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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 17:11
Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé

(Babel - 132 pages - mars 2010)

Première édition Actes Sud - 2007

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William N'Sondé est né en 1968 et a publié ce premier roman en 2007 pour lequel il a reçu le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix Senghor de la création littéraire. Il a publié trois romans depuis et "Le Coeur des Enfants Leopards" a été adapté au théâtre. L'auteur est par ailleurs musicien et chanteur.

 

​Comme presque toujours avec Actes Sud, on a affaire à un texte où la prose est proche de la poésie lyrique. On lit un tel livre autant pour le rythme des mots et des phrases que pour l'histoire elle-même, d'autant que l'auteur aime nous laisser longtemps dans le "flou".

 

Le narrateur a été placé en garde à vue suite à des problèmes sur la voie publique. Il sait que son ami Drissa était avec lui mais comme il n'était pas dans son état normal il ne se souvient pas des détails. Tout est confus et il a été maltraité par un policier. Il se remémore des bribes de ses racines au pays kongo avec la figure du grand-père autoritaire et respecté en ce pays des léopards.

Souvenir de Mireille son amour de jeunesse si belle si aimante.

Magie noire, vaudou ou sorcellerie. Il est capable de l'invoquer dans sa cellule. Ce sont ses racines et un policier avoue avoir eu peur de cela quand le détenu a parlé et chanté dans sa langue africaine au point de le taper quand il l'a découvert caché sous le lit.

Mireille a eu la même enfance que Drissa et le narrateur. Petits vols à droite, à gauche. Des parents peu présents pour leur ouvrir l'avenir. Il a fallu l'entrée à l'université et donc la sortie de banlieue pour que Mireille découvre la lecture, la culture au risque de passer pour snob reniant ses origines.

Leur première fois a été magnifique dans une voiture volée par Kamel le dur de la bande, assagi depuis en devenant musulman. Le souvenir de Mireille est tellement beau pour lui.

Le père a fait partie de ceux qui ont œuvré pour l'indépendance du pays  mais qui sont partis très vite pour un ailleurs d'où l'arrivée en France.

Drissa est devenu violent et délinquant au fil des années renié par Mireille notamment qui ne supporte plus sa violence et celle du quartier. Drissa aime Carole entièrement assujettie à ses bons vouloirs et ses violences. Il a aussi couché avec la mère de Mireille. 

Et puis Mireille a dit qu'elle devait partir pour changer d'air et de vie.

Et alors que l'alcool s'évapore, il commence à prendre conscience qu'il s'est mis dans une drôle de situation.

 

Page 45 : "Le silence est revenu, et c'est à Drissa que je pense. Drissa c'est du gâchis, ce qui reste de toi. C'est quoi un nègre, un vrai ? Et tu tremblais déjà ! Quoi, t'es pas né au pays ? Tu ne le connais pas ? Tu ne parles pas la langue ? Noir dehors, blanc dedans ! Accroche-toi pour rester au moins dans ton paragraphe, sinon tu n'es plus rien après le point d'interrogation. Prends garde mon ami, ils veulent te rayer du texte, prends racine, ancre ta vie très vite, là où tu te sens bien, une toute petite parenthèse à ouvrir, rien que pour toi avec un peu de bonheur avant le point final."

 

Un excellent court roman onirique qui sort petit à petit des brumes du cerveau du narrateur pour nous révéler une triste réalité.

 
Bonne lecture,
 
Denis
 

 

 

 

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)
19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 20:23
Toutes les vagues de l'océan de Victor del Arbol (Actes Sud)

Toutes les vagues de l'océan de Victor del Arbol

(Actes Sud - Actes Noirs - février 2015 - 600 pages)

Traduit de l'espagnol par Claude Bleton

TItre original : Un millon de gotas ( Barcelone - 2014)

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Ce livre est un "monument" par la taille, par le propos et par la construction. Quelle aventure que de rentrer dans ce livre ! On est absorbé par toutes ces vagues narratives.

Tenter de résumer ce livre relève d'une certaine gageure, d'autant qu'il y a un intrigue policière dont il ne faut pas trop dévoiler les tenants et aboutissements. Et puis vous aurez 600 pages serrées pour atteindre l'autre rive.

Comme j'adore tout ce qui touche à l'Histoire et plus encore à celle du 20e siècle, j'ai été comblé avec ce livre.

 

Le roman se passe en 2002 mais il faut remonter à janvier 1933 et connaitre toute la vie d'Elias Gil jusqu'à sa mort en 1967 pour raccorder son histoire à celle d'aujourd'hui qui concerne ses enfants Gonzalo et Laura.

Donc 1933, c'est la grande "époque" du stalinisme quand il était encore regardé comme très fréquentable et Elias arrive là-bas, jeune ingénieur espagnol diplômé. ​Lui et trois amis européens de l'ouest l'accompagnent mais très vite les choses tournent mal car l'URSS a déjà ses travers et voit partout des espions venus de l'Ouest, si bien qu'il se retrouve en mai 1933 sur l'île de Nazino en Sibérie avec Irina qu'il aime et Anna la fille d'Irina. Ils assistent à un véritable massacre et Elias jure de les sortir de là tous les trois.

 

Extrait p.220  "Quand s'étaignit l'écho des derniers coups e feu, l'îlot était jonché de cadavres. L'air sentait la poudre. Même les soldats, qui s'acharnaient encore quelques minutes plus tôt, contemplaient ce spectacle dantesque en silence, effrayés de leur propre rage. Certains vomissaient, d'autres sanglotaient. Plus de deux cents hommes, femmes et enfants moururent ce jour-là. Une demi-douzaine de soldats tombèrent aussi. // Et soudain, au loin, un écho musical transperça la brume qui enrobait le fleuve. Entouré de cadavres, un vieil homme jouait de l'harmonica, assis sur un tronc d'arbre. La musique répandait sa tristesse. La scène était démentielle, hallucinante, incroyable. Mais le vieillard était bien réel, les notes de son harmonica s'élevaient au-dessus des gémissements des blessés".

 

Cet extrait montre la qualité du style et de la narration.

Igor, le tortionnaire russe,  lui met une telle pression qu'il décide de s'enfuir au plus vite par la rivière mais leur embarcation est précaire et Irina lui échappe. Anna est sauvée. Mais les ennuis qui vont poursuivre à jamais Elias naissent de sa lâcheté à avoir abandonné Irina pour se sauver puis à avoir donné Anna à Igor.

