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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 17:23
Lire la poésie : de A à Z... (41/50) - T comme Tardieu

Un poète : Jean Tardieu (1903-1995 - France)

Un recueil : Monsieur, monsieur ; poèmes humoristiques (1951)

Un poème :

 

                   Voyage avec Monsieur, Monsieur

 

Avec Monsieur Monsieur
je m'en vais en voyage.
Bien qu'ils n'existent pas
je porte leurs bagages.
Je suis seul et ils sont deux.

 

Lorsque le train démarre
je vois sur leur visage
la satisfaction
de rester immobile
quand tout fuit autour d'eux.

 

Comme ils sont face à face
chacun a ses raisons.
L'un dit : les choses viennent
et l'autre : elles s'en vont;
quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s'effacent ?
moi je dis qu'après nous
ne reste rien du tout.

 

Voyez comme vous êtes !
lui répond le premier,
pour vous rien ne s'arrête
moi je vois l'horizon
de champs et de villages
longuement persister.
Nous sommes le passage
nous sommes la fumée ...

 

C'est ainsi qu'ils devisent
et la discussion
devient si difficile
qu'ils perdent la raison.

 

Alors le train s'arrête
avec le paysage
alors tout se confond.

 

-------------------------------------------------------

 

L’artiste, dramaturge et musicien français Jean Tardieu (1903-1995) est avant tout poète. À 17 ans, il est victime d’une crise névrotique qui déclenche une angoisse métaphysique. De ce fait, une part d’ombre l’accompagne toute sa vie. Associé au théâtre de l’absurde, travaillant dans une maison d’édition et à la radio, ce poète poursuit ses démarches personnelles de création, ce qui le rend difficilement classable. Il questionne les conventions de genre au niveau de la poésie: le langage poétique est mis sous examen, particulièrement dans sa relation avec le langage au quotidien.  (Source "Les Voix de la Poésie").

Il a été ami avec les poètes de l'OULIPO, et en a été l'invité d'honneur en 1967.

Un poète à redécouvrir.

 

Bonne lecture,

Denis

Lire la poésie : de A à Z... (41/50) - T comme Tardieu
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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 17:09
Lire la poésie : de A à Z... (40/50) - T comme Thomas

Un poète : Dylan Thomas (1914-1953 / Pays de Galles)

Un recueil : Portrait of theYoung as a dog (1940) (Portrait de l'artiste en jeune chien)

Un poème :

 

               Poem in Octobre (Poème en octobre)

 

C'était ma trentième année sous le ciel

Lorsque je m'éveillais aux sons du port et du bois voisin

Et du rivage avec les bâches des moules

Et les hérons sacerdotaux

A l'appel du matin

Avec la prière de l'eau et les cris des mouettes et des freux

Et le choc des voiliers contre le mur palmé d'éperviers

Moi-même sur le point de mettre les pieds

Cette seconde même

Sur la ville encore endormie et de me mettre en route.

 

Mon anniversaire commença avec les oiseaux

Aquatiques et les oiseaux des arbres ailés faisant voler mon nom

Au-dessus des fermes et des chevaux blancs de l'écume

Et je me levai

Dans l'automne pluvieux

Et je sortis dans l'averse de tous mes jours.

Marée haute et le héron plongea quand je me mis en route

Hors des confins

Et les portes

De la ville se refermèrent comme la ville se réveillait.

 

         Un printemps d'alouettes dans le moutonnement

D'un nuage et les buissons le long du chemin bruissant du

         siflement

         Des merles et le soleil d'un Octobre

                      Estival

         Sur l'épaule de la colline,

Ici brusquement des pays tendres et de doux chanteurs

Etaient arrivés dans le matin où j'errais écoutant

         Tordre la pluie

                     Les coups de vent froid

         Dans le bois au loin sous moi.

 

        Pluie pâle sur le port désuet

Et sur l'église mouillée de mer la grandeur d'un escargot

        Avec ses cornes dans la brume et le château

                    Brun comme des hiboux

        Mais tous les jardins

De printemps et d'été étaient en fleurs dans les contes fabuleux

Au-delà des limites et sous le nuage plein d'alouettes.

        Là-bas je pus laisser se dérouler

                    Mon anniversaire

        En m'émerveillant mais le temps fit volte-face.

 

        Il se détourna du pays riant

Et sur l'autre air et le ciel bleu recommencé

        Fit ruisseler de nouveau une merveille d'été

                    Avec des pommes

        Des poires et des groseilles rouges

Et je vis dans ce changement si clairement les matins

Oubliés de l'enfant quand il marchait avec sa mère

         A travers les paraboles

                   De la lumière du jour

         Et les légendes des chapelles vertes

 

Et les champs de l'enfance racontés deux fois

Que ses larmes brûlaient mes joues et son coeur remuait dans le mien.

