cet irlandais, Bégearss, un intrigant. Alors, pour avoir son oreille, ils feignent de se disputer tout le temps. Et de fait, l'homme veut épouser Florestine, la flle adoptive du comte et de la comtesse Almaviva, espérant au passage s'emparer par héritage de leur fortune.

Le Comte va explorer avec Bégearss un écrin qui appartient à la Comtesse et là, il apprend que Leon n'est pas son fils. La pression monte alors dans la famille, surtout quand Bégearss dit à la Comtesse que leur fille adoptive est en fait la fille naturelle du Comte. Pendant que ces querelles prennent de l'ampleur, Figaro et Suzanne vont tout faire pour que Bégearss ne puisse pas épouser Florestine, tandis que c'est la place de Léon d'épouser la jeune femme qui se dit être sa soeur alors qu'ils n'ont pas de lien du sang...

On retrouve dans cette pièce l'esprit des oeuvres de Goldoni. Arlequin est devenu Figaro et les valets sont toujours là pour éclairer leurs maîtres sur les manoeuvres des intrigants pour dérober leurs biens.

 

Il convient de rappeler ici que "La Mère Coupable" est la fin de la trilogie de Figaro, après "Le barbier de Séville" et "Le mariage de Figaro", sans oublier que le titre de cette pièce est "L'autre Tartuffe ou la mère coupable". Tartuffe, c'est l'imposteur, en référence à Molière et ici on trouve trois imposteurs : la comtesse, le comte et Bégéarss. Les "purs" sont les domestiques et les deux jeunes : Léon et Florestine.

 

Une pièce qui n'est pas sa meilleure mais qui a le mérite de s'imprégner de "l'air du temps", celui de la Révolution, qui vient  "troubler" les familles aristocratiques. Fin d'une époque qui va conduire ensuite au romantisme et à ses "drames", occasionnant une nouvelle rupture dans le monde du théâtre.

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 21:53
Home de Toni Morrison (Christian Bourgois)

Home de Toni Morrison (Christian Bourgois - 152 pages - Août 2012)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrrière

Edition originale USA : 2012 - Titre "Home"

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Toni Morrison,née en 1931, prix Nobel de Littérature en 1993, a publié 10 romans. C'est dire que son oeuvre est "rare". Elle se défend d'être écrivain féministe même si ses personnages principaux sont des femmes martyrisées. On retrouve dans "Home" ce thème et d'autres aussi qu'elle a développés tout au long de son oeuvre : la condition des noirs, la violence...

Ce livre est très court et je ne cacherai pas que j'ai été un peu déçu par la fin, un peu comme si l'auteure s'était "lassée" de son histoire, l'abandonnant à son lecteur... Ceci étant, son style est magnifique, sa construction narrative est passionnante. Ainsi, elle présente chaque protagoniste dans une "courte biographie" pour rappeler les moments principaux de leur vie et leur rapport avec Franck Money qui reste le personnage principal.

Il est rentré de la guerre de Corée, dans les années 50, psychologiquement meurtri, avec en lui une violence pas souvent maîtrisée. On le voit au début du roman dans un "hôpital - asile", d'où il va s'échapper une nuit. La chance va lui sourire pour rejoindre son "home" en Georgie, là où il a vécu avec sa soeur Cee, son père et sa grand-mère démoniaque Lenore, car il trouve en chemin des gens pour l'aider. Et pourtant, il a un mal être en lui de voir dans quelles conditions vivent les noirs de ces années de lutte pour être enfin reconnus.

Lily l'avait abandonnée car elle ne supportait plus de vivre avec Frank, le premier homme qu'elle ait aimé sans doute avec trop de ferveur par rapport à ce qu'il pouvait lui apporter en retour. Frank veut surtout à présent sauver sa soeur Cee, faible, qui s'est laissée maltraiter par un médecin blanc qui a fait de la noire qu'elle est un cobaye pour ses recherches sur l'eugénisme...

Un "road movie" en quelque sorte où les destinées se mêlent dans les souvenirs et en italique entre deux chapitres des pages écrites par Frank et qui servent de lien entre ces chapitres dédiés aux personnages qui ont accompagné la vie de Frank. C'est là qu'est la magie de l'auteure. Ces tranches de vie sont fascinantes.

 

Même si "Home" peut décevoir, la langue de Toni Morrison est là, toujours présente et le lecteur que je suis a envie de reprendre toute son oeuvre dans l'ordre pour revivre son univers, celui qui l'habite depuis ses débuts littéraires avec : The Bluest Eye (Holt, Rinehart & Winston) 1970 . L'œil le plus bleu, 1994. Un livre qui m'a alors fait découvrir l'auteure.

 

Je remercie Christelle qui m'a envoyé ce livre pour lecture car je le répète, malgré ma très légère déception avec "Home", l'univers de l'auteure est revenu en moi et j'entends bien revenir à son oeuvre très vite...