Pour Elias, il va y avoir le retour en Espagne, puis la guerre d'Espagne du côté des barcelonais contre Franco avec en 1939 le départ vers Argeles et Collioure pour se mettre à l'abri dans des camps de refugiés. Retour en URSS en 1941 pour se battre au côté des russes contre les allemands à Leningrad... Retour en Espagne où son activité devient plus trouble. Et Anna va revenir dans sa vie, Igor également...

Les chapitres s'alternent entre passé et présent sans gêner l'avancement de la lecture car justement cela apporte au fur et à mesure un éclairage sur la situation.

 

Tout cela pour arriver à 2002. Laura Gil, flic, est soupçonnée d'avoir tué un espion russe Zinoviev, lequel était suspecté d'avoir tué son fils. Gonzalo, son frère, avocat, n'a pas eu de nouvelles de sa soeur depuis 10 ans jusqu'à ce que le soir de son anniversaire il apprenne qu'elle s'est suicidée après avoir été arrêtée pour meurtre. C'est toute la famille qui est ébranlée et qui comprend que le passé est en train de remonter à la surface. Le beau-père de Gonzalo, le policier qui a travaillé avec Laura, les russes arrivés en Espagne... Tout ce petit monde est encore bien présent pour semer la pagaille.

Au fil des pages, les diverses ramifications de l'intrigue se ressoudent. Cela demande un minimum de concentration au lecteur mais ce livre en vaut vraiment la peine. Vous ne le regretterez pas.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Toutes les vagues de l'océan de Victor del Arbol (Actes Sud)
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 18:09

Alors que beaucoup vont se plonger dans l'Euro de football, les amateurs de littérature vont se concentrer sur les auteurs anglais tout au long de ce mois de juin 2016.

Pour ma part, étant engagé dans la lecture de livres pour deux prix littéraires, je serai obligé de limiter mes lectures à deux ouvrages (une troisième serait un miracle !) :

- Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier (1907-1989) (Le livre de poche) pour le 9 juin 2016

(une lecture faite en commun avec Johanna )

Je n'ai lu qu'un roman de cette auteure "La maison sur le rivage" et il y a très très longtemps... ​

Le mois anglais est de retour en juin prochain !

- Regardez-moi d'Anita Brookner (1928-2016) (Editions de la Découverte) pour le 27 juin ​

Ce sera l'occasion de rendre hommage à cette auteure décédée cette année.

Le mois anglais est de retour en juin prochain !

Tout se passe sur la page Facebook dédiée à ce mois anglais (qui vit par ailleurs toute l'année), animé par Cryssilda et Lou.

N'hésitez pas à venir nous rejoindre.

Denis

Le mois anglais est de retour en juin prochain !
17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 20:20
En attendant la vague de Gianrico Carofiglio (Le Seuil)

En attendant la vague de Gianrico Carofiglio

(Le Seuil - mai 2013 - 272 pages)

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Titre original : Il silenzio dell'onda (Milan 2011)

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Gianrico Carofiglio, né à Bari en 1961, est magistrat anti-mafia, un métier à haut risque. Et il est aussi écrivain, connu surtout pour ses "legal thriller" incarnés par Guido Guerrieri, que j'avoue ne pas connaitre. Ce roman étant d'ailleurs le premier que je lis de lui. Je peux vous dire que l'on peut avoir de hautes fonctions et être un écrivain de très grande qualité, ce qui est le cas de Gianrico Carofiglio.

Je le dis d'entrée, ce roman a été pour moi un très grand coup de coeur. Pas de fausses notes, une intrigue maîtrisée et très bien tenue. On aimerait lire souvent de telles oeuvres littéraires.

 

Né à Bari, certes, mais le livre se passe intégralement à Rome. Et on osera dire que l'auteur doit particulièrement aimer le cinéma car Emma est une ancienne actrice et un chauffeur de taxi fait visiter Rome à Roberto, qui se fait passer pour touriste, en allant lui montrer les lieux où ont été tournés tous les chef- d'oeuvres des années 50/60. Justement, on rembobine, et on reprend tout depuis le début :

Roberto souffre depuis plusieurs années de troubles et d'insomnies et voit son psychiatre chaque lundi et jeudi. Il lui a raconté comment il est devenu carabinier, respecté grâce à son courage pour déjouer un hold-up.

Il vit seul et a parlé d'un rêve lié au surf, ce sport qu'il a pratiqué quand il vivait en Californie. 

En venant aux séances il a repéré une femme qui lui dit quelque chose, et quand il vient la dépanner parce que sa voiture ne démarre pas, il se rappelle qu'elle a été actrice de publicité.

Entre deux séances chez le psy, sans lien entre eux, Giacomo nous raconte ses rêves. Il est lycéen et un chien l'accompagne dans ses rêves, Scott. Il se voit embrasser Ginevra la plus belle fille de sa classe.

Roberto raconte qu'il a été affecté aux stupéfiants et à ce titre a commencé à fréquenter la mafia pour pouvoir faire ensuite des rapports et faire procéder à des arrestations. Et un jour un certain Mario Jaguar lui propose de s'associer avec lui pour un gros coup en lien avec la drogue colombienne. Pour mieux montrer qu'il est des leurs il se fait tatouer et six mois plus tard ils les fait tous arrêtés. La carrière de Roberto est plus que lancée dans son rôle d'infiltré.

Roberto a revu la femme actrice, Emma, qu'il avait dépannée mais il se rend compte de son inculture en lui parlant de théâtre car elle a joué Shakespeare et Pirandello qu'il ne connaît pas vraiment. Et quand le psychiatre lui demande s'il a lu des romans il répond non. A 47 ans il ne sait pas grand chose et s'en désole tout en culpabilisant.

Ils finissent vraiment par sympathiser. Emma lui dit que sa vie est aussi compliquée d'où le recours au psy.

L'essentiel du roman tourne autour de la psychiatrie, entre rêves et réalités à expliquer.

Emma pourrait être la rédemption pour Roberto et pourquoi pas également Giacomo qui vient croiser cette histoire ! Roberto, étonnamment, se montre hésitant dans ses choix de vie alors qu'il a eu une carrière très difficile à gérer et c'est sans doute là seulement qu'il arrivait à "se réaliser".

 

Une intrigue qui avance sans coups d'éclat mais à un bon rythme et des personnages attachants, y compris le psy qui a aussi ses problèmes à résoudre. Quant à cette vague, c'est celle que l'on attend quand on fait du surf pour la "dompter"... Et un style qui renforce bien cette histoire par le ton juste, souvent par touches de courts chapitres. La narration àla troisième personne donne la distance qui permet de voir évoluer Roberto sous un éclairage plus distant. Seul Giacomo nous raconte ses rêves en disant "je".

 

Page 97 : "La légèreté qu'avait éprouvée Roberto s'effaça rapidement devant un sentiment d'angoisse et de vide. Exaltation et dépression. Le médecin y avait fait allusion un peu plus tôt : ces deux états pouvaient alterner pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois au fur et à mesure que son état s'améliorerait."

 

Une lecture que je conseille vivement.

​Denis

 
 

 

Et ce roman rentre dans la thématique du "mois italien" avec un auteur qui vient du sud de l'Italie.

 

 

 

 

 

En attendant la vague de Gianrico Carofiglio (Le Seuil)
En attendant la vague de Gianrico Carofiglio (Le Seuil)
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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 20:12
Le livre de Yaak de Rick Bass (Gallmeister)

Le livre de Yaak - Chronique du Montana de Rick Bass

(Gallmeister - collection Nature Writing - 180 pages - juillet 2007)

Traduit de l'anglais (américain) par Camille Fort-Cantoni

Titre original The Book of Yaak (1996 - 2007 pour l'épilogue)

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Ce livre est bien une chronique, un vagabondage dans cette région du Montana, le Yaak, que l'auteur a découverte et dont il est tombé amoureux.

 

Rick Bass, à 29 ans, décide avec son épouse Elizabeth de quitter le Mississippi pour s'installer dans un endroit où ils pourront pleinement vivre leur vie d'artiste car Rick veut devenir écrivain.

Et c'est ainsi qu'ils sont arrivés dans la vallée de Yaak. Une vallée sauvagement déboisée avec des "coupes à blanc", sans téléphone et électricité pour une partie de cette vallée.

L'auteur milite pour la sauvegarde de cette région qui n'a aucun hectare protégé. La vallée n'a qu'une centaine d'habitants et il faut aimer, comme la famille Bass, la solitude pour vivre ici. D' autant qu'ils ont une cabane dans les bois. Elle date de 1903, du temps de la ruée vers l'or.

Les coyotes (proche du loup) et les grizzlys (sous-espèce de l'ours brun) sont deux des "attractions" de cette contrée, si rares ici et encore plus ailleurs.

Rick Bass nous raconte ce qu'il voit, ce qu'il vit ici avec sa famille et ses amis. Malgré son militantisme écologiste pour sauvegarder la région, en 2007, il constate que rien n'a changé.

Il faut se laisser porter par les mots de l'auteur et imaginer ce que peut être cette région au fil de ses pérégrinations.

 

Page 69 : "Des secrets nous parviennent de la forêt : la force que la grâce des bois peut apporter à une communauté. Cette force et cette grâce sont impossibles à mesurer, mais on peut les connaître et les éprouver : aussi longtemps qu'on reste partie prenante d'un lieu et ouvert sur le monde, on sent bien si ce lieu - ville, maison, forêt - recèle encore cette grâce ou si celle-ci a disparu, si on y a renoncé". // Je vois dans l'art une conséquence parmi d'autres, un indicateur de la richesse d'un lieu. Ni la richesse ni la force ne se laissent quantifier, mais je me dis que l'art, parfois - tel un loup, un grizzly ou un caribou - est révlateur de la force et de la variété d'un lieu".

 

C'est réellement un livre dans lequel il fait bon vivre. De courts chapitres nous font pénétrer à "pas de loup" dans cet univers "sauvage", loin du bruit et de la fureur du monde, excepté le fait que rien n'est fait pour en faire un lieu "officiellement protégé". Et c'est la seule révolte de l'auteur qui y a trouvé une vie saine ici.

 

Une chronique écrite pas un grand écrivain est forcément de belle facture. Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu dans le cadre du challenge Gallmeister.

Le livre de Yaak de Rick Bass (Gallmeister)
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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 09:54
Rencontre au Havre avec Ellen Urbani (version traduite anglais)
Rencontre au Havre avec Ellen Urbani (version traduite anglais)

Ellen Urbani est venue en France pour présenter son livre "Landfall" que j'ai lu en avant-première grâce aux éditions Gallmeister et au "challenge Gallmeister" organisé par Léa pour les 10 ans de l'éditeur,

Ellen Urbani came to France for a presentation of her novel Landfall which I read a preview of owing to Gallmeister Publishing and the Gallmeister Challenge organized by Lea for the publisher's  tenth birthday.

 

Sa "tournée" de trois semaines commencée à Rouen, s'est poursuivie hier mercredi 11 mai 2016 au Havre à la Librairie La Galerne. Elle va aller ensuite à Laval, à Caen sans oublier Saint-Malo pour le festival littéraire "Etonnants voyageurs"... Toutes les dates sont sur le site Gallmeister. Ellen nous a avoué que c'est la première fois qu'elle vient en France.

Her french three week tour started in Rouen, then in Le Havre on wednesday, May 11th at La Galene bookshop. Then, she will be in Laval, Caen and of course Saint-Malo for the litterary festival, Etonnants Voyageurs. Save your dates on Gallmeister website ! She confessed it is the first time she comes to France.

 

C'était pour moi et Fabienne un grand bonheur de pouvoir rencontrer Ellen Urbani dans le contexte fort agréable d'une librairie. Et nous étions environ 25 personnes à partager ce plaisir, sans compter les organisateurs havrais.

 

Needless to say it was a great pleasure for Fabienne and myself to meet Ellen in a place as nice as a bookshop. And we were about 25 people who shared this pleasant time, the organizers from Le Havre not included.

 

Avant de débuter la rencontre, Ellen Urbani est allée saluer chaque "auditeur" individuellement en lui serrant la main et en lui montrant combien elle était heureuse de cette rencontre.

Les organisateurs de la librairie, qui en sont à je ne sais combien d'auteurs invités à ce jour, n'avaient jamais vu un auteur débuter ainsi une rencontre

Before the meeting started, Ellen Urbani greeted every single auditor, shaking hands and showing how happy she was with this event and the organizers, who welcome authors very often, said it was the first time they saw an author starting a meeting that way.

 

Après avoir ainsi salué chacun, elle est venue s'installer à la table où l'attendait Marie Mascoso, des éditions Gallmeister et pour l'occasion traductrice. Tout en admettant que ce n'était pas son métier, elle a très bien assuré ce rôle. Un anglophile a dit en aparté à la fin de la conférence qu'elle avait fait un excellent travail. A mon tour d'être le plus fidèle possible à ses propos dans ce compte-rendu que je vais faire à présent, au fil des notes prises sur un carnet.

