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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 17:52
Lire la poésie : de A à Z... (9/50) - E comme Eluard

Un poète : Paul Eluard (1895-1952)

Un recueil : Le livre ouvert (1940-1942)

Un poème :

 

                                Passer

 

Le tonnerre s'est caché derrière des mains noires

 

Le tonnerre s'est pendu à la porte majeure

Le feu des fous n'est plus hanté le feu est misérable 

 

L'orage s'est coulé dans le tombeau des villes

S'est bardé de fumées s'est couronné de cendres

Le vent paralysé écrase les visages

 

La lumière a gelé les plus belles maisons

La lumière a fendu le bois la mer les pierres 

Le linge des amours dorés est en charpie

 

La pluie a renversé la lumière et les fleurs 

Les oiseaux les poissons se mêlent dans la boue

 

La pluie a parcouru tous les chemins du sang

Effacé le dessin qui menait les vivants

 

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Un recueil en deux parties :

I - 1938-1940

"Je suis bien sûr qu'à tout moment

Aieul et fils de mes amours

De mon  espoir

Le bonheur jaillit à mon cri

Pour la recherche la plus haute

Un cri dont le mien soit l'écho"

 

II - 1939-1941

"Pourrai-je prendre où elle est

L'apparence qui me manque

Sur les rives d'un visage

Le jour la force éclatante

 

Le dur besoin de durer"

 

Le poète met en exergue à chacune des deux parties un poème qui éclaire le lecteur sur ses intentions. Le bonheur pourquoi pas ? N'oublions pas les dates d'écriture qui donnent une idée de la difficulté d'être heureux entre 1938 et 1941. "Le livre ouvert" comme une porte de sortie...

"Dans un livre fixant le point d'or de mémoire

Puis l'oubli dans des yeux qui ne savent pas lire." (Extrait de Tant de livres)

 

Denis

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 09:00
Accident nocturne de Patrick Modiano (Gallimard)

Accident nocturne de Patrick Modiano

(Gallimard - Octobre 2003 - 148 pages)

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"Tard dans la nuit, à une date lointaine où j'étais sur le point d'atteindre l'âge de la majorité, je traversais la place des Pyramides vers la Concorde quand une voiture a surgi de l'ombre. J'ai d'abord cru qu'elle m'avait frôlé, puis j'ai éprouvé une douleur vive de la cheville au genou. J'étais tombé sur le trottoir. Mais j'ai réussi à me relever."

 

Ainsi débute le roman de Patrick Modiano. On est tout de suite plongé dans l'univers de l'auteur où rien n'est défini avec précision car la mémoire se dérobe bien souvent.

Après cet accident, le narrateur est conduit avec la femme qui était au volant de la voiture à l'Hôtel-Dieu pour y être soigné. Semi inconscient, il se réveille sans trop savoir où il est. Il s'imagine à la montagne et repense à son chien écrasé autrefois par une voiture. Ce pourrait être cette même femme qui l'a renversé ! Les dates ne coïncident pas avec l'âge de cette femme dont il a pu connaitre le nom, Jacqueline Beausergent, au moment de sortir non de l'hôpital mais de la clinique Mirabeau où sans s'en rendre compte il a été transporté par M. Solière, un homme riche qui connait bien Jacqueline. L'homme lui a en effet donné un papier qui ressemble à un constat avec description de l'accident, du véhicule et le nom de la conductrice sans oublier l'adresse "square de l'Alboni".

 

Il n'en faut pas plus pour que Modiano nous emmène dans les méandres de la mémoire, de la déambulation dans les rues de Paris, les événements et impressions se superposent entre la jeunesse passée avec des rencontres du père dans des cafés de plus en plus éloignés du centre de Paris, au fur et à mesure que le père s'appauvrit; le présent, celui du souvenir de ce lointain accident qui en rappelle un autre à Jouy en Josas et aussi les rencontres fortuites puis organisées autour d'un brillant intellectuel, le Dr Bouvière, écouté religieusement par ses jeunes élèves dont une jeune fille qui fascine le narrateur...