 

Bonne lecture,

Denis

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 22:06
Little Bird de Craig Johnson (Gallmeister - Totem)

Little Bird de Craig Johnson

(Gallmeister - collection Totem - 422 pages - 2011)

Première édition en France 2009

Titre original : The cold Dish - 2005

Traduit de l'anglais (USA) par Sophie Aslanides

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C'est toujours étonnant qu'un titre étranger soit traduit en un autre titre dans ladite langue. On croit avoir un titre non traduit et puis on se rend compte que ce titre n'a rien à voir avec l'original. C'est un petit bemol sans conséquences pour un roman qui a permis de nous faire connaitre un personnage qui va être récurrent dans tous les livres suivants de l'auteur : Walt Longmire.

Vous allez me sentir grincheux mais je me pose la question insoluble !!! : pourquoi la littérature "policière" a besoin d'un héros qui revient de livre en livre (les exemples sont innombrables entre Hercule Poirot, Maigret, Wallander...) alors que Flaubert ne nous a pas "abreuvé" de livres où Charles Bovary reviendrait inlassablement, Stendhal avec Julien Sorel... Certes Albert Cohen a reconduit certains de ses personnages de livre en livre mais on est loin d'être dans des "séries" (comme les "saisons" pour les séries TV) ?

 

Alors, il faut tout de même que je dise que je me suis attaché à Walt Longmire, ce sherif élu (oui élu, je dis bien) dans un comté imaginaire du très réel Wyoming. Le roman débute comme il se termine avec des oies qu'observe avec beaucoup d'attention notre brave homme, solitaire, envieux d'une retraite bien méritée.

 

Seulement, son concepteur, Craig Johnson en a décidé autrement dès la première ligne du roman : "- Bob Barnes dit qu'ils ont trouvé un corps sur les terres du Bureau d'Aménagement du Territoire... Ligne une. // Elle avait peut-être frappé à la porte, mais je n'avais pas entendu parce que j'observais les oies. J'observe beaucoup les oies en automne, quand les jours raccourcissent et que la glace ciselle les contours rocheux de Clear Creek".

Et le livre se referme sur les oies : (page 422) "J'entendais encore les oies voler lorsqu'il ouvrit deux canettes de thé glacé et qu'il m'en tendit une".

Le roman se passe sur quelques jours avec donc un cadavre sur les bras dès le début du livre. Un ancien violeur qui plus est. Cody avait fait partie du quatuor qui avait violé il y a deux ans Melissa Little Bird, une jeune indienne ingénue. Le père ne s'en est jamais remis. Il est donc désigné comme un des meurtriers potentiels. Walt prend son temps pour étudier les paramètres qui devraient conduire au coupable. En premier, il y a l'arme du crime car il faut être bon tireur pour tuer de loin avec tant de précision. Tout va se compliquer mais renforcer les "soupçons" quand un deuxième violeur est abattu...

 

Comme toujours avec les romans policiers, il ne faut pas trop en dire pour que le lecteur n'ait pas d'indices avant de lire lui-même l'histoire. Et bien sûr, la fin est improbable.

 

On a donc bien tous les ingrédients, les "standards" (comme pour le jazz) du genre mais le traitement fait par l'auteur est très intéressant. Il sait nous dire qu'il faudra être patient, qu'il n'y aura pas du suspens à toutes les pages car Walt Longmire n'est pas un sherif comme les autres. Il a besoin des autres pour faire avancer son enquête et en premier son ami indien Henry Standing Bear car il connait très bien l'histoire de Melissa et de sa famille puisqu'il a des liens du sang avec eux et puis il est très fort en balistique. Tout est vu à travers Walt puisque le récit est un "je" qui permet d'aller au plus profond des pensées, des hésitations, des retours en arrière de la mémoire. Mais ne vous y trompez pas, Walt Longmire est un sherif avant tout et il sait être violent quand il en éprouve le besoin. S'il n'avait pas la notoriété qui est la sienne, il aurait sans doute eu des déconvenues à cause de ces soudaines violences. J'avoue que sa violence m'a incommodé mais bon, l'intention n'était pas de m'identifier au héros... La nature est omniprésente dans ce roman surtout que l'on est dans la saison du blizzard, du climat rude tel qu'il se vit dans le Wyoming qui ne simplifie pas la situation quand on cherche des traces pour retrouver un meutrier...

 

J'ai très envie de continuer à cotoyer ce drôle de bonhomme, veuf, père d'une fille fantôme, avocate et en quête d'amour même si sa vie ne favorise pas des rencontres durables, en témoigne l'échec de sa tentative avec Vonnie... Un style parfait pour un livre très réussi à qui sait accepter qu'un roman de ce "genre" soit avant tout de la littérature où l'on s'attarde sur la psychologie des personnages, sur leurs faits et gestes, au rythme du temps.

 

Bonne lecture,

 

Denis

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