After waving to everyboby, she sat at the table where Marie Mascoco from Gallmeister will also act as a translator. Even if it is not her proper job, she was very good, definitely. An english speaking person even said in an aside that she did an excellent job. Now it's my turn to try and transcript as faithfully as possible her words during this interview.

 

Ellen Urbani était "interviewé" par Elvire Duchemin qui est souvent invitée par La Galerne pour animer des débats littéraires et qui, elle aussi, a très bien assumé son rôle.

 

Expliquez-nous le début du roman et pourquoi avoir choisi une fiction?

Would you please explain to us the beginning of the novel and the reason why you chose to write fiction ?

Ellen Urbani explique le début du roman (que je ne reprendrai pas ici et qui est ainsi résumé sur la 4e de couverture " Un matin de septembre 2005, Rose, à peine âgée de dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans avec sa mère. Les deux femmes vont porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina. Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité, ne tarde pas à obséder la rescapée).

Ensuite, elle nous dit qu'elle a travaillé en tant qu'aide et soutien psychologique aux malades atteints du cancer (donc en service d'oncologie) et également en soutien aux victimes de catastrophes en tout genre.

After talking about the beginning of the novel, Ellen explains to us that she worked as a psychological support to people suffering from cancer and also she supported victims of any kind of disasters.

 

Ce travail en profondeur avec des êtres en souffrance lui a permis d'avoir une compréhension immédiate de celle des victimes de Katrina en août 2005.

C'est cet aspect humain, qui n'a pas été suffisamment mis en avant dans les livres qui ont été écrit avec le passage de l'ouragan, qu'Ellen Urbani a voulu faire ressortir dans ce livre, qui ne pouvait être qu'un roman pour elle et non un reportage de non-fiction.

This deep work with suffering people enabled her to have an immediate understanding of the Katrina's victims in 2005. According to her, this human aspect has not been underlined enough in books dealing with the hurricane and she wanted to point it out in this book which could be a novel only instead of a non-fiction report.

 

Comment avez-vous composé ce roman ?

How did you compose this novel ?

J'avais besoin de comprendre ce qui s'était passé et j'y ai consacré beaucoup de temps pour reconstituer les faits. Etant à l'époque mère célibataire avec deux très jeunes enfants, j'effectuais mes recherches la nuit et je peux dire que je suis devenue "experte". Il me fallait alors mixer fiction et réalité des faits, en insérant de façon équilibrée la fiction.

I needed to understand what had happened and I spent a great deal of time peicing facts together. At that time I was a single mother raising two kids and I was searching for information at night and I really became skilled at it. Then, I had to mix fiction and reality and insert fiction in a well  balanced way.

 

Peut-on dire que Katrina est un "révélateur" du comportement humain?

Would you say that Hurricane Katrina is an « enlightener » of the human behaviour ?

J'ai grandi dans le sud des USA, en Virginie et en Alabama.

Je me sens aujourd'hui "expatriée" en vivant dans l'Orégon mais le racisme qui sévit dans le "sud" de manière très forte ne m'autorisait pas à laisser vivre mes enfants dans ce contexte. Je veux leur donner des valeurs qui ne sont pas celles-là.

Et le racisme est revenu au devant de la scène en Alabama, au moment de Katrina. Il fallait déjà cette "vérité" pour construire aussi le livre.

I grew up in the South – Virginia and Alabama. Today, I feel an « expatriate » living in Oregon but  I couldn't allow myself to bring up my kids in the South because of racism which is a plague over there. I want to transmitt values to them which are not those ones. And with Katrina racism came back to the forefront in Alabama. It was necessary to held this « truth » to build the novel.

 

Qui sont Rose et Rosy? Comment les avez-vous créées?

Who are Rose and Rosy ? How did you « create » them ?

Au départ, je ne voulais pas écrire de la fiction pour mon deuxième livre (Ellen Urbani a écrit un premier livre non traduit sur son expérience au Guatémala). Je voulais faire une autobiographie familiale. Ma mère et ma soeur ont pleuré quand je leur ai dit cela ne souhaitant pas que leurs problèmes familiaux soient exprimés au regard des autres. Peut-être que plus tard ce livre pourra être écrit.

Dans "Landfall", il y a tout de même beaucoup de ma famille mais ma mère et ma soeur ne l'ont pas lu ainsi, n'y voyant pas de liens directs avec leur propre histoire.

At the beginning,  I did not want my second novel to be a fiction (Ellen's first book – not translated yet - deals with her experience in Guatemala). I wanted to write a « familiy autobiography ». My mother and my sister cried when I told them because they did not want her family problems to be revealed. Maybe, this book will be written later... Anyway, many things on my family are said in Landfall but neither my mother nor my sister read the novel with direct connections with their own story.

 

Qu'est-ce qu'on fait avec le secret?

What does one do with a secret ?

Je ne suis pas quelqu'un secret mais il y a contradiction entre protéger les nôtres et leur dire la vérité. J'avais la même problématique au Guatémala.

Les deux mères représentent ces contradictions. Gertrude ne dit rien à Rose alors que Cilla dit tout à sa fille Rosy.

I am not a secret person but there is a contradiction between preserving our people and telling them the truth. I was faced with the same problem in Guatemala. In Landfall, both mothers are this contradiction : Getrude does not say anything to Rose whereas Cilla says everyting to Rosy.

 

Il y a aussi une histoire de chaussure !

There is also a story about shoes !

Au début du roman l'accident de voiture est causé à cause d'une dispute entre Gertrude et Rose car Rose a mis ses chaussures sur le tableau de bord. Pieds nus, elle va trouver sur les lieux de l'accident mettre les chaussures de Rosy qu'elle a trouvées au sol. Elles vont l'accompagner tout au long du roman.

Aux USA, on dit que si on marche avec les chaussures d'un autre, on finit par le connaître. Ces chaussures sont le lien entre les deux jeunes filles.

At the beginning of the novel, the car accident happens because of an argument between Gertrude and Rose because Rose puts her shoes on the dashboard. After the crash, she is barefoot and she finds a pair of shoes near the car, belonging to Rosy. She puts them on they will stay with her up untill the end of the novel. In the United States, they say that when you walk with someone else's shoes, you know him/her in the end. These shoes are the link between the two girls.

 

Peur, violence, corps en lutte pour la survie. Comment avez-vous écrit ces moments de violence ?

Fear, violence, struggle to survive... How did you write those sequences of violence ?

J'ai vu beaucoup de "beauté" en vivant auprès de mourants et c'était un moyen ici de leur rendre hommage. J'ai aussi vécu des moments de violence dans ma vie. Et quand on survit à ces violences, il faut savoir mesurer la chance que l'on a eu de survivre.

I experienced a great deal of beauty living close to dying people and it was a way to pay tribute to them. I also experienced violence in my life. And when you outlive, you have to rate the chance you had to outlive.

 

Dans ce cataclysme, il y a un joli personnage, Jennifer

In such a cataclysm, there is the nice character of Jennifer.

Souvent les auteurs n'aiment pas qu'on leur demande si les personnages sont issus de leur vécu. Pour ma part, cette question ne me gène pas. Et dans mes récits j'aime y mettre des personnages que je connais, comme ma mère.

Jennifer, c'est le modèle de ma meilleure amie, et c'est la plus incarnée.

Après ce débat, il y a eu les questions du public, notamment une sur le premier roman de Harper Lee paru l'an dernier, et qui se passe également en Alabama et concerne le racisme mais Ellen Urbani n'ayant pas lu le livre, elle n'a pu répondre à la question.

Most of the time, writers do not like to be asked if their characters belong to their life. As far as I am concerned, such a question does not upset me and in my stories, I like placing charcaters I know, suc as my mother. Jennifer is very close to my best friend and she is the most personified

 

Et le policier ?

What about the policeman ?

Et pour ma part, comme ce roman est avant une affaire de femmes, j'avais attiré l'attention dans mon article sur le policier. J'ai donc demandé à Ellen comment elle voyait ce personnage dans son roman et voici sa réponse :

storyIn my eyes, as this novel is a « matter of women » above all, I had layed the emphasis on the policeman in my article. So, I asked Ellen how she « imagined » this character :

Je parle de femmes fortes et féministes assurément. Mais j'ai réalisé qu'il y avait aussi des hommes "biens".

Mais il fallait, pour moi, que cet homme soit derrière elles, comme un guide.C'est ce que fait le policier. Il a été le personnage le plus difficile à écrire.

StoryI speak about srong and feminist women, definitely. But I also realized there are also nice guys. For me, this man has to stand behind them, acting as a guide. That's what the policeman does. He has been the most difficult character to be depicted.

 

Et une dernière question du public :

Last question from the audience :

 

Comment va la Nouvelle-Orléans aujourd'hui ?

How is New-Orleans today ?

J'y suis retournée en 2015 pour le 10e anniversaire de Katrina et pour le lancement de "Landfall".

La partie la plus touchée était celle des quartiers pauvres, essentiellement de population noire.

Beaucoup d'argent a été engagé pour la reconstruction. Brad Pitt y a sa rue car il a fait un don qui a permis de reconstruire intégralement cette rue.

Reste un paysage d'abandon. Tous les noirs ont été déplacés, c'est ainsi la plus grande migration depuis l'esclavage aux USA.

L'identité de la Nouvelle-Orléans a changé et ne sera plus celle qui en a fait sa renommée, berceau du jazz.

StoryI came back there in 2015 on the occasion of the tenth anniversary of Hurricane Katrina and for the « launching » of Landfall. The most injured part of the city was the poor quaters where most of the resident are black. A lot of money has been engaged in reconstruction. A street bears Brad Pitt's name because he gave monet which was used to rebuild this street.

There remains a desolated countryside. All the black people have been uprooted leading to the most important migration since slavery in the US. New-orleans idendity has changed and will never be the one who made its fame, the jazz cradle.

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Il n'y avait plus qu'à applaudir ce beau moment de littérature et pour Ellen passer à la séance de dédicace, avant de se dire au revoir, jusqu'au prochain roman... La question n'a pas été posée, si bien que le mystère reste entier.

N'hésitez pas à suivre son actualité sur son site Internet

http://www.ellenurbani.com/

Time had come to applaud this great moment of litterature and leave Ellen to her dedications before saying « good-bye » waiting for her next novel... Nobody asked the question. Who knows ?

Follow Ellen on her website, http://www.ellenurbani.com/

 
 

 

Denis 

 

​(Translation by Marie-Hélène Bazinet. Many, many thanks for her very good work).

 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 11:10
Rencontre au Havre avec Ellen Urbani à la librairie La Galerne
Rencontre au Havre avec Ellen Urbani à la librairie La Galerne

Ellen Urbani est venue en France pour présenter son livre "Landfall​" que j'ai lu en avant-première grâce aux éditions Gallmeister et au "challenge Gallmeister" organisé par Léa pour les 10 ans de l'éditeur,

Sa "tournée" de trois semaines commencée à Rouen, s'est poursuivie hier mercredi 11 mai 2016 au Havre à la Librairie La Galerne. Elle va aller ensuite à Laval, à Caen sans oublier Saint-Malo pour le festival littéraire "Etonnants voyageurs"... Toutes les dates sont sur le site Gallmeister. Ellen nous a avoué que c'est la première fois qu'elle vient en France.

 

C'était pour moi et Fabienne un grand bonheur de pouvoir rencontrer Ellen Urbani dans le contexte fort agréable d'une librairie. Et nous étions environ 25 personnes à partager ce plaisir, sans compter les organisateurs havrais.

 

Avant de débuter la rencontre, Ellen Urbani est allée saluer chaque "auditeur" individuellement en lui serrant la main et en lui montrant combien elle était heureuse de cette rencontre.

Les organisateurs de la librairie, qui en sont à je ne sais combien d'auteurs invités à ce jour, n'avaient jamais vu un auteur débuter ainsi une rencontre.

Après avoir ainsi salué chacun, elle est venue s'installer à la table où l'attendait Marie Mascoso, des éditions Gallmeister et pour l'occasion traductrice. Tout en admettant que ce n'était pas son métier, elle a très bien assuré ce rôle. Un anglophile a dit en aparté à la fin de la conférence qu'elle avait fait un excellent travail. A mon tour d'être le plus fidèle possible à ses propos dans ce compte-rendu que je vais faire à présent, au fil des notes prises sur un carnet.

Ellen Urbani était "interviewé" par Elvire Duchemin qui est souvent invitée par La Galerne pour animer des débats littéraires et qui, elle aussi, a très bien assumé son rôle.