        C'étaient les bois la rivière et la mer

                     Où un garçon

        A l'écoute

Au temps de l'été des morts murmurait la vérité de sa joie

Aux arbres et aux pierres et aux poissons dans la marée.

        Et le mystère

                     Chantait vivant

Encore dans l'eau et les oixeaux chantants.

 

Et là je pus laisser se dérouler mon anniversaire

En m'émerveillant mais le temps fit volte-face. Et la vraie

         Joie de l'enfant mort depuis longtemps chanta brûlant

                      Dans le soleil

        C'était ma trentième

Année sous le ciel qui se tenait là-bas dans le midi de l'été

Bien que la ville en bas se trouvât enfaillée du sang d'Octobre.

         Ô puisse la vérité de mon coeur

                     Etre encore chantée

        Sur cette colline haute après une autre année.

 

(traduit par Léopold Sédar Senghor)

 

                                             -----------------------------------------------

 

Dylan Thomas est largement considéré comme l’un des plus brillants poètes du XXe siècle de langue anglaise ; on le considère comme le leader de la littérature anglo-galloise. Son univers vif et fantastique était un rejet des conventions de son siècle. À l’inverse de ses contemporains qui tendaient vers des sujets politiques et sociaux, Thomas exprimait ses émotions avec passion et cela se ressent dans son style, à la fois intime et lyrique. Thomas a néanmoins écrit quatre poèmes traitant de la guerre dont le plus célèbre est "A Refusal to Mourn the Death, by Fire, of a Girl in London". Il était plus proche des poètes romantiques que des poètes de sa génération.

(Extrait de l'article de wikipedia)

J'ai découvert ce poème dans le très beau recueil "La rose de la paix", poèmes traduits de l'anglais par Léopold Sédar Senghor (1906-2001), entre 1967 et 1977. Dylan Thomas y cotoie Yeats, Eliot ou Hopkins sans oublier les poètes élisabethains.

 

Bonne lecture,

Denis

Lire la poésie : de A à Z... (40/50) - T comme Thomas
Lire la poésie : de A à Z... (40/50) - T comme Thomas
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 18:10
Lire la poésie : de A à Z... (39/50) - S comme Seferis

Un poète : Georges Séféris (1900-1971 - Grèce) 

Un recueil : Cahier d'études (1940)

Un poème :

 

                                                 Le vieillard

 

Tant de troupeaux ont défilé, tant de pauvres

Et riches cavaliers - certains,

Venus de villages distants, avaient passé

La nuit dans des fossés,

Allumé des feux contre les loups. Vois-tu

La cendre ? Plaies rondes et noires; cicatrisées.

Il est couvert de cicatrices, comme la route.

Plus loin, dans le puits sec, on jetait

Les chiens enragés. Il n'a pas d'yeux, il est couvert

De cicatrices, il est sans poids : le vent souffle.

Il ne distingue rien, il sait tout,

Gaine vide de cigale sur un arbre creux.

Il n'a pas d'yeux, pas même aux mains, il connaît

L'aube et le crépuscule, il connaît les étoiles

Leur sang ne le nourrit pas, il n'est pas même

Un mort, il n'est d'aucune race, il ne mourra pas,

On l'oubliera ainsi, sans lignée.

Les ongles fatigués de ses doigts

Tracent des croix sur des souvenirs corrompus

Tandis que souffle le vent désordonné. Il neige.

J'ai vu le givre autour des visages.

J'ai vu les lèvres humides, les larmes gelées

Au coin des yeux ; j'ai vu le pli

De la douleur près des narines et l'effort

Dans les racines de la main ; j'ai vu le corps trouver sa fin.

Cette ombre n'est pas seule, rivée

A ce bâton qui ne fléchit jamais,

Et ne peut même pas se baisser pour s'étendre.

Le sommeil émietterait son squelette

Entre les mains des enfants en train de jouer.

Il commande comme ces branches mortes

Qui se cassent quand la nuit tombe et que le vent

S'éveille dans les vallées,

Il commande aux ombres des hommes,

Non à l'homme dans son ombre

Qui n'entend que les voix basses

De la terre et de la mer là où elles rencontrent

La voix du destin. Il se tient tout droit,

Sur la rive, parmi les meules d'ossements,

Parmi des tas de feuilles mortes,

Cageot vide attendant

L'heure du feu.

 

 

                                                              Drénovo, février 1937

 

(Traduit du grec par Jacques Lacarrière et Egérie Mavraki)

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Georges Séféris est le premier auteur grec à obtenir le Prix Nobel de Littérature, en 1963.

Odysséas Elytis l'obtiendra à son tour en 1979.

Deux poètes grecs pour représenter le pays d'où est née la civilisation occidentale.

Les Nobel ont honoré Séféris "pour sa remarquable oeuvre lyrique, qu'inspire un sens du patrimoine culturel hellénique profondément ressenti".

Il a été diplomate notamment à l'ambassade de Grèce à Londres. Et puis, il a écrit une oeuvre poétique peu abondante mais très marquée par ses racines grecques.

Georges Séféris s'est ainsi décrit : "Je suis un homme monotone et obstiné qui depuis vingt ans ne cesse de dire et de redire les mêmes choses".

Un poète trop peu connu qui mérite d'être lu...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Lire la poésie : de A à Z... (39/50) - S comme Seferis

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 17:33
Lire la poésie : de A à Z... (38/50) - S comme Segalen

Un poète : VIctor Segalen (1878-1919)

Un recueil : Stèles (1912)

Un poème :

 

             

Ordre de marche

Plus de stupeur ! Croyez-vous ces palais immobiles ?  Lourds à l'égal des bâtis occidentaux ? Assez longtemps ils ont accueilli notre venue : qu'ils s'en viennent à nous, à leur tour.

 

Debout, l'arche triomphale et sa bannière en horizon et sa devise : Porche oscillant des nues. Des porteurs pour ses hampes droites ; des porteurs aux hampes obliques. Qu'ils gonflent l'épaule, piétinant.

 

Derrière, le pont en échine de bête arquée : d'un saut il franchira l'eau de jade fuyant sous lui. Qu'on l'attelle à la voie du milieu déroulant son trait impérial.

 

À gauche et à droite, dans un mouvement balancé, riche d'équilibre, marchent la Tour de la Cloche et la Tour du Tambour aux puissants coeurs sonores de bois et d'airain sur leurs huit pieds éléphantins.

 

Viennent ensuite les gardes lourdes des tripodes ; et s'ébranlent enfin les poteaux du Palais au toit double ondulant comme un dais, soufflant de haut en bas.

 

Pour le démarrer, lâchez les cavaleries d'arêtes, les hordes montées aux coins cornus. Et déroulez les nues des balustres, les flammes des piliers. Laissez tourbillonner les feux, vibrer les écailles, se hérisser les crocs et les sourcils du Dragon.

 

Le beau cortège étalé pour tant de règnes implore qui lui rendra sa vertu d'en-allée. Il ne pèse plus : il attend.

 

Qu'il se déploie !

 

Seules immobiles contre le défilé, voici les Pierres mémoriales que nul ordre de marche ne peut toucher ni ébranler.

 

Elles demeurent.

 

                                                  -----------------------------------------

 

"Stèles" est divisé en six parties qui sont autant de directions : stèles face au midi, au nord, occidentées, orientées, du bord du chemin et du milieu. Les 64 textes du recueil ont été inspirées par des textes chinois (Li Ki, Livre des rites et le Che King) ou de voyageurs français et laissent libre cours à la quête spîrituelle du poète.

Les stèles sont toujours concises.

 

Victor Segalen a été un grand voyageur et son oeuvre s'inspire pour une part essentielle de ses voyages, se situant entre histoire, sinologie, ethnologie et musicologie.

Trois recueils de poésie ont été publiés de son vivant : "Les immémoriaux", "Stèles" et "Peintures".

Un poète quelque peu oublié, ami de Huysmans,

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Lire la poésie : de A à Z... (38/50) - S comme Segalen
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:46
Lire la poésie : de A à Z... (37/50) - S comme Senghor

Un poète : Leopold Sedar Senghor (1906-2001 / Sénégal)

Un recueil : Elégies majeures (1979)

Un poème :                                      

 

                        Élégie pour Martin Luther King

 

(pour un orchestre de jazz)

I

Qui a dit que j’étais stable dans ma maîtrise, noir sous l’écarlate sous l’or ?
Mais qui a dit, comme le maître de la masseet du marteau, maître du dyoung-dyoung du tam-tam.
Coryphée de la danse, qu’avec ma récade sculptée
Je commandais les Forces rouges, mieux que leschameliers leurs dromadaires au long cours ?
Ils ploient si souples, et les vents tombent et les pluies fécondes.
Qui a dit qui a dit, en ce siècle de la haine et de l’atome
Quand tout pouvoir est poussière toute force faiblesse, que les Sur-Grands
Tremblent la nuit sur leurs silos profonds de bombes et de tombes, quand
A l’horizon de la saison, je scrute dans la fièvre les tornades stériles
Des violences intestines ? Mais dites qui a dit ?
Flanqué du sabar au bord de l’orchestre, les yeux intègres et la bouche blanche
Et pareil à l’innocent du village, je vois la vision j’entends le mode et l’instrument
Mais les mots comme un troupeau de bufflesconfus se cognent contre mes dents
Et ma voix s’ouvre dans le vide.
Se taise le dernier accord, je dois repartir à zéro,tout réapprendre de cette langue
Si étrangère et double, et l’affronter avec malance lisse me confronter avec le monstre
Cette lionne-lamantin sirène-serpent dans le labyrinthe des abysses.
Au bord du chœur au premier pas, au premiersouffle sur les feuilles de mes reins
J’ai perdu mes lèvres donné ma langue au chat, je suis brut dans le tremblement.
Et tu dis mon bonheur, lorsque je pleure Martin Luther King !

II

Cette nuit cette claire insomnie, je me rappelle hier et hier il a un an.
C’était lors le huitième jour, la huitième année de notre circoncision
La cent soixante-dix-neuvième année de notre mort-naissance à Saint-Louis.
Saint-Louis Saint-Louis ! Je me souviens d’hier d’avant hier, c’était il y a un an
Dans la Métropole du Centre, sur la presqu’île de proue pourfendant
Droit la substance amère. Sur la voie longue large et comme une victoire
Les drapeaux rouge et or les étandards d’espérance claquaient, splendides au soleil.
Et sous la brise de la joie, un peuple innombrable et noir fêtait son triomphe
Dans les stades de la Parole, le siège reconquis de sa prestance ancienne.
C’était hier à Saint-Louis parmi la Fête, parmi les Linguères et les Signares
Les jeunes femmes dromadaires, la robe ouverte sur leurs jambes longues
Parmi les coiffures altières, parmi l’éclat desdents le panache des rires des boissons. Soudain
Je me suis souvenu, j’ai senti lourd sur mes épaules, mon cœur, tout le plomb du passé
J’ai regardé j’ai vu les robes fanées fatiguées sous le sourire des Signares et des Linguères.
Je vois les rires avorter, et les dents se voiler des nuages bleu noir des lèvres
Je revois Martin Luther King couché, une rose rouge à la gorge
Et je sens dans la mœlle de mes os déposées lesvoix et les larmes, hâ ; déposé le sang.
De quatre cents années, quatre cents millions d’yeux deux cents millions de cœurs deux cents millions de bouches, deux cents millions de morts,
Inutiles, je sens qu’aujourd’hui, mon Peuple je sens que
Quatre Avril tu es vaincu deux fois mort, quand Martin Luther King.
Linguères ô Signares mes girafes belles, que m’importent vos mouchoirs et vos mousselines
Vos finettes et vos fobines, que m’importent voschants si ce n’est pour magnifier
MARTIN LUTHER KING LE ROI DE LA PAIX ?
Ah, brûlez vos fanaux Signares, arrachez, vous, Linguères vos perruques
Rapareilles et vous militantes mes filles, que vous soyez de cendres, fermez laissez tomber vos robes
Qu’on ne voie vos chevilles : Toutes femmes sont nobles
Qui nourrissent le peuple de leurs mains polies de leurs chants rythmés.
Car craignez Dieu, mais Dieu déjà nous a frappés de sa gauche terrible
L’Afrique plus durement que les autres, et le Sénégal que l’Afrique
En mil neuf cent soixante-huit !

 

III

C’est la troisième année c’est la troisième plaie, c’est comme jadis sur notre mère l’Egypte.
L’année dernière, ah Seigneur, jamais tu ne t’étais tant fâché depuis la Grande Faim
Et Martin Luther King n’était plus là, pour chanter ton écume et l’apaiser.
Il y a dans le ciel des jours brefs de cendres, des jours de silence gris sur la terre.
De la pointe des Almadies jusqu’aux contreforts de Fongolimbi
Jusqu’à la mer en flammes de Mozambique, jusqu’au cap de Désespoir
Je dis la brousse est rouge et blancs les champs, et les forêts des boîtes d’allumettes Qui craquent. Comme de grandes marées de nausées, tu as fait remonter les faims du fond de vos mémoires.
Voici nos lèvres sans huile et trouées de crevasses, c’est sous l’Harmattan le poto-poto des marigots.
La sève est tarie à sa source, les citernes s’étonnent, sonores
Aux lèvres des bourgeons, la sève n’est pas montée pour chanter la joie pascale
Mais défaillent les swi-mangas sur les fleurs les feuilles absentes, et les abeilles sont mortelles.
Dieu est un tremblement de terre une tornade sèche, rugissant comme le lion d’Ethiopie au jour de sa fureur.
Les volcans ont sauté au jardin de l’Eden, sur trois mille kilomètres, comme feux d’artifice aux fêtes du péché
Aux fêtes de Séboïm de Sodome de Gomorrhe, les volcans ont brûlé les lacs
Et les savanes. Et les maladies, les troupeaux ; et les hommes avec
Parce que nous ne l’avons pas aidé, nous ne l’avons pas pleuré Martin Luther King.
Je dis non, ce ne sont plus les kapos, le garrot le tonneau le chien et la chaux vive,
Le piment pilé et le lard fondu, le sac le hamac le micmac, et les fesses au vent au feu, ce ne sont plus le nerf de bœuf la poudre au cul
La castration l’amputation la cruxifixion – l’on vous dépèce délicatement, vous brûle savamment à petit feu le cœur
C’est la guerre post-coloniale pourrie de bubons, la pitié abolie le code d’honneur
La guerre où les Sur-Grands vous napalment par parents interposés.
Dans l’enfer du pétrole, ce sont deux millions et demi de cadavres humides
Et pas une flamme apaisante où les consumer tous
Et le Nigéria rayé de la sphère, comme la Nigritie pendant sept fois mais sept fois soixante-dix ans.
Sur le Nigéria Seigneur tombe, et sur la Nigritie, la voix de Martin Luther King!

 

IV

C’était donc le quatre Avril mil neuf cent soixante huit
Un soir de printemps dans un quartier gris, un quartier malodorant de boue d’éboueurs
Où jouaient au printemps les enfants dans les rues, fleurissaient le printemps dans les cours sombres
Jouaient le bleu murmure des ruisseaux, le chant des rossignols dans la nuit des ghettos
Des cœurs. Martin Luther King les avait choisis,le motel le quartier les ordures les éboueurs
Avec les yeux du cœur en ces jours de printemps, ces jours de passion
Où la boue de la chair serait glorifiée dans la lumière du Christ.
C’était le soir quand la lumière est plus claire et l’air plus doux
L’avant-soir à l’heure du cœur, de ses floraisons en confidences bouche à bouche, et de l’orgue et du chant et de l’encens.
Sur le balcon maintenant de vermeil, où l’air est plus limpide Martin Luther debout dit pasteur au pasteur :
« Mon frère n’oublie pas de louer le Christ dans sa résurrection, et que son nom soit clair chanté ! »
Et voici qu’en face, dans une maison de passe de profanation de perdition, oui dans le motel Lorraine
- Ah, Lorraine, ah, Jeanne la blanche, la bleue, que nos bouches te purifient, pareilles à l’encens qui monte !
Une maison mauvaise de matous de marlous, se tient debout un homme, et à la main le fusil Remington.
James Earl Ray dans son télescope regarde le Pasteur Martin Luther King regarde la mort du Christ :
« Mon frère n’oublie pas de magnifier ce soir le Christ dans sa
résurrection! »
Il regarde, l’envoyé de Judas, car du pauvre vous avez fait le lycaon du pauvre
Il regarde dans sa lunette, ne voit que le cou tendre et noir et beau.
Il hait la gorge d’or, qui bien module la flûte des anges
La gorge de bronze trombone, qui tonne sur Sodome terrible et sur Adama.
Martin regarde devant lui la maison en face de lui, il voit des gratte-ciel de verre de lumière
Il voit des têtes blondes bouclées des têtes sombre frisées, qui fleurissent des rêves
Comme des orchidées mystérieuses, et les lèvres bleues et les roses chantent en chœur comme l’orgue accordées.
Le Blanc regarde, dur et précis comme l’acier.
James Earl vise et fait mouche
Touche Martin qui s’affaisse en avant, comme une fleur odorante
Qui tombe : « Mon frère chantez clair Son nom, que nos os exultent dans la Résurrection ! »

 

V

Cependant que s’évaporait comme l’encensoir le cœur du pasteur
Et que son âme s’envolait, colombe diaphane qui monte
Voilà que j’entendis, derrière mon oreille gauche, le battement lent du tam-tam.
La voix me dit, et son souffle rasait ma joue :
« Ecris et prends ta plume, fils du Lion ». Et je vis une vision.
Or c’était en belle saison, sur les montagnes du Sud comme du Fouta-Djallon
Dans la douceur des tamariniers. Et sur un tertre
Siégeait l’Etre qui est Force, rayonnant comme un diamant noir.
Sa barbe déroulait la splendeur des comètes ; et à ses pieds
Sous les ombrages bleus, des ruisseaux de miel blanc de frais parfums de paix.
Alors je reconnus, autour de sa Justice sa Bonté, confondus les élus et les Noirs et les Blancs
Tous ceux pour qui Martin Luther avait prié.
Confonds-les donc, Seigneur, sous tes yeux sous ta barbe blanche :
Les bourgeois et les paysans paisibles, coupeurs de canne cueilleurs de coton
Et les ouvriers aux mains fiévreuses, et ils font rugir les usines, et le soir ils sont soûlés d’amertume amère.
Les Blancs et les Noirs, tous les fils de la même terre mère.
Et ils chantaient à plusieurs voix, ils chantaient Hosanna ! Alléluia !
Comme au Royaume d’Enfance autrefois, quand je rêvais.
Or ils chantaient l’innocence du monde, et ils dansaient la floraison
Dansaient les forces que rythmait, qui rythmaient la
Force des forces : la Justice accordée, qui est
Beauté Bonté.
Et leurs battements de pieds syncopés étaient comme
une symphonie en noir et blanc
Qui pressaient les fleurs écrasaient les grappes, pour
les noces des âmes :
Du Fils unique avec les myriades d’étoiles.
Je vis donc – car je vis – Georges Washington et Phillis Wheatley, bouche de bronze bleue qui annonça la liberté – son chant l’a consumée _
Et Benjamin Franklin, et le marquis de La Fayette sous son panache de cristal

Abraham Lincoln qui donna son sang, ainsi qu’une boisson de vie à l’Amérique
Je vis Booker T. Washington le Patient, et William E.B. Dubois l’Indomptable qui s’en alla planter sa tombe en Nigritie
J’entendis la voix blues de Langston Hughes, jeune comme la trompette d’Armstrong. Me retournant je vis Près de moi John F. Kennedy, plus beau que le rêve d’un peuple, et son frère Robert, une armure fine d’acier.
Et je vis – que je chante ! – tous les Justes les Bons, que le Destin dans son cyclone avait couchés
Et ils furent debout par la voix du poète, tels de grands arbres élancés
Qui jalonnent la voie, et au milieu d’eux Martin Luther King.
Je chante Malcom X, l’ange rouge de notre nuit
Par les yeux d’Angela chante Georges Jackson, fulgurant comme l’Amour sans ailes ni flèches
Non sans tourment. Je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main vivante
Je chante l’Amérique transparente, où la lumière est polyphonie de couleurs
Je chante un paradis de paix.

 

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Magnifique texte en hommage à Martin Luther King assassiné un certain 4 avril 1968 par Léopold Sedar Senghor, poète et homme politique quand il en a senti le besoin au Sénégal en pleine recomposition suite à la décolonisation. Il fut le premier président du Sénégal de 1960 à 1980, sans pour autant cesser d'écrire de la poésie. Il s'est aussi engagé dans la francophonie.

Il fut le vice-président du Haut-Conseil de la Francophonie.

En 1962, il est l'auteur de l'article fondateur "le français, langue de culture" dont est extraite la célèbre définition : « La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre ».

 

Bonne lecture,

Denis

 

Martin Luther King

Martin Luther King

Lire la poésie : de A à Z... (37/50) - S comme Senghor
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 17:44
Lire la poésie : de A à Z...(36/50) - R comme Rilke

Un poète : Rainer Maria Rilke (1875-1926)

 

Un recueil : Sonnets à Orphée (Die Sonette an Orpheus - 1922)

 

Un poème :

 

            (XV) O Brunnen-Mund...

 

O Brunnen-Mund, du gebender, du Mund,
der unerschöpflich Eines, Reines, spricht, -
du, vor des Wassers fließendem Gesicht,
marmorne Maske. Und im Hintergrund

 

der Aquädukte Herkunft. Weither an
Gräbern vorbei, vom Hang des Apennins
tragen sie dir dein Sagen zu, das dann
am schwarzen Altern deines Kinns

 

vorüberfällt in das Gefäß davor.
Dies ist das schlafend hingelegte Ohr,
das Marmorohr, in das du immer sprichst.

 

Ein Ohr der Erde. Nur mit sich allein
redet sie also. Schiebt ein Krug sich ein,
so scheint es ihr, daß du sie unterbrichst.

 

Traduction française de Claude Vigée :

 

Ô bouche de fontaine, ô libérale, ô bouche

qui profères inépuisablement l'unique et pur -

devant le visage fuyant de l'eau

masque de marbre. Mais dans la distance

 

montée des aqueducs. De loin, passant auprès

des tombes; depuis la pente des Apennins

ils viennent te porter ta parole, qui par-

dessus la noirceur de ton menton viellissant

 

jaillit en avant, jusque dans la vasque !

C'est là l'oreille déposée dormante,

l'oreille de marbre où tu murmures à jamais.

 

Une oreille de la Terre. A nul elle ne parle,

sauf à moi-même. Qu'une cruche en glissant s'interpose,

elle croira que tu l'interromps.

 

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Les Sonnets à Orphée) sont un cycle de 55 sonnets  écrits en 1922 par le poète austro-hongrois Rainer Maria Rilke. Ils furent publiés pour la première fois l'année suivante. Rilke, qui est « largement reconnu pour être l'un des poètes de langue allemande dont le lyrisme est le plus intense», les écrivit en trois semaines dans ce qu'il appela une « tempête créatrice ». Inspiré par la nouvelle de la mort de Wera Ouckama Knoop (1900-1919), compagne de jeux de sa fille, Ruth, il les dédia à la mémoire de cette jeune fille. Il écrivit dans le même temps et avec la même ferveur créatrice les "Elégies à Duino".

 

Le contenu des sonnets est, comme de coutume chez Rilke, hautement métaphorique. Le personnage d'Orphée (que Rilke appelle « le dieu de la lyre » figure plusieurs fois dans le cycle, tout comme d'autres personnages mythiques tels que Daphné. Il y a aussi des allusions à la Bible, dont une mention d'Esaü. Parmi les autres thèmes, il y a les animaux, des gens de cultures différentes, le temps et la mort.

(Extraits de l'article de wikipedia sur les "Sonnets à Orphée")

 

Un poète majeur du début du XXe siècle à lire ou relire sans hésitation.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lire la poésie : de A à Z...(36/50) - R comme Rilke
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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 17:30
Lire la poésie : de A à Z... (35/50) R comme Roubaud

Un poète : Jacques Roubaud (né en 1932)

Un recueil : Mono no aware (Le sentiment des choses - 1970)

Un poème :

 

                Elégie sur l'impermanence de la vie humaine

 

nous sommes sans force contre

l’écoulement des années

les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles          en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien n’y fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

    hélas       chose de ce monde

       je ne peux éloigner l'âge

 

                                    -------------------------------------------

 

Jacques Roubaud, mathématicien de formation, devient très vite poète et rejoint avec Georges Perec l'OULIPO fondé par Raymond Queneau et François Le Lionnais.

Il a publié de nombreux recueils de poésie et met la science mathématique au service de la poésie et de la réflexion théorique sur la poésie. Il sait allier lyrisme et formalisme, tout en distordant l'art poétique et sa métrique à l'image du poème "Elégie sur l'impermanence de la vie humaine".

Dans " Mano no aware", il restitue la pensée japonaise.

Il a également écrit de nombreux récits autobiographiques.

Un grand poète de notre époque à lire avec grand intérêt.

 

Bonne lecture,

 

Denis


 

nous sommes sans force contre

l’écoulement des années

les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles          en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

    hélas       chose de ce monde

       je ne peux éloigner l'âge

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main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

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et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

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    ah si je pouvais toujours

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main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

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les jeunes hommes en guerriers

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l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

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et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

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et les rides          (d’où venues ?)

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sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

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sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

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la gelée blanche sera tombée

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mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

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et ce sera pour nous ainsi

 

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Lire la poésie : de A à Z... (35/50) R comme Roubaud
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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 17:32
Lire la poésie : de A à Z... (34/50) - R comme Rimbaud

Un poète : Arthur Rimbaud (1854-1891)

Un recueil : Poésies (1870-1871)

Un poème :

 

                                Les poètes de sept ans

 

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

 

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

 


Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son œil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, — qui ment !

 

À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rios, savanes ! — Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes,
— Huit ans, — la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
— Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

 

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
— Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

 

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
— Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, — seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !


26 mai 1871.

 

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Un des grands poèmes de Rimbaud avec "Le Bâteau Ivre"

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

 

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

 

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

 

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

 

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

 

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

 

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

 

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

 

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

 

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

 

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

 

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

 

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

 

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

 

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

 

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

 

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

 

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

 

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

 

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

 

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 

-----------------------------------------------

 

Je ne vois rien à ajouter devant de tels chef d'oeuvres, sauf :

 

Bonne lecture

 

Denis

 

https://www.youtube.com/watch?v=S0gLnBL2axM

 

(pour Le Bateau Ivre par Léo Ferré)

 

 

 

Préface de René Char

Préface de René Char

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 18:09
Lire la poésie : de A à Z...(33/50) - Q comme Queneau

Un poète : Raymond Queneau (1903-1976)

Un recueil : Cent mille milliards de poèmes (1961)

Un poème :

 

            Cent mille milliards de poèmes

 

1

Quand l’un avec l’autre aussitôt sympathise
pour du fin fond du nez exciter les arceaux
sur l’antique bahut il choisit sa cerise
on espère toujours être de vrais normaux

Souvenez-vous amis de ces îles de Frise
qui se plaît à flouer les provinciaux
un frère même bas est la part indécise
la mite a grignoté tissus os et rideaux

Du Gange au Malabar le lord anglais zozotte
on sale le requin on fume à l’échalotte
lorsqu’il voit la gadoue il cherche le purin

Enfin on vend le tout homards et salicoques
on mettait sans façon ses plus infectes loques
si l’Europe le veut l’Europe ou son destin

 

2

C’était à cinq o’clock que sortait la marquise
depuis que lord Elgin négligea ses naseaux
une toge il portait qui n’était pas de mise
et tout vient signifier la fin des haricots

Je me souviens encor de cette heure exquise
d’où Galilée jadis jeta ses petits pots
aller à la grande ville est bien une entreprise
a tous n’est pas donné d’aimer les chocs verbaux

La Grèce de Platon à coup sûr n’est point sotte
on sale le requin on fume à l’échalotte
lorsque Socrate mort passait pour un lutin

Frère je te comprends si parfois tu débloques
comptant tes abattis lecteur tu te disloques
le Beaune ou le Chianti sont-ils le même vin?

 

3

Du jeune avantageux la nymphe s’était éprise
pour consommer un thé puis des petits gâteaux
il se penche et alors à sa grande surprise
elle soufflait bien fort par-dessus les côteaux

Quand on prend des photos de cette tour de Pise
les gauchos dans la plaine agitaient leurs drapeaux
l’un et l’autre ont raison non la foule imprécise
les Grecs et les Romains en vain cherchent leurs mots

Du Gange au Malabar le lord anglais zozotte
on gifle le marmot qui plonge sa menotte
les croque-morts sont là pour se mettre au turbin

On a bu du pinard à toutes les époques
les Indes ont assez sans ça de pendeloques
si l’Europe le veut l’Europe ou son destin

------------------------------------------------

Et  ainsi de suite,..

 

Le livre "Cent mille milliards de poèmes" comporte 'seulement' 10 pages, chacune découpée en 14 bandes horizontales représentant les 14 vers d'un sonnet. Le recto de chacune des bandes comporte un seul vers. En tournant les bandes séparément, on peut donc composer n'importe lequel des 1014 poèmes! Bien évidemment, la rime est parfaitement respectée pour tous les poèmes qu'il est possible de former.

Il y a donc 1014 soit 100 000 000 000 000 poèmes potentiels. Queneau ajoute : « En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails). »

 

N'oublions pas que Raymond Queneau a été un des créateurs de l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentiel)

 

L’Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo) a été fondé le 24 novembre 1960, par François Le Lionnais, Raymond Queneau et une dizaine de leurs amis écrivains et/ou mathématiciens et/ou peintres : Albert-Marie Schmidt, Jean Queval, Jean Lescure, Jacques Duchateau, Claude Berge et Jacques Bens selon le tapuscrit de ce dernier, secrétaire définitivement provisoire du début. La réunion fondatrice a eu lieu au restaurant « Le Vrai Gascon », 82 rue du Bac à Paris.

Le propos était d’inventer de nouvelles formes poétiques ou romanesques, résultant d’une sorte de transfert de technologie entre Mathématiciens et Ecriverons (sic).

 

Cent mille milliards de poèmes en est une des brillantes illustrations.

 

Alors, si vous voulez tester le procédé inventé par Raymond Queneau, allez sur ce site et vous comprendrez tout. On se retrouve à la fin de la lecture dans plus de 190 000 000 d'années.

 

http://emusicale.free.fr/HISTOIRE_DES_ARTS/hda-litterature/QUENEAU-cent_mille_milliards_de_poemes/_cent_mille_milliards.php

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lire la poésie : de A à Z...(33/50) - Q comme Queneau
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