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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 18:18
Mauvaises filles de V. Blanchard et D.Niget (Textuel)

Mauvaises filles (Incorrigibles et Rebelles)

par Véronique Blanchard et David Niget

(Editions Textuel - 192 pages - 28 septembre 2016)

Préface de Michelle Perrot

Postface de Coline Cardi

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Michelle Perrot, l'historienne bien connue pour son engagement féministe, a écrit une dizaine de livres sur les femmes et préface ce livre richement illustré et sorti en librairie ce 28 septembre 2016.

Voici deux extraits de sa préface :

"Chacune des images de ce livre raconte une histoire singulière, ordinairement plus sombre".

 

"Somme foisonnante d'images, ce livre raconte une histoire globale dont Véronique Blanchard et David Niget sont les inventeurs et les metteurs en scène. L'une et l'autre sont experts en la matière. Auteure d'une thèse sur la déviance juvénile féminine (1945-1958), Véronique Blanchard, responsable du Centre de Savigny sur les enfants en justice, y organise des expositions, dont l'une récemment sur "les mauvaises filles". David Niget, maître de conférences à l'université d'Angers, est spécialiste de l'histoire de la jeunesse et de la justice en Europe et en Amérique du Nord. Archives judiciaires, policières, pénitentiaires et médicales sont leur pain quotidien".

 

​Michelle Perrot présente admirablement les deux spécialistes qui ont "monté" ce "beau-livre", découpé en trois périodes que je peux résumer ainsi :

 

1/ Le temps des filles perdues (1840-1918)

Au XIXe siècle la jeune fille doit être pure, innocente, obéir et n'avoir aucune déviance sexuelle jusqu'à son mariage. Et l'autorité reconnue par le code civil de 1804 est celle du père.

Une fille qui ne respecte pas ces règles strictes sont classées "mauvaises filles".

Une des causes principales condamnations au XIXe siècle est le délit de vagabondage  puni de trois à six mois d'emprisonnement.

Charcot se fait connaître à la Salpêtrière par son étude sur l'hystérie qui frappe beaucoup de jeunes filles.

L'abandon d'enfants est autorisé par la loi dans les hôpitaux soit à bureau ouvert soit dans un tour, cylindre qui tourne sur lui-même et permet de garder l'anonymat. Le personnel de l'hôpital fait tourner le cylindre et récupère l'enfant. A partir de 1904, les enfants abandonnés ne pourront avoir aucune information sur leurs parents même s'ils se sont faits identifier.

Le délit d'infanticide peut aller jusqu'à la peine de mort mais les tribunaux se montrent plutôt cléments et les peines sont fréquemment de travaux forcés de courte durée.

 

2/ Le temps des filles modernes (1918/1965)

Malgré la grande guerre qui a émancipé les femmes leur liberté reste sous surveillance.

"Les mauvaises filles" sont placées dans des centres pénitentiaires comme Fresnes où leurs conditions de vie sont déplorables au point qu'il y eut un vent de révolte dans plusieurs "prisons" en 1947.

Il faut aussi enfermer les fugueuses et leur apprendre les vraies valeurs que sont les travaux ménagers. Mais l'enfermement redonne envie de fuguer...

La guerre n'a pas amélioré la délinquance juvénile aussi l'ordonnance du 2 février 1945 institue le juge des enfants aux pouvoirs étendus. Il pourra initier la procédure, l'instruire, la juger et suivre l'application de ses décisions. Ceci permet de mieux suivre la réinsertion des jeunes. Souvent ces jeunes filles sont adressées à des centres d'observation.

 

3/ Le temps des filles rebelles (1965-2000)

Avec les "années 1968" s'annonce la réelle émancipation de la femme. La majorité est ramenée à 18 ans en 1974. Les mouvements hippies se développent avec le baby-boom. La drogue devient un problème de santé publique. Puis en 1975 c'est la loi de Simone Veil sur le droit à l'avortement.

La pratique du squat se développe au milieu des années 70, nouveaux lieux de vie commune et de sociabilité pour les jeunes marginaux.

Les troubles de la conduite alimentaire, essentiellement l'anorexie, touche environ 10% des jeunes filles.

La prostitution passe de plus en plus par Internet et des gangs de filles apparaissent aussi dans les villes.

 

 

Ce sont donc là les principaux points relevés dans ce livre. Il permet de voir l'évolution de la femme quand elle veut être "libre" dans un temps ici de 160 ans (1840-2000). Elle est déclarée "mauvaise fille" alors qu'elle revendique ses droits de femme. Bien sûr, comme pour les jeunes gens cela passe aussi par la vraie délinquence. Mais la plupart ont seulement voulu "vivre" comme un être humain, en capacité de gérer son évolution.

 

Coline Cardi, maîtresse de conférences (Université Paris 8 – Cresppa/CSU),  est sociologue, spécialiste de la déviance et du genre. Elle travaille sur le genre du contrôle social, à travers les institutions de régulation (prison, justice des mineurs, institutions de protection sociale).

 

Elle dit dans la postface : "Surveiller de près le corps et la sexualité des jeunes filles, c'est avant tout maintenir l'ordre familial et hétérosexuel. Pilier de l'ordre social, il repose sur une stricte répartition des rôles sexués, répartition mise en péril par ces "mauvaises filles" qui risquent de faire de mauvaises mères".