 

Expliquez-nous le début du roman et pourquoi avoir choisi une fiction?

 

Ellen Urbani explique le début du roman (que je ne reprendrai pas ici et qui est ainsi résumé sur la 4e de couverture " Un matin de septembre 2005, Rose, à peine âgée de dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans avec sa mère. Les deux femmes vont porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina. Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité, ne tarde pas à obséder la rescapée).

 

Ensuite, elle nous dit qu'elle a travaillé en tant qu'aide et soutien psychologique aux malades atteints du cancer (donc en service d'oncologie) et également en soutien aux victimes de catastrophes en tout genre.

Ce travail en profondeur avec des êtres en souffrance lui a permis d'avoir une compréhension immédiate de celle des victimes de Katrina en août 2005.

C'est cet aspect humain, qui n'a pas été suffisamment mis en avant dans les livres qui ont été écrit avec le passage de l'ouragan, qu'Ellen Urbani a voulu faire ressortir dans ce livre, qui ne pouvait être qu'un roman pour elle et non un reportage de non-fiction.

 

 

 

Comment avez-vous composé ce roman?

 

J'avais besoin de comprendre ce qui s'était passé et j'y ai consacré beaucoup de temps pour reconstituer les faits. Etant à l'époque mère célibataire avec deux très jeunes enfants, j'effectuais mes recherches la nuit et je peux dire que je suis devenue "experte". Il me fallait alors mixer fiction et réalité des faits, en insérant de façon équilibrée la fiction.

 

 

 

 

Peut-on dire que Katrina est un "révélateur" du comportement humain?

J'ai grandi dans le sud des USA, en Virginie et en Alabama.

Je me sens aujourd'hui "expatriée" en vivant dans l'Orégon mais le racisme qui sévit dans le "sud" de manière très forte ne m'autorisait pas à laisser vivre mes enfants dans ce contexte. Je veux leur donner des valeurs qui ne sont pas celles-là.

Et le racisme est revenu au devant de la scène en Alabama, au moment de Katrina. Il fallait déjà cette "vérité" pour construire aussi le livre.

 

 

Qui sont Rose et Rosy? Comment les avez-vous créées?

 

Au départ, je ne voulais pas écrire de la fiction pour mon deuxième livre (Ellen Urbani a écrit un premier livre non traduit sur son expérience au Guatémala). Je voulais faire une autobiographie familiale. Ma mère et ma soeur ont pleuré quand je leur ai dit cela ne souhaitant pas que leurs problèmes familiaux soient exprimés au regard des autres. Peut-être que plus tard ce livre pourra être écrit.

 

Dans "Landfall", il y a tout de même beaucoup de ma famille mais ma mère et ma soeur ne l'ont pas lu ainsi, n'y voyant pas de liens directs avec leur propre histoire.

 

 

Qu'est-ce qu'on fait avec le secret?

 

Je ne suis pas quelqu'un de secret mais il y a contradiction entre protéger les nôtres et leur dire la vérité. J'avais la même problématique au Guatémala.

 

Les deux mères représentent ces contradictions. Gertrude ne dit rien à Rose alors que Cilla dit tout à sa fille Rosy.

Il y a aussi une histoire de chaussure !

 

Au début du roman l'accident de voiture est causé à cause d'une dispute entre Gertrude et Rose car Rose a mis ses chaussures sur le tableau de bord. Pieds nus, elle va trouver sur les lieux de l'accident mettre les chaussures de Rosy qu'elle a trouvées au sol. Elles vont l'accompagner tout au long du roman.

 

Aux USA, on dit que si on marche avec les chaussures d'un autre, on finit par le connaître. Ces chaussures sont le lien entre les deux jeunes filles.

 

Peur, violence, corps en lutte pour la survie. Comment avez-vous écrit ces moments de violence ?

 

J'ai vu beaucoup de "beauté" en vivant auprès de mourants et c'était un moyen ici de leur rendre hommage. J'ai aussi vécu des moments de violence dans ma vie. Et quand on survit à ces violences, il faut savoir mesurer la chance que l'on a eu de survivre.

 

Dans ce cataclysme, il y a un joli personnage, Jennifer 

 

Souvent les auteurs n'aiment pas qu'on leur demande si les personnages sont issus de leur vécu. Pour ma part, cette question ne me gène pas. Et dans mes récits j'aime y mettre des personnages que je connais, comme ma mère.

Jennifer, c'est le modèle de ma meilleure amie, et c'est la plus incarnée.

 

 

Après ce débat, il y a eu les questions du public, notamment une sur le premier roman de Harper Lee paru l'an dernier, et qui se passe également en Alabama et concerne le racisme mais Ellen Urbani n'ayant pas lu le livre, elle n'a pu répondre à la question.

 

Et le policier ?

 

Et pour ma part, comme ce roman est avant une affaire de femmes, j'avais attiré l'attention dans mon article sur le policier. J'ai donc demandé à Ellen comment elle voyait ce personnage dans son roman et voici sa réponse :

 

Je parle de femmes fortes et féministes assurément. Mais j'ai réalisé qu'il y avait aussi des hommes "biens".

Mais il fallait, pour moi, que cet homme soit derrière elles, comme un guide.C'est ce que fait le policier. Il a été le personnage le plus difficile à écrire.

 

Et une dernière question du public :

 

Comment va la Nouvelle-Orléans aujourd'hui ?

 

J'y suis retournée en 2015 pour le 10e anniversaire de Katrina et pour le lancement de "Landfall".

La partie la plus touchée était celle des quartiers pauvres, essentiellement de population noire.

Beaucoup d'argent a été engagé pour la reconstruction. Brad Pitt y a sa rue car il a fait un don qui a permis de reconstruire intégralement cette rue.

Reste un paysage d'abandon. Tous les noirs ont été déplacés, c'est ainsi la plus grande migration depuis l'esclavage aux USA.

L'identité de la Nouvelle-Orléans a changé et ne sera plus celle qui en a fait sa renommée, berceau du jazz.

 

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Il n'y avait plus qu'à applaudir ce beau moment de littérature et pour Ellen passer à la séance de dédicace, avant de se dire au revoir, jusqu'au prochain roman... La question n'a pas été posée, si bien que le mystère reste entier.

 

N'hésitez pas à suivre son actualité sur son site Internet

 

http://www.ellenurbani.com/

 

 

Denis

(Excusez la mise en page overblog dont le visuel n'est pas identique au "brouillon")

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

A l'occasion de la venue en France d'Ellen Urbani pour présenter son livre "Landfall

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 18:23
L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)

L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun

(Le Seuil - 204 pages - 1992)

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L'auteur marocain Tahar Ben Jelloun, né en 1944, déjà célèbre en 1990, après avoir écrit notamment "Jour de silence à Tanger" ou "La nuit sacrée" (1987 - prix Goncourt), se voit proposer par le journal de Naples "Il Mattino" d'écrire une série de nouvelles qui va avoir pour sous-titre "Le roman de la mafia". Voyage au pays de la mafia entre Sicile, région de Naples et Calabre. 

Dans la préface au recueil, l'auteur nous dit avoir collecté nombre d'informations. "Ce fut une idée belle et stimulante : il s'agissait de faire de la fiction avec les matériaux de la réalité et reconnaître à la littérature sa fonction primordiale, celle de "cambrioler" le réel apparent". (...) Ce roman de la mafia est à peine imaginaire. Il est même en deçà de la réalité qui est souvent plus folle et plus imprévisible que toutes les fictions".

 

Les noms sont changés mais Ben Jelloun nousprécise que "certains se reconnaîtront". Ces nouvelles (12 au départ, 14 dans le recueil publié) ont paru en feuilleton du 30 mars au 15 mai 1990.

 

Les enfants sont armés et parfois meurent jeunes et il n'y a pas d'ange pour les emmener au ciel et seul un ange aveugle se porte volontaire !

 
 

Nouvelle II - L'amour à Palerme

L'auteur cite le grand écrivain italien Leonardo Sciasca sur Palerme :"Dans cette ville, les ordures atteignent les genoux et la mafia notre pomme d'Adam".

 

Emilio, 64 ans, est à Palerme en tant qu'expert, pour une énième réunion à la mairie sur la lutte antimafia. Il s'y ennuie, voit une belle secrétaire Chiara et pense à son goût pour le sexe et a ce qu'il pourrait faire avec elle mais il devient impuissant et tout devient confus jusqu'à l'amitié qu'il a pu lui donner la nuit suivante en lui parlant dans sa chambre. Une balle va arrêter ces pensées amalgamées.

 

Nouvelle III -  Journal d'un criminologue angoissé

Un criminologue avoue avoir peur à force de travailler sur les morts liés à la mafia ici dans la région de Naples. Sa fiancée Stefania est rentrée à Turin dans sa famille ne supportant plus la pression. Son nom est proche de celui d'un des chefs de la camorra ce qui lui a valu bien des soucis. Et puis les enfants tuent ou sont tués. Si bien que le criminologue décide d'aller aussi respirer auprès de Stefania et y terminer sans angoisse son mémoire sur les meurtres napolitains.

 

Nouvelle V - Nuit africaine

Il n'y a pas que la mafia dans la région napolitaine, il y a également les émigrés d'Afrique noire à loger, à nourrir.

 

Nouvelle IX - Veuve courage

Maria Rosa est mariée à Giacomo boucher à Palerme. Mais les ennuis ont commencé quand il a voulu changer de fournisseur quittant Tito de Catane pour "Pancho Villa" de Bari. Et une nuit Giacomo et sept autres hommes ont été tués dans son étable. Tout laissait penser que Tito était le responsable du massacre. Maria Rosa a gardé longtemps le silence avant de sa confier à une amie. Le téléphone étant sur écoute elle a fini par accepter de témoigner et d'intenter un procès qu'elle a perdu faute de preuves. Ses fils l'ont lâchée puis ont fini par comprendre qu'elle avait eu beaucoup de courage.

 

Nouvelle X - Au sommet de l'Aspromonte la neige est propre

Une belle leçon est donnée par un instituteur: 'clamer la poésie contre la violence".

 

Je n'ai pas détaillé toutes les nouvelles mais chacune apporte un éclairage sur cette région où la mort peut surger à tout moment en un temps où les magistrats, maires, policiers et autres fonctionnaires engagés dans la lutte antimafia se sont heurtés à des "murs" au péril de leur propre vie..

Certes ces observations romancées datent de 1990, soit plus de 25 ans mais qui y-a-t-il de changé? Pas grand chose je le crains !

 

Denis

 

Cette lecture rentre également dans le cadre du thème de mai 2016 du "mois italien" sur les régions du sud de l'Italie.

 
 
 
 
 

 

 

 

 

L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)
L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)
5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 11:55
Le camp des morts de Craig Johnson (Gallmeister)

Le camp des morts de Craig Johnson

(Gallmeister - collection Totem - 377 pages)

Traduit de l'anglais (USA) par Sophie Aslanides

(Première édition France 2010 et 2012 pour la collection poche Totem)

Titre original :Death Without Company - 2006

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Une nouvelle fois, je vais faire le "grincheux" mais pourquoi traduire le titre d'une manière fantaisiste. Dommage. Autant laisser le titre original dans ce cas. Je l'avais déjà noté pour le premier roman de la série Longmire, The Cold Dish, traduit en Little Bird.

 

Autre dissonance par rapport aux amateurs de l'auteur, sans dire que je n'ai pas aimé, je n'ai pas été emballé par ce deuxième opus des aventures de Walter Longmire, le sherif du Wyoming.

 

Pourquoi? Autant la première fois, on découvre un univers, des personnages, autant la deuxième fois, on est déjà familier de ces personnages récurrents, et on sait comment ils vont réagir, quelles seront leurs blagues, leurs défauts. Et puis, franchement, un type qui fait venir sa fille presque au péril de sa vie tellement le temps est exécrable pour les fêtes de Noël, et qui prend à peine de temps de lui parler sauf à l'intégrer dans son enquête, cela m'a sérieusement agacé. Enfin, j'ai trouvé la fin confuse et un dénouement sans grand "panache".

 

 

Comme toujours en cette saison il neige dans le Wyoming et Longmire serait étonné que Santiago, mexicain, potentiellement nouvelle recrue, puisse traverser la montagne pour venir à son bureau se présenter le lendemain matin.

En attendant, ce soir de tempête de neige, il dépanne une femme, Maggie Watson, fonctionnaire de l'état, surprise par ce temps et qu'il réussit à loger dans un motel.

Walter se rend ensuite à la maison de retraite pour jouer sa partie d'échecs hebdomadaire avec Lucian Connally. Il apprend qu'une femme est morte. Lucian dit à Longmire qu'il est certain qu'elle a été assassinée et qu'il convient de faire une autopsie. Elle a été sa femme quelques heures il y a cinquante ans et elle lui a été retirée par sa famille et ils se sont revus ici, il y a un an. Elle était d'origine basque et s'appelait Mari Bajora.

Walt voit la fille de Mari pas très aimable et sa petite-fille Lana boulangère, plus conciliante et qui lui révèle que son grand-père a été tué par Lucian.

Or il s'avère que Charles Nurburn est toujours vivant ce qui soulage Walt, ce qui fait qu'il pourrait n'y avoir aucune affaire autour de la mort de Mari Baroja.

 

 

 

Il passe la soirée chez ses amis indiens avec Maggie et sent qu'il y a un peu plus que de l'amitié entre eux mais en route ils voient la Mercedes du docteur Isaac accidentée. Le docteur a de légères blessures et il dit que ses freins ont lâché. Bizarre pour un véhicule si bien entretenu. De retour à son bureau Walt se rend compte que le jeune Santiago travaille bien et consciencieusement, ce qui le rassure sur son avenir ici.

Après avoir fait le numéro de téléphone de Charlie, Walt entend le répondeur mais la voix est celle de son ami Lucian.

Au matin Lucian explique à son ami comment est mort Charlie après avoir voulu violer sa femme? Elle s'est défendue et c'est ainsi qu'il est mort. Ainsi, l'affaire est relancée.

Le verdict tombe : Mari est morte empoisonnée au naphtalène.

Isaac a été victime d'un attentat car ses freins ont été trafiqués et Lana a été agressée dans sa boulangerie. Les choses se compliquent inéluctablement et Walter réussit à obtenir un double du testament qui aidera sans doute à éclaircir la situation. Et, surprise! Cady a pu venir de Denver rejoindre son père. Elle lit avec lui le testament et annonce que Lana est la principale héritière.

Lucian est à son tour agressé dans sa chambre par un homme grand et conducteur d'un Datsun et qui plus est Lucian a pu lui arracher quelques cheveux.

Nouvel indice: Charles aurait eu un enfant illégitime avec une indienne et ce serait Anna qui travaille à la maison de retraite.

 

Et l'on continue de rebondissements en rebondissements ou de vieilles affaires familiales viennent dire que le noeud de cette affaire est à chercher par là.

 

Et puis voilà. Je suis resté sur ma fin et les cent dernières pages m'ont ennuyé. Alors, avant de replonger dans les aventures de Longmire, je vais laisser passer quelques mois ou années.

 

Et cette "année polar" me montre aussi que je ne suis pas très habitué au genre et que j'arrive à m'en lasser plus facilement que de la littérature dite plus "générale" où il peut y avoir plus de surprises narratives notamment.

 

Je vous conseille quand même de lire Craig Johnson car il reste un excellent auteur, pour les "amateurs" du genre.

 

Denis

 

 

 

 

 

 

 

 

Le camp des morts de Craig Johnson (Gallmeister)
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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 20:43
La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga (Gallimard)

La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga

(Gallimard - collection Continents Noirs - février 2008 - 145 pages)

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Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda et sa vie a été marquée par l'histoire de son pays. En 1960, sa famille est déplacée dans une région insalubre du Rwanda, Nyamata au Bugesera. En 1973, elle est chassée de l’école d’assistante sociale de Butare et doit s’exiler au Burundi.  Elle s’établit en France en 1992 et apprendra que 27 membres de sa famille dont sa mère Stefania ont été massacrés pendant le génocide des Tutsis, ordonné par les Hutus. Elle a raconté dans un premier livre en 2006 son enfance au Rwanda "Inyenzi ou les Cafards". Dans ce deuxième livre "La femme aux pieds nus" elle se penche sur le portrait de sa mère Stefania, une "mère courage".

 

 

Lorsque les Hutus ont été mis à là direction du Rwanda suite à l'indépendance, les Tutsis ont été parqués dans des camps devenus des villages non loin de la frontière avec le Burundi. C'est là que vivait Scholastique avec sa famille. Régulièrement les militaires venaient faire des fouilles au mépris de leur intimité familiale, saccageant leurs biens, maltraitant les refugiés. Pour eux c'étaient des cafards et il n'y avait aucune raison de les ménager. Aussi la mère Stefania voulant protéger ses trois filles avait prévu un plan de fuite pour elles vers le Burundi.

Ils habitaient dans ce qui s'appelait " les cases des déplacés", relégués dans cette région , le Bugesera.

Ils arrivent à cultiver le sorgho. Avec le sorgho on fait aussi de la bière, une de leur seule "richesse".

Il faut aller dans la capitale Kigali à deux jours de marche pour acheter du pain, lequel est considéré comme un médicament pour les enfants.

Et puis une salariée de blancs surnommée kilimadame est venue s'installer à Nyamata, y a ouvert boutique avec vente de pains. Mais seuls les instituteurs et nantis en achètent. Les pauvres économisent pour acheter un pain si leur enfant sort premier de classe.

Et il y a le progrès qui s'appelle ici amajyambere. Cela passe par l'évolution de l'habillement, de la coiffure entre autres. Et c'est aussi l'arrivée des WC venus des grandes villes.

Le mariage impose aussi un rituel et Stefania est experte pour donner un verdict sur la qualité des filles à marier. Elle a eu toutefois une déconvenue pour le mariage de son fils Antoine car sa future épouse a été enlevée par ceux qui l'employaient...

 

L'auteure, sans aucun pathos et sans langue de bois, raconte ces moments de vie familiale autour de la "mater familias", car la femme a un rôle primordial dans la vie quotidienne.  Une vie que l'on sent tout le temps en sursis car il semblait inéluctable à chacun que tout cela finirait mal. Les militaires rodent, la violence est présente mais les Tutsis, sans se résigner, vivent comme si tout allait bien, comme s'il y avait un avenir dans ce "pays perdu". Et eux se montrent "non-violents". Elle a obtenu pour livre le prix Seligmann contre le racisme.

 

Une lecture très intéressante, documentaire, très bien écrit car ce n'est pas qu'un récit, c'est aussi une oeuvre littéraire que Scholastique Mukasonga continue de tisser autour de son vécu, de son pays d'origine. Tous les livres sont publiés chez Gallimard, les cinq premiers dans la collection "Continents Noirs". Si vous ne connaissez pas cette très intéressante collection, n'hésitez pas à la découvrir et à lire des livres de cette collection.

 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Continents-Noirs

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

 

La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga (Gallimard)

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