 

Kaléidoscope et découpe de la mémoire qui demande au lecteur de la patience car Modiano en nous égarant dans les méandres des pensées du narrateur est parfois agaçant. Le narrateur retrouvera-t-il la Fiat couleur vert d'eau? Retrouvera-t-il Solière puis Jacqueline? Bien sûr, l'adresse ne permet aucun espoir de rencontre ici... Un soir, alors qu'il observe un endroit où pourrait habiter Jacqueline, il se fait bousculer par une vieille dame qui disparait comme elle est venue. Chez un bouquiniste, il trouve trois livres de Bouvière dédicacés à Geneviève Dalame, la jeune femme fascinée par l'homme et que le narrateur a eu plaisir à revoir un jour dans un bus...

 

Du Modiano très modianesque qui, vous l'aurez compris, m'a quelque peu agacé. Sans doute pas son meilleur roman à mes yeux mais qui s'inscrit bien dans la ligné de sa veine romanesque. Avouons tout de même qu'il reste un grand écrivain mais à trop le fréquenter on finit par se lasser, sans doute.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre du blogoclub animé par Sylire et Lisa qui nous proposait de lire un livre au choix de Patrick Modiano, récent Prix Nobel de Littérature.

 

 

Accident nocturne de Patrick Modiano (Gallimard)

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 21:19
Citation de Franz Kafka sur l'enthousiasme humain

"L'homme est un immense marécage. Quand l'enthousiasme le prend, c'est, pour le tableau d'ensemble, comme si dans un coin quelconque de ce marais une petite grenouille faisait pouf dans l'eau verte".

 

Franz Kafka (1883-1924), Journal.

 

https://journalkafka.wordpress.com/

Citation de Franz Kafka sur l'enthousiasme humain

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 18:20
Lire la poésie : de A à Z... (8/50) - D comme Desnos

Un poète : Robert Desnos (1900 - 1945)

Un recueil : Fortunes (1942)

Un poème :

 

                  Les Quatre sans cou

 

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.
 
Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.
 
Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.
 
Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.
 
Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rôdaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,
 
Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.
 
Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang.
 
Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdaient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.
 
Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leurs croix
Quand devant elles ils passaient droits.
 
On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes,
 
Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.
 
Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaieté des uns rend les autres tristes.
 
Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain.
J’en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres.
 
Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.
 
Je les vois de moins en moins,
Car c’est déprimant, à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.

 

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Robert Desnos a été poète, journaliste et surréaliste  jusqu'en 1930). Il fut aussi résistant et déporté au camp de Theresienstad en Tchécoslovaquie où il meurt de typhus peu après la libération du camp et l'armistice, le 8 juin 1945.

 

Fortunes est publié en 1942 et reprend des poèmes des années 1930 regroupés autour de 8 parties :

I - Siramour

II - The night of Loveless Nights (1930)

III - Les sans cou (1934)  (dont est issu le poème ci-dessus)

IV - Complainte de Fantômas

V - Les portes battantes (1936)

VI - Le satyre

VII - L'homme qui a perdu son ombre

VIII - Bacchus et Apollon

 

La plupart des poèmes sont très longs.

 

Dans la postface au recueil, Robert Desnos écrit : "Fortunes, qui rassemble les poèmes d'une période de dix ans (les plus récents sont vieux de cinq), me donne l'impression d'enterrer ma vie de poète".

Et il termine sa postface ainsi : "Que ferai-je à l'avenir? Si tous les projets ne se mesuraient à la  longueur de la vie, je voudrais reprendre des études mathématiques et physiques délaisées depuis un quart de siècle, rapprendre cette belle langue. J'aurais alors l'ambition de faire de la "Poétique" un chapitre des mathématiques. Projet démesuré certes, mais dont la réussite ne porterait préjudice ni à l'inspiration, ni à l'intuition, ni à la sensualité. La Poésie n'est-elle pas aussi science des nombres?"

 

Poèsie = science des nombres ? Oui, si on pense à la versification très organisée à la manière des alexandrins et des rimes!!!

Et puis sa vie s'est écourtée hélas bien vite après avoir écrit cette postface.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Lire la poésie : de A à Z... (8/50) - D comme Desnos

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 10:56
La civilisation, ma Mère !... de Driss Chraïbi (Folio)

La Civilisation, ma Mère !... de Driss Chraïbi (Folio)

Première édition Denoël 1972

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La mère a été mariée très jeune à un homme plus âgé qu'elle dans le Maroc des années 20. Elle a eu deux fils : Nagib l'aîné et un deuxième qui pourrait être l'auteur. Selon la tradition marocaine de l'époque, elle restait cloitrée dans sa maison sans contacts avec l'extérieur.

Un jour, Nagib amène à la maison un poste de radio géant de la marque Blaupunkt, que la mère appelle Mr Kteu, car son fils lui a fait croire que c'était un magicien qui parlait, chantait.

"Monsieur Kteu devint pour elle l'homme qu'elle avait toujours attendu : le père qu'elle n'avait jamais connu, le mari qui lui récitait des poèmes d'amour, l'ami qui la conseillait et lui parlait de ce monde extérieur dont elle n'avait nulle connaissance. Quand vint la deuxième guerre mondiale, elle était là, fidèle au poste. Attentive à toutes les souffrances, comptant les coups, à traits de crayon gras sur sa planche à lessive". (Page 39)

 

Le téléphone va devenir le moyen pour elle de communiquer avec ses amies et des inconnus aussi. Puis ses fils vont lui acheter des chaussures et des vêtements, alors que jusqu'à présent elle était hors mode, fabriquant inlassablement des vêtements "coutumiers".

Et le cinéma va être un grand moment de son éducation. Elle va s'identifier aux héros, leur parler. Elle est alors la première femme à venir assister à une séance publique. Deux films au programme à chaque séance. Une romance puis un western américains...

Elle lit, s'ouvre au monde par tout moyen et puis le plus jeune fils, narrateur de la première partie du roman (intitulée "Etre"), décide de partir étudier en France la médecine et quitter ainsi définitivement son passé, pour entrer dans la"civilisation moderne" !

La deuxième partie "Avoir" est racontée par Nagib, fils plus "voyou" que son cadet. Il fait découvrir son monde à sa mère et comme pour tout, elle aime ces rencontres avec des gens qu'elle ne cherche pas à juger. Pendant la guerre, quand De Gaulle est au Maroc en compagnie de Churchill et Roosevelt, elle décide de le rencontrer. Elle veut dire à cet homme qu'il doit penser au peuple dans le règlement futur du conflit.

Avec ses amies, plus tard, elle va militer pour l'émancipation des femmes marocaines, ce qui lui vaudra de nombreux déboires, notamment avec les maris. Mais, elle est bien dans son époque maintenant qu'elle s'est ouverte au monde.

"- Je suis heureuse, si heureuse ! J'étais née dans une maison dont je ne me rappelle plus que les ténèbres, j'ai passé la moitié de ma vie dans une prison et je ne sais pas où je mourrai mais d'ici là, je serai allée d'un horizon à l'autre, j'aurai parcouru, connu, aimé ce pays dans tous les sens - parce que...parce qu'il m'appartient..." (page 161-162)

 

Cette phrase résume bien ce livre centré sur une femme qui prend conscience, grâce à ses fils, que la vie se passe dans la rue, auprès des autres, dans les livres aussi pour enfin mieux comprendre dans quel univers on vit et qu'elles sont les horizons qui peuvent être explorés pour améliorer le quotidien du peuple.

 

C'est enfin le livre d'une métamorphose dans un monde clos, dans une culture qui ne laissait pas droit aux femmes de s'émanciper, de participer au débat public. A méditer dans ces temps où l'intégrisme et les extrêmismes entendent revenir à des traditions d'enfermement de la pensée. Ce livre est un hymne à la liberté de penser et d'être.

Magnifice, écrit dans une langue poétique et avec beaucoup d'humour aussi. N'oublions pas ces écrivains africains francophones du 20e siècle qui ont contribué au rayonnement de la littérature de langue française.

Après Mohammed Dib et son merveilleux "L'infante maure", Dris Chraîbi (1926-2007) et ce roman m'auront rappelé l'importance de cette littérature.

Il me faudra aussi revenir à Rachid Boudjedra, Kateb Yacine notamment...

Bonne lecture,

Denis

Driss Chraïbi

Driss Chraïbi

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 09:31
Citation de Louis Aragon : Le propre du génie

"On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard".

Louis Aragon (1897-1982), Traité du style.

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Le Traité du style fut écrit au cours des années 1926-1927. Le livre ne paraîtra qu'en 1928, André Gide et Paul Valéry (violemment pris à partie dans le texte) s'opposant à sa publication. Pamphlet ou poème - «chaque image doit produire un cataclysme» -, il marque une étape importante dans l'histoire littéraire. Certains n'ont voulu retenir que l'insolence, l'humour, la virtuosité exceptionnelle de l'écriture d'Aragon. D'autres lecteurs cependant vont plus loin et voient dans le Traité du style l'amorce par Aragon du dépassement du surréalisme en réalisme. L'auteur se livre en fait ici à un jeu de massacre où rien de notre époque n'est épargné ou respecté : l'art, la politique, la morale, la civilisation occidentale. Aragon développe dans le Traité du style une conception du monde comme chaos : «... je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les plâtres.» On trouve aussi dans ces pages une analyse du problème de la signification qui l'amènera quelques années plus tard à intégrer l'idéalisme artistique du surréalisme. Le surréalisme a fait de l'inspiration poétique non «une visitation inexplicable, mais une faculté qui s'exerce». Aragon écrira en 1933 qu'il faut passer maintenant «du mécanisme individuel à la connaissance du mécanisme de classe de cette inspiration». Le Traité du style ne peut être isolé dans l'évolution de la pensée et de l'écriture d'Aragon. Il en est un des moments essentiels.

Jean Ristat

Citation de Louis Aragon : Le propre du génie

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 17:57
Lire la poésie : de A à Z... (7/50) D comme Darwich

Un poète : Mahmoud Darwich (1941-2008)

 

Un recueil : Comme des fleurs d'amandier ou plus loin (Actes Sud - 2007)

Traduit de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar

Paru à Beyrouth en 2005 - Titre original : Ka-zahr al-lawz aw ab'ad

 

Un poème :

 

                VOILA QUE LES MOTS

 

Voilà que les mots volettent dans ma tête.

Je me souviens d'une terre au nom céleste portée

par les mots.

Les morts ne rêvent pas souvent et s'ils rêvent

personne ne croit leurs rêves...

Voilà que les mots volettent dans mon corps,

abeille après abeille...

Si j'écrivais du bleu sur le bleu,

les chansons verdiraient et la vie me reviendrait.

Par les mots, j'ai trouvé plus court le chemin

jusqu'au nom...

Les poètes ne sont pas souvent joyeux

et quand ils le sont, personne ne les croit...

J'ai dit : Je suis toujours vivant

parce que je vois les mots

voleter dans ma tête.

J'ai en tête une chanson

qui va et vient

entre la présence et l'absence,

elle n'ouvre la porte

que pour la refermer... Une chanson sur

la vie de la brume mais elle n'obéit

qu'aux mots que j'ai oubliés !

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Mahmoud Darwich a été un des plus grands poètes de notre temps. Ce recueil est magnifique à l'image de son titre.

La 4e de couverture du livre dit :

Mahmoud Darwich poursuit dans ce recueil une recherche commencée il y a au moins dix ans, aux frontières de la poésie et de la prose. Mais au-delà de toute préoccupation technique, demeurent ses choix premiers : en poésie, toute idée, toute pensée doit passer par les sens ; toute poésie est d'abord orale, et par là musique ; et elle s'arme de fragilité humaine pour résister à la violence du monde.

 

On entre dans un monde intérieur qui regarde, se souvient, se cherche dans les autres et dans l'exil aussi, car une petite moitié du recueil est consacré à 4 longs textes à la fois prose et poésie sur le thème de l'exil.

Le premier de ces exils débute ainsi :

 

C'est mardi et le temps est clair, je marche

dans une rue latérale, sous un toit

de châtaigners... Je marche léger léger

comme évaporé

de mon corps, comme si j'avais rendez-vous

avec un  poème. Je regarde ma montre,

l'esprit ailleurs. Je parcours les pages

 

Et ce poème se poursuit pendant 11 pages. On est emporté par les mots. Des phrases se répondent, se répètent aussi. L'ensemble du recueil est un hymne à la poésie comme mode de pensée. Le poète regarde, interprète et aussi se met en scène dans sa quête d'un sens à une vie.

 

Bonne lecture de ce poète palestinien incontournable,

 

Denis

 

Lire la poésie : de A à Z... (7/50) D comme Darwich

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 20:55
L'infante maure de Mohammed Dib (Albin Michel)

L'infante maure de Mohammed Dib (Albin Michel - 181 pages - 1994)

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"Ce que j’ai voulu montrer, c’est tout simplement un enfant. Comment il vit, comment il voit le monde et comment il réagit. Il m’importe peu que cet enfant soit celui d’un couple mixte ou qu’il vive dans un pays ou dans un autre. C’est d’abord l’enfant qui m’intéresse. Aujourd’hui, les voyages et les échanges se sont multipliés et font que les gens se rapprochent de plus en plus. Il y a des gens qui voyagent énormément, qui se rencontrent, qui se plaisent et parfois s’épousent. Il y a de plus en plus d’enfants dont l’un des parents appartient à un pays différent, à une langue différente et à une culture différente de l’autre. Je dirais même que le monde va de plus en plus dans ce sens, et l’idéal serait que le monde entier ne soit constitué que d’enfants issus de couples qui appartiennent à des cultures différentes. Dans mon livre, nous nous retrouvons d’une manière plus précise devant un couple dont l’homme est censé être un Maghrébin. Il peut être algérien, marocain ou tunisien. La femme vient d’un pays nordique. Cela pourrait être la Suède, la Norvège ou la Finlande. Un enfant naît de cette union. Les enfants qui sont riches de deux cultures sont également riches d’un imaginaire et même de deux imaginaires qui se confondent. Un imaginaire qui fait leur marque essentielle, qui fait leur identité.

C’est pour cela aussi qu’un enfant issu d’un mariage mixte – le mot « mixte » ne me plaît pas beaucoup – est un enfant qui a un monde de rêve beaucoup plus grand, beaucoup plus étendu que celui qui a pour origine un seul pays, une seule culture, qui se trouve bien enracinée, bien ancrée quelque part. L’enfant a un espace pour son imagination, il est un peu le roi de son domaine imaginaire. Une fille est en quelque sorte la reine, d’où « l’infante ».

 

Extrait d'un entretien réalisé par Mohamed Zaoui (1998) in Algérie, des voix dans la tourmente (éditions Le temps des cerises).

 

Lyyli Belle est une fillette qui vit dans le nord de l'Europe où l'on trouve la neige et la forêt. Son père, lui, est originaire d'Algérie, là où l'on trouve le désert. Sable ou neige, est-ce si différent se demande l'enfant?

Elle passe une partie de ses journées dans un arbre. De là haut elle regarde le monde vivre. Elle aime danser aussi et demande à son père s'il aime aussi et ne le croit pas quand il répond non.

Elle ne s'entend pas très bien avec son frère, Kikki, car il se montre désagréable avec lui, c'est dire que sa vie d'enfant est très perturbée. Son goût de la solitude la sauve de cette vie "écartelée", d'autant que le père retourne souvent dans son pays.

"Même une fois parti, il n'est pas absent. Je le ressuscite en lui parlant. Il est loin là-bas où il retourne toujours mais il n'est pas perdu". (page 81)

Et Lyyli Belle ressent de l'incompréhension du côté de sa mère.

"Je ne suis pas folle maman. Tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Je mets ma main sur ma bouche, j'étouffe les gros bouillons qui me prennent encore à la gorge".

Et ses moments dans les arbres sont de grands moments de rêverie :

"Toutes les feuilles se mettent à chuchoter, à rire. De quoi. On dirait des filles au passage d'un garçon. Le vent est passé, mais les feuilles s'obstinent à chuchoter. Elles ne se sont pas aperçues qu'il est passé... Sur mon arbre, je grimpe aussi haut que possible, je m'arrache la peau des mains, des genoux, des pieds. Je me déchire pour lui alors que je pourrais demeurer au sol et me promener tranquillement dans le jardin". (page 39-40)

 

"L'infante maure" est un livre au ton poétique et philosophique publié par Mohammed Dib (1920-2003) en 1994. L'auteur dut se réfugier en France à l'époque de la guerre d'Algérie, expulsé pour ses activités militantes. Il fut l'ami d'Albert Camus, de Louis Guilloux entre autres. Il a publié de nombreux livres (poèmes, romans, nouvelles, essais) en cinquante ans. L'Algérie, l'exil sont au centre de ses livres.

 

Un auteur à ne pas oublier...

 

Bonne lecture, 

Denis

 

 

 

L'infante maure de Mohammed Dib (Albin Michel)

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 11:24
Citation de Charles Péguy sur le sens d'un mot !

"Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus".

 

Charles Péguy (1873-1914), Victor-Marie, comte Hugo.

Citation de Charles Péguy sur le sens d'un mot !

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 18:00
Lire la poésie : de A à Z... (6/50) C comme Char

Un poète : René Char (1907-1988)

 

Un recueil : Le marteau sans maître (1934)

 

Deux poèmes :

 

            La torche du prodigue

 

Brûlé l'enclos en quarantaine

Toi nuage passe devant

 

Nuage de résistance

Nuage des cavernes

Entraîneur d'hypnose.

 

 

             Vérité continue

 

Le novateur de la lézarde

Tire la corde de tumulte

 

On mesure la profondeur

Aux contours émus de la cuisse

 

Le sang muet qui délivre

Tourne à l'envers les aiguilles

Remonte l'amour sans le lire.

 

                                       ----------------------------------

 

Ce sont ces deux poèmes qui ouvrent les oeuvres complètes de René Char dans la collection de Galimard "La pléiade".

Ils font partie du recueil "Le marteau sans maître" composé de plusieurs parties:

- Arsenal (1927-1929)

- Artine (1930)

- L'action de la justice est éteinte (1931)

- Poèmes militants (1932)

- Abondance viendra (1933)

 

Soit au total 55 textes : poèmes en vers libres ou en prose...

Un grand éclectisme étalé sur 8 ans en une époque où René Char est surréaliste.

Les poèmes sont d'abord publiés séparément avant d'être regroupés en 1934.

 

On a beaucoup dit que René Char est un poète hermétique. Son grand ami Paul Veyne, l'historien bien connu, a publié un livre de très grande qualité pour nous dire ce que René Char a voulu dire dans ses poèmes et nous rapprocher de l'intimité de l'auteur et de ses poèmes.

A lire en parallèle de la lecture des poèmes de René Char :

Lire la poésie : de A à Z... (6/50) C comme Char
Lire la poésie : de A à Z... (6/50) C comme Char

Le recueil "Le marteau sans maître" est également disponible dans la collection "poésie" de Gallimard :

Lire la poésie : de A à Z... (6/50) C comme Char

Et pour être complet, notons que le compositeur et chef d'orchestre Pierre Boulez a composé une oeuvre pour voix et six instruments tirée du recueil de René Char.

Lire la poésie : de A à Z... (6/50) C comme Char

Bonne lecture,

 

Denis

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