 

Ceci résume bien le "mal" ressenti par l'ordre établi depuis des centaines d'années

 

Ce livre dresse quelques portraits de "mauvaises filles" au fil de la période étudiée en début de chaque chapitre, les pages suivantes illustrant avec photos, extraits de presse etc... les thématiques proposées et que j'ai résumées plus haut.

 

Un livre passionnant à lire absolument.

 

Merci à Anne Vaudoyer de l'agence Anne & Arnaud et les Editions Textuel de m'avoir adressé ce livre en service de presse

 

Bonne lecture

 

Denis

 

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 17:54
Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith (Calmann-Levy)

Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith

(Calmann-Lévy - collection Pérennes - 305 pages - janvier 2004)

​Précédente édition française sous le titre "Monsieur Ripley" - Calmann-Lévy - 1957

Titre original : The talented Mr. Ripley - 1955

Traduit de l'anglais (américain) par Jean Rosenthal

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Tom Ripley est un personnage récurrent de Patricia Highsmith (1921-1995). Ses aventures s'étalent entre 1955 avec ce roman pour se terminer en 1990. Toute une vie d'écrivain à mettre en scène dans 5 romans cet étrange M. Ripley.

Ce brave jeune, un peu voyou, est cultivé, intelligeant mais il est avant tout un meurtrier presque malgré lui. En témoigne ce premier roman "Le talentueux M. Ripley" qui lance le personnage que l'on suivra dans sa vie dans l'ordre d'écriture des 5 volumes. Il est donc conseillé de lire les livres dans leur ordre de parution :

 

The Talented Mr. Ripley (1955) Publié en français sous le titre Monsieur Ripley / Plein soleil / Le Talentueux Mr Ripley, Paris, Calmann-Levy, coll. « Traduit de », 1956 et 2000

Ripley Under Ground (1970) Publié en français sous le titre Ripley et les Ombres, Paris, Calmann-Lévy, coll. Chefs-d’œuvre de psychologie criminelle, 1970

Ripley's Game (1974) Publié en français sous le titre Ripley s'amuse / L’Ami américain, Paris, Calmann-Lévy, « Chefs-d’œuvre de psychologie criminelle », 1974 et 1982

The Boy Who Followed Ripley (1980) Publié en français sous le titre Sur les pas de     Ripley, Paris, Calmann-Lévy, 1980

Ripley Under Water (1991) Publié en français sous le titre Ripley entre deux eaux, Paris,  Calmann-Lévy, 1992

 

Tom Ripley est dans New York et se croit suivi par la police. Il rentre alors dans un bar où il va régulièrement. Et de fait un homme l'aborde et lui dit qu'il est Herbert Greenleaf, le père de Richard dit Dickie. Tom se rappelle alors ce jeune homme qui a le même âge que lui, 25 ans. Le père voudrait que son fils rentre d'Italie où il s'est installé. Seul un ami pourrait lui faire entendre raison. Tom accepte de lui écrire et encore plus d'aller à sa rencontre à Mongibello où il réside.

Le voyage se passe très bien et il retrouve à Mongibello Dickie qui est avec son amie Marge.

Très vite Tom avoue à Dickie pourquoi il est ici. Tom dit n'être pas pressé de rentrer aux USA. Ils partent tous les deux visiter rapidement Rome.

Les projets de voyages à trois tombent à l'eau les uns après les autres. Et M. Greenleaf signifie par lettre à Tom qu'il a compris l'échec de la mission et qu'ainsi leur contrat est rompu.

Tom part alors avec Dickie pour San Remo et ils font une ballade en mer avec un canot qu'ils ont loué et brusquement Tom a l'idée de tuer Dickie et il le fait couler au fond de l'eau avant de saborder le canot.

Il revient à Mongibello et annonce à Marge que Dickie a décidé de rester à Rome pour un bon moment. Ainsi il va le rejoindre avec ses affaires. Et l'intention de Tom est de détourner à son profit l'argent de Dickie.

Tom a pris autant que faire se peut l'apparence de Dickie et écrit des lettres en son nom à Marge et aux parents de Dickie. Il habite à présent un appartement à Rome et un jour Freddie un grand ami de Dickie réussit à trouver l'adresse de Tom. Il fait croire que son ami est sorti mais Freddie parle à la gardienne qui dit qu'il n'y a que M. Greenleaf qui vit ici. Intrigué il remonte à l'immeuble.

 

Va-t-il comprendre que Tom et Dickie ne font plus qu'un?

 

Je ne dévoilerai pas la suite du roman mais Tom va jouer avec les deux identités autant qu'il pourra le faire, que ce soit avec Marge, avec la police et plus tard avec le père de Dickie, sans oublier Freddie et les autres amis américains de Dickie installés à Rome...

 

Une lecture captivante malgré quelques longueurs surtout au début. Tom est brillant pour gérer sa double identité. On se demande tout de même s'il ne va pas finir par "tomber". N'oublions pas que l'on est alors dans les années 1950. De nos jours avec l'ADN etc... j'imagine mal que l'on puisse ainsi se jouer de la police. On oserait presque dire malgré tout que cette police est bien "naïve".

 

Bonne lecture

 

Denis

 

Cette lecture s'inscrit dans le Mois Américain et rentre également dans le cadre du challenge italien puisque plus de 95% du livre se situe en Italie au hasard des voyages de Tom Ripley : Palerme, Naples, San Remo, Rome, Venise...

 

 

Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith (Calmann-Levy)
Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith (Calmann-Levy)
Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith (Calmann-Levy)
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 10:50
Médaille d'Or du Concours Lépine pour Epopia : l'innovation qui fait lire et écrire les enfants

Je relaie une information envoyée par Mélanie Mangold​ sur une récompense qui devrait intéresser les enseignants, les enfants et les parents.

 

 

Un rêve de gosse qui se réalise
Pour sa première participation au concours Lépine, Epopia a été couronnée de succès ! Avec ses aventures épistolaires personnalisées, Rémy Perla, l’inventeur du concept, a su séduire un jury retombé en enfance. « À 9 ans déjà, je rêvais de devenir inventeur! Pour communiquer avec les enfants de ma voisine, j’avais imaginé le « passe-mes- sage » : une bouteille glissant le long d’un fil dans laquelle on plaçait son petit mot. Mais le téléphone m’avait déjà devancé! », se souvient Rémy, amusé. 25 ans plus tard, à 34 ans, ce jeune papa réalise son rêve d’enfant et repart fièrement du concours avec ses trophées et l’espoir de porter encore plus loin son invention.

 

Epopia : l’invention pour faire lire et écrire les enfants
Si l’invention du courrier remonte à quelques siècles, en faire un support ludique et pédagogique a bien quelque chose d’unique et d’innovant. Grâce à des histoires dont les enfants deviennent les héros, lire et écrire prend une dimension magique sur support papier. Investis dans leur rôle de roi/reine d’un Royaume lointain ou Directeur/Directrice d’une Réserve Naturelle, les  enfants  doivent  prendre  des  décisions  par  écrit,  résoudre  des  énigmes,  et deviennent ainsi les auteurs et les acteurs de leur propre aventure. Lire et écrire devient un véritable jeu ! Des histoires qui ont déjà captivés plus de 15.000 abonnés !

Des histoires qui reposent sur un logiciel d’intelligence rédactionnelle : LIREC
Déjà primé par le Ministère de l’enseignement Supérieur et de la Recherche, LIREC est un logiciel unique au monde capable de personnaliser le courrier de chaque enfant. À ce jour, LIREC est la seule technologie au monde qui permet une personnalisation et une interaction aussi poussées. C’est donc grâce à cette véritable innovation qu’Epopia a pu concourir dans la catégorie « Univers connecté » du concours Lépine et prouver que le papier a encore de beaux jours devant lui !

 

A propos d’Epopia
Fondée en 2014 par Rémy Perla, Rêve aux Lettres (devenu Epopia en juillet 2016) regroupe écrivains, informaticiens, illustrateurs, graphistes, enseignants et orthophonistes pour transformer la lecture et l’écriture en moments magiques. La maison d’édition place le jeune lecteur au centre de sa propre histoire en lui permet- tant d’influer sur celle-ci. Sa promesse: Avec Epopia, lire et écrire devient un jeu ! Elle arrive aussi à toucher les enfants les plus réfractaires à la lecture en prônant une dimension ludique qui va stimuler leur créativité. Ce concept inédit d’aventures épistolaires interactives et personnalisées repose sur une technologie primée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

 

Aujourd’hui, Epopia rassemble, deux ans après son lancement commercial, plus de 15 000 lecteurs francophones dans plus de 45 pays à travers le monde.

 

Site web: www.epopia.com

27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 10:31
Citation de Georges Bernanos sur la façon d'être aimé
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 17:53
Sukkwan Island de David Vann (Gallmeister)

Sukkwan Island de David Vann

(Gallmeister - collection Nature Writing - 192 pages - Novembre 2009)

Traduit de l'anglais (américain) par Laura Derajinski

Edition USA avec le même titre : 2008

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​Il est des livres que l'on tarde à lire alors qu'autour de vous tout le monde dit qu'il faut absolument plonger dans ce texte.

Et puis, un jour, on se lance presque par hasard. Marjorie Littérature, avec qui j'ai déjà fait deux lectures communes, me dit qu'elle a ce livre dans sa pile de livres. Et notre lecture s'est faite sur 5 jours avec échanges sur le livre tous les jours.

 

Si on est grincheux, on dira qu'il y a quelques longueurs, cependant on est bien "scotché" à l'intrigue quand on lit ce livre. Et on sort de la première partie puis de la fin du livre complètement ébranlé en se disant que ce n'est pas demain qu'on oubliera ce livre.

 

 

 

Le père de Roy, dentiste en Californie, a vendu son cabinet pour aller s'installer avec son jeune fils sur l'île de Sukkwan, en Alaska où il a acheté une cabane.

 

Page 12 : "Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l'un l'autre. Roy avait treize ans cet été-là, l'été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de foot, était allé au cinéma et à l'écolde en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s'installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A".

 

Très vite Roy comprend que son père est loin d'avoir tout imaginer de leur vie solitaire dans ce climat rude. D'ailleurs la première nuit il entend son père pleurer. L'urgence c'est le bois de chauffage.

La pêche va compléter la nourriture emportée. La radio ne fonctionne pas, si bien qu'ils sont complètement isolés. Et au retour d'une sortie ils voient une majeure partie de leur nourriture et leurs sacs de couchage détruits. Le père pense à un ours et part à sa recherche. Il revient le lendemain et dit qu'il a tué l'ours mais Roy n'a pas entendu de coups de feu.

Le père continue à pleurer presque toutes les nuits et à présent il se confie pendant ces moments de douleurs. Il a divorcé deux fois pour avoir trompé les deux femmes avec qui il a vécu transmettant même un maladie vénérienne à la seconde. 

Il avoue être angoissé, souffrir des sinus et se demande s'il pourra continuer à vivre ici. Heureusement Roy est courageux et efficace pour aider et soulager son père.

Ce père a fait une chute et a mis une semaine à s'en remettre. Roy a pensé à un suicide et il voudrait surtout que cette vie ici s'arrête pour rentrer chez lui.

Le mauvais temps arrive avec neige, tempête.

Le père réussit à joindre Rhoda, avec qui il a vécu, par radio.

On apprend alors que le prénom du père est Jim. Elle lui dit qu'il est hors de question qu'ils se remettent ensemble car elle vit avec un homme et va se marier. Jim est désespéré et ne parle presque plus à Roy .. Un soir il sort et presque aussitôt un drame se produit qui termine sur un "coup de théâtre" la première partie.

 

Jim est un drôle de type pour qui on n'a aucune empathie possible. Il est négligeant, lâche, après avoir improvisé cette immersion sur une île déserte en une région bien ingrate, oubliant la moitié du matériel et des vivres dont ils auraient besoin par manque manifeste de préparation, comme s'il avait fallu partir très vite, sur un coup de tête. Il se dit paranoïaque à un moment et souffre a priori d'angoisses noctures car il pleure la nuit et parle à haute voix, ce qui permet, au moins, à Roy d'en savoir un peu plus sur cet étrange père. Jim est en manque de femme et de sexualité ici. Il s'en rend bien compte mais il veut rester, aller jusqu'au bout de "sa folie" en venant ici.

Et pire que tout, il a embarqué Roy dans son délire.

 

Roy a 13 ans, mais c'est lui l'homme de l'expédition. Quand il voit que son père est "désorienté", il prend de nombreuses initiatives. C'est lui qui va à la pêche, qui va chercher du bois de chauffage, qui fait souvent à manger. Il est d'un courage fou. Et il entend rester fidèle à son père même s'il a espéré pouvoir rentrer à plusieurs reprises. Tant que son père restera ici, il restera.

Et pourtant il a envie de vivre sa vie d'adolescent, de s'intéresser aux filles.

 

La fin de la première partie et toute la deuxième partie ne peuvent pas être racontées ici. Ce serait trahir le suspens du livre.

 

Si vous n'avez pas lu ce livre, j'unis ma voix à celle de Marjorie, pour vous dire ce que l'on m'a toujours conseillé : LISEZ CE LIVRE. C'est un livre "monumental"  Un énorme coup de coeur. Je ne vais pas jusqu'à "chef d'oeuvre" car il a quelques défauts, dont quelques redites. C'est pour mieux nous préparer aux "coups de tonnerre, dirons-nous. 

 

Bonne lecture et encore merci à Marjorie (cliquer sur son prénom pour aller vers son article) pour cette lecture en écho qui permet toujours d'aller plus loin dans notre approche de notre lecture.

 

Denis

 

Cette lecture rentre dans le cadre du challenge Gallmeister et du mois américain.

 

Sukkwan Island de David Vann (Gallmeister)
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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 18:13
Les aventures d'Augie March de Saul Bellow (Gallimard)

sLes aventures d'Augie March de Saul Bellow

(Gallimard - Quarto - août 2014)

Nouvelle traduction intégrale de l'anglais (américain) par Michel Lederer

Titre original : The Adventures of Augie March (1949)

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On est face à un "roman fleuve" de plus de cinq cents pages dans cette collection où les pages sont très denses. C'est dire que j'ai passé de nombreuses heures en compagnie d'Augie March qui entreprend de raconter ses "aventures" depuis sa jeunesse dans le Chicago de l'entre deux guerres au temps de la "prohibition" jusqu'à son mariage.

 

 

C'est Grandma Lausch qui régit la maison depuis que le père d'Augie a quitté la maison. Mama et ses trois fils : Simon, Georgie et Augie ne peuvent pas assurer seuls la gestion de la maison  Grandma vient de Russie et a connu l'opulence autrefois. Maintenant il faut tout marchander et avoir deux locataires pour survivre ici à Chicago.

 

Dès l'âge de douze ans Augie doit travailler l'été en distribuant les journaux.

Georgie est "idiot" par contre dans la famille on met en compétition Simon et Augie pour ce qui est des études.

Simon travaille pour la diffusion de la presse et il fait embaucher son frère sans succès car il se fait licencier. Quant à l'assiduité scolaire elle n'est pas garantie. Augie va passer une grande partie de sa vie ainsi.

 

Il râte tout ce qu'il entreprend, devenant voleur au besoin, voire "trafiquant" et participe à un hold-up. En fait, il entend être libre.

 

Pendant ce temps, son frère handicapé est interné dans un centre spécialisé, ensuite c'est Grandma qui part dans une maison de retraite où elle va y mourir. Plus tard ce sera sa mère. Seul Simon peut assurer matériellement les dépenses liées à la famille.

 

Je passe sur une partie des péripéties qui égrennent ce roman, foisonnant, ne concervant que celles qui ont réellement influencé son parcours.

 

Il revoit un copain d'école Padilla qui paie en partie ses études en volant des livres. Augie se lance avec lui dans ce trafic mais il se prend de passion pour la lecture et garde les livres tant qu'il ne les a pas lus. Et il revoit Simon qui a fait de la prison et annonce un autre mariage cette fois avec une fille riche Charlotte Magnus. Il agit à présent en homme d'affaires riche et séduisant. Augie travaille pour lui et ils vont ensemble voir leur mère au home. Simon veut qu'elle ait le confort maximum. Simon aimerait bien que son frère épouse Lucy la cousine de Charlotte.

Mais très vite la relation se dégrade et Augie est renvoyé de la famille Magnus et Simon dit qu'il ne veut plus le voir. Pendant ce temps Mimi sa voisine va mal après avoir mis fin à sa grossesse. D'ailleurs ses proches pensent que Augie couchait avec elle.

 

Grâce à Mimi il travaille pour un syndicat. Mais les choses tournent mal. Il se tourne vers Théa en plein divorce avec son mari au Mexique.

Et ils partent tous deux pour le Mexique. En route Théa achète un aigle qu'elle appelle Caligula. La route devient plus compliquée avec cet animal.

 

C'est là le côté le plus "cocasse" du roman. A Mexico, Augie va apercevoir Trotski mais là encore le voyage finit lamentablement pour lui et il rentre désabusé à Chicago...

 

 

Saul Bellow (1915-2005) a obtenu le prix Nobel de Littérature en 1976. Il a également été ami avec Philip Roth. Il a, comme son personnage, eu une vie sentimentale très compliquée.

 

Ce quarto propose un entretien passionnant entre les deux écrivains autour des livres de Bellow. Roth explique qu'il a eu cette idée en 1998, après une nouvelle rencontre avec l'écrivain. Il a alors proposé de relire ses livres et de lui poser des questions circonstanciées. Hélas, il n'a pas pu reprendre tous ses livres avec lui, mais en a fait un article publié dans "The New Yorker" du 25 avril 2205 sous le titre "Reflexions, I got a Scheme, The Words of Saul Bellow".

 

Un des très grands écrivains américains à ne pas oublier et à lire avec patience et passion car son écriture est vraiment très belle.

 

Le roman débute ainsi : "Je suis un Américain, natif de Chicago - Chicago, cette ville sombre -, et je prends les choses comme je l'ai appris seul, en écriture libre, et je ferai le récit à ma manière : premier à frapper, premier à entrer ; un coup parfois innocent, parfois moins innocent. Mais le caractère de l'homme est son destin, dit Héraclite, et à la fin, il n'y a aucun moyen de camoufler la nature des coups par une isolation acoustique de la porte ou un gant sur le poing."

 

Bonne lecture,

Denis

 

​Ce livre s'inscrit dans le mois américain, groupe que vous retrouverez sur Facebook.

Les aventures d'Augie March de Saul Bellow (Gallimard)
Les aventures d'Augie March de Saul Bellow (Gallimard)
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 11:27
La Restauration et la révolution espagnole d'Antoine Roquette (Editions du Felin)

La Restauration et la révolution espagnole (De Cadix au Trocadéro)

d'Antoine Roquette

Editions du Félin - collection "les marches du temps"

304 pages - septembre 2016

Préface de Jean-Philippe Luis

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​Ce livre évoque une période assez peu connue des français, celle pendant laquelle les liens entre les Bourbons de la branche établie en France et celle établie en Espagne, (depuis la descendance de Louis, fils de Louis XIV, le "grand dauphin" que l'on retrouve au début du XIXe siècle sous les traits de Louis XVIII (règne de 1814 à 1824) et Ferdinand VII (règne en 1808 puis de 1814 à 1833)), va conduire à un investissement en hommes et en fonds français pour rétablir et sauvegarder la royauté en Espagne.

 

On connaissait surtout l'occupation de l'Espagne pendant l'Empire napoléonien. Le père d'Alexandre Dumas et celui de George Sand, en autres, y ont séjourné.

 

Fin 1812 alors que l'Empire commence à s'effondrer, le pouvoir de joseph Bonaparte, roi d'Espagne depuis 1808 s'effondre devant l'armée de Wellington venue au secours des espagnols.

Un traité est signé à Valençay le 11 décembre 1813 qui restitue au roi d'Espagne Ferdinand VII tous ses droits sur la couronne espagnole et lui permet ainsi de rentrer au pays. Un pays sérieusement affaibli y compris en Amérique latine où les indépendances commencent à être proclamées.

Avant le retour du roi une constitution inspirée de celle de 1791 en France est publiée le 19 mars 1812 à Cadix. Mais dès son retour en Espagne le roi abroge la constitution, arrête nombre d'opposants et se redonne les pleins pouvoirs.

Cadix est de nouveau "frondeuse" en 1820 mais il faut attendre une rébellion dans le nord pour que le roi accepte de revenir à la constitution de 1812.

Des foyers de révolte se transforment en guerre civile en 1822. La constitution revient sur le devant de la scène et le pouvoir du roi faiblit à nouveau. Les états européens s'inquiètent de nouveau de l'avenir de l'Espagne. Les insurgés d'Urgel vont établir une régence qui va durer trois mois.

Le congrès de Vérone va conduire les européens à rappeler leurs ambassadeurs d'Espagne. Chateaubriand qui y a assisté en tant que ministre français a raconté dans son livre "Congrès de Vérone - guerre d'Espagne" ces discussions et ses conséquences.

Les armées françaises envahissent l'Espagne le 7 avril 1823 et arrivent à Madrid le 23 mai, acclamées par la population et sans avoir dû réellement engager de combats significatifs. Le roi est à nouveau rétabli dans ses droits mais Villèle conclut ainsi cette campagne: " elle aura l'avantage d'avoir assuré au roi une bonne armée et d'avoir rendu à la France la considération qu'elle doit avoir en Europe" (p. 206). Une nouvelle régence est mise en place à Madrid.

Les questions qui se posent : Pourquoi les espagnols ne sont pas en capacité de gérer eux-mêmes leur pays pour rejeter une ingérence étrangère? Ils espèrent même une médiation anglaise !

Le roi est libéré le premier octobre 1823. Les anglais sont frustrés de n'avoir pas participé aux pourparlers.

Débute alors la "decada omninosa" (décade abominable), de 1823 à la mort de Ferdinand VII en 1833. C'est la deuxième restauration. Des forces françaises restent en poste en Espagne. La situation reste toutefois relativement stable.

Assurément, Ferdinand VII n'a pas eu l'envergure suffisante pour s'imposer. Et de leur côté, les opposants n'ont pas eu les moyens suffisants pour éliminer la royauté en Espagne.

 

L'actuel roi d'Espagne, Felipe IV, reste un Bourbon. On sait ce qu'il en a été des Bourbons, dont le règne s'est arrêté en 1830 avec Charles X. Pour rappel Louis-Philippe 1er était un Orléanais.

 

Un livre donc qui détaille cette période trouble de l'Espagne dans ce même temps où la France reprend ses marques avec la Restauration.

 

A lire par tous les amateurs d'Histoire sous la "baguette" d'Antoine Rouquette, historien spcialiste de la Restauration. C'est dire qu'il maîtrise parfaitement son sujet.

 

Merci aux Editions du Félin de m'avoir adressé ce livre pour que je puisse le lire et le présenter ici.

 

Il vient tout juste de sortir en librairie.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 18:06
L'heure de plomb de Bruce Holbert (Gallmeister)

L'heure de plomb de Bruce Holbert

(Gallmeister - Nature writing - septembre 2016 - 374 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par François Happe

Titre original : The Hour of Lead (USA - 2014)

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"L'heure de plomb" est un des romans étrangers de la rentrée littéraire de l'été 2016 et les éditions Gallmeister ont eu la gentillesse d'envoyer ce roman aux membres du challenge Gallmeister animé sur facebook par Léa, qui le souhaitaient.

J'avais eu une première expérience en début d'année avec "Landfall" d'Ellen Urbani et cette deuxième lecture est également une belle aventure littéraire.

Pour ceux qui pourraient penser que le  label "Nature Writing" vous donnera l'occasion de voyager dans la nature comme dans un nirvana où tout est "merveilleux", il va falloir changer d'avis en lisant ce livre. Certes la nature y a un grand rôle dans la vie des personnages mais bien souvent loin de leur offrir du "bonheur".

 

 

Linda Jefferson a 24 ans et est veuve de guerre. Elle est maîtresse d'école. Parmi ses élèves il y a deux jumeaux Matt et Luke. On est en 1918 et une tempête de neige d'une force inconnue s'abat sur la région. Linda aperçoit le cheval des jumeaux et part à leur rencontre, les trouve et les amène à l'école. Trempés ils se couchent nus dans des couvertures et font du feu en brûlant des bureaux de l'école. Hélas Luke meurt et Matt pour se réchauffer fait l'amour à Linda.

Ils habitent le comté de Lincoln, état de Washington. Ed Lawson le père de Matt a disparu cette nuit là et son corps n'a pas été retrouvé. Alors son fils survivant le recherche. Et Wendy la fille de l'épicier l'accompagne quand il va frapper à chaque porte pour savoir si quelqu'un sait quelque chose. Aucun résultat, alors ils changent de secteur.

Ils vont avec leur chariot attelé jusqu'aux tribus indiennes.

Matt travaille à la ferme et va moins régulièrement à l'école. Et puis après quelques semaines Matt et sa mère décident enfin d'enterrer Luke puisque le corps du père n'a pas été retrouvé.

Les dimanches avec Wendy se poursuivent et il se sent bien avec elle. Ils se sont faits deux amis adultes. Alfred  avec sa meute de chiens et Miller et son employé indien. Ensemble ils assistent à un meeting organisé par un pasteur genre gourou, Jenkins. Et ils font capoter la fête, les chiens mangeant toute la viande ce qui crée une certaine violence. D'ailleurs Matt est blessé par balle à l'épaule.

Peu après son chien permet de retrouver la dépouille du père le dégel ayant permis d'exhumer le corps amputé. Le dimanche suivant Matt dit à Wendy que leurs sorties sont terminées.

Matt travaille à la ferme et finit par ne plus aller à l'école. Il ne voit plus Wendy et se renferme sur lui-même.

Linda Jefferson voit chaque semaine l'inspecteur Harrison et elle lui demande de lui faire un enfant. Il accepte jusqu'à ce qu'elle lui annonce qu'elle est enceinte. Quelques semaines plus tard il lui signifie son licenciement.

Matt dépose chaque nuit un cadeau devant la porte de Wendy. Il vient avec le cheval hongre qu'il a acheté à un indien et qui est difficile à dompter. Il lui offre mais il le tue car il l'a blessée. Elle découvre qui est le "prince charmant" après que la famille entière l'a guetté.

Linda quitte le village après être passée voir le banquier et le médecin.

 

Ainsi s'achève la première partie du roman où l'on voit bien les situations de violence faites par la nature ou par les hommes, selon les circonstances. Et toute la vie de Matt, Linda et Wendy, les trois personnages principaux, vont devoir se "battre" pour survivre dans cette contrée où rien n'est simple. Horace et le vieux Roland vont à leur tour faire leur entrée en scène dans un même climat de tension :

 

Ainsi, Matt quitte le village après avoir reçu une balle à la hanche et s'être cassé le bras en tombant du toit de la maison de Wendy. Pendant treize ans il va aller travailler un peu partout en faisant tout ce qui se présente à lui. Et un soir lui qui est devenu un sacré gaillard va sauver Horace Jarms des mains de quatre malfaiteurs et se mettre au travail pour lui et son père le vieux Roland qui a autrefois enterré deux enfants mort-nés et vu partir à son insu sa femme quand Horace avait trois ans.

Horace est fainéant et ne pense qu'à s'amuser.

Quant à Wendy elle s'est installée chez Mme Lawson dès le départ de Matt. Cela fait quinze ans à présent qu'elle vit au ranch mais il y a un avis d'expulsion, suite à la construction d'un barrage qui va faire monter les eaux et engloutir la maison....

La maison de Linda a brûlé et elle et son fils Lucky sont hébergées chez Mrs Lawson et Wendy.

 

On comprend alors que le destin de chacun va faire se rejoindre au-delà des années les protagonistes...

Presque toute une vie va ainsi passer entre rapport de force, combat avec la nature. Même l'amour est difficile à vivre dans ces contrées où tout paraît hostile.

 

J'ai vraiment ressenti beaucoup de tension dans ce roman qui aurait pu être aussi inscrit dans la collection "néo-noir", car on voit rarement briller la lumière.

 

Seulement, tout cela fait un grand livre, un grand et beau texte, merveilleusement raconté au fil du temps. Je n'ai pas vraiment trouvé de personnages sympathiques, mais quand on vit dans ces comtés entre 1918 et les années 60/70, on ne rit pas tous les jours...Où est le rêve américain?

 

Page 201 (début du chapître 20) pour voir l'ampleur du style : "Elles ne lui brossaient pas les cheveux et, s'ils étaient moins emmêlés depuis qu'il les avait coupés, sa tête resemblait toujours à une boule d'amarante, et avec son regard aux yeux de biche, il avait l'air d'être encore à moitié endormi bien après midi. Ses vêtements, à l'exception des habits de seconde main qu'elle lui avait fait mettre ce premier soir, étaient fins comme un voile, là où ils n'avaient pas encore été rapiécés ou élargis pour tenir compte de sa croissance. Son menton était parsemé de poils de barbe. Lucky avait seize ans, mais il était si étrange et si sauvage qu'aucun nombre, en dehors de sa taille et de son poids, ne pouvait le décrire de manière adéquate."

 

​Un auteur à découvrir et à suivre avec ce deuxième roman publié par Gallmeister après "Animaux solitaires" paru en 2013 et repris en collection de poche Totem en 2016. Il est né dans l'état de Washington, c'est dire qu'il connait bien la région qu'il décrit dans ce roman remarquable.

 

Un grand merci aux Editions Gallmeister et à Léa qui anime avec brio le challenge Gallmeister.

 

Et ce roman s'inscrit dans le mois américain conduit par Martine avec autant de brio.

L'heure de plomb de Bruce Holbert (Gallmeister)
L'heure de plomb de Bruce Holbert (Gallmeister)
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 11:04
Citation de Robert-Louis Stevenson sur l'amour
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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 20:01
Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus)

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

(Phébus - Août 2012 - 142 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau

Titre original : The Buddha in the Attic (USA - 2011)

Prix Fémina Etranger 2012 - PEN/Faulkner Award for fiction etc...

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Un livre hyper primé annoncé partout et par presque tous comme un chef d'oeuvre. Et chez moi, cela fait "plouf" !!! Bof !!! Bien écrit mais il manque quelque chose pour en faire un chef d'oeuvre. Comme c'est une lecture commune avec Marjorie Littérature, nous avons confronté chaque jour notre ressenti au fil de la lecture qui s'est étalée sur quatre jours. Vous lirez son compte-rendu paru ce même jour et vous verrez que nous avons eu un ressenti très proche. Un bon livre, sans plus.

 

Tout d'abord : le titre. Rien à voir entre le titre original et le titre français. Le Bouddha parle-t-il plus aux états-uniens qu'aux français, quand on sait que c'est la "référence" japonaise en matière de pensée et de "religion" (au sens large pour ce qui est du Bouddha) ! Ne cherchez pas l'Attique, vous ne la trouverez pas dans le roman et sur une carte de géographie quand vous partez du Japon pour aller aux U.S.A., sauf à faire le tour du monde, ce qui n'est pas le cas dans ce roman.

Par contre, oui, la majorité des femmes japonaises qui ont pris le bateau pour aller aux USA dans les années 1920, n'avaient jamais vu la mer...

 

Ensuite : l'histoire (avec un grand H surtout après le mitan du livre).

Dans les remerciements, Julie Otsuka nous informe que "Ce roman s'inspire de la vie d'immagrants japonais qui arrivèrent aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Je me suis servie d'un grand nombre de sources historiques". Et suis une liste de textes en anglais d'auteurs japonais et américains.

 

Il faut avouer qu'en France, à ma connaissance, on n'a jamais avant ce livre entendu vraiment parler de cette immigration.

L'auteure nous raconte dans 8 chapitres non numérotés cette "folle aventure".

Tout commence "sur le bateau", trois mots scandés à chaque début de paragraphe du chapitre "Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !"

 

Page 11 : "Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville..."

 

Et cette manière de scander les phrases se continue ainsi pendant tout le livre, comme un chant choral antique (d'où peut-être la référence induite à l'Attique du monde grec ancien). Elles unissent leur voix pour dire "nous".

 Et honnêtement, cette manière d'écrire m'a assez vite lassé car l'auteure ne donne aucune profondeur à son texte. Elle essaie de résumer les émotions, les situations de chacune de ces japonaises embarquées vers San Francisco pour se marier avec un compatriote "américanisé".

Elles sont bouddhistes pour la majorité et elles ont une photo avec elles pour reconnaitre sur le quai leur futur mari.

Pour elles c'était partir ou devenir geisha compte tenu de leur origine pauvre où la famille devait les "vendre" pour survivre. Et pas question de rentrer au pays, quoiqu'il arrive !

Elles sont vierges pour la plupart et ne savent rien de la vie et de l'amour. Et quelque soit le type d'homme qu'elles vont épouser, dès l'arrivée, elles savent que leur première nuit sera celle de l'acte sexuel. 

Il faut travailler car ce que n'ont pas dit les maris c'est qu'ils ne sont pas patrons ou négociants mais eux-mêmes travailleurs exploités chez les blancs. Elles ont été trahies mais elles travaillent durement sans rechigner et obéissent aux ordres que ce soit dans les champs ou dans les maisons des riches. Et si elles doivent vendre leur corps, elles le font, en toute humilité.

Ces femmes ne se rebellent jamais !

Elles font naître leur enfant comme elles peuvent souvent en se cachant. Les enfants grandissent et apprennent l'anglais, vont à l'école mais très vite tout change. Les japonais ont attaqué Pearl Harbor et les japonais installés aux USA deviennent des ennemis. Le gouvernement en arrête beaucoup et prévoit de les parquer dans le désert notamment.

Les japonais partent consciencieusement de chez eux pour l'inconnu. Même les autochtones ne savent rien de leur destination finale.

Et c'est à ce moment, en décembre 1941, que le livre prend l'épaisseur d'un roman historique. Je n'avais pas vu venir "le coup" et de fait cet événement de guerre est terrible pour les américains, car les japonais ont violé leur neutralité du moment en attaquant leur base de Pearl Harbour.

 

Page 91 (début du chapitre "les traitres") : ​"Les rumeurs ont commencé à nous parvenir dès le deuxième jour de la guerre. // On parlait d'une liste. De gens enlevés au milieu de la nuit. D'un banquier parti pour son bureau et qui n'en était jamais revenu. D'un barbier disparu pendant sa pause déjeuner. De quelques pêcheurs manquant à l'appel. Ici et là, d'une pension où les froces de l'ordre avaient fait une descente. D'un commerce saisi. D'un journal fermé..."

 

Au début elles n'y ont pas cru. Ce n'étaients pas elles qui étaient concernées. Et pourtant "les rafles" ont bien eu lieu. Rien à voir avec les rafles nazies, mais leur destination reste des camps de regroupement dans le désert, ailleurs en tout cas.

 

Et comme toujours, elles sont résignées et acceptent de partir sans s'insurger.

 

Cette partie du livre, les derniers chapitres donc, sont les plus intéressants car ils rejoignent la Grande Histoire, celle qui a déstabilisé les USA, 70 ans avant l'attentat des tours jumelles.

 

Hiroshima n'est pas du tout cité dans le livre, mais on sait que c'est ainsi qu'en août 45, ce peuple a été contraint d'arrêter la guerre.

 

Pour que j'aime vraiment ce livre, il aurait fallu plus d'épaisseur au récit. Prendre par exemple deux ou trois japonaises et montrer leur vie depuis le bateau jusqu'aux camps, plutôt qu'égréner ainsi des successions de phrases qui essaient, par leur "empilement" (ou compilation) donner un sens aux événements vécus par ces japonaises. 

 

​Dommage, je suis passé à côté, mais je sais à présent que je vais pouvoir lire "Perfidia" de James Ellroy, qui raconte les quelques jours qui ont suivi Pearl Harbor, et il fait référence à cette "migration" des japonais vers des camps.

 

Voici un lien très intéressant sur le sujet des nippons internés aux USA suite à Pearl Harbour :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Internement_des_Nippo-Am%C3%A9ricains​

 

Encore merci à Marjorie pour cette lecture attentive qui a permis à chacun de nous deux de mieux appréhender ce roman.

​Bonne lecture,

 

Denis

 

Comme c'est le mois américain, cette lecture s'inscrit dans ce cadre.

 

 

 

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus)
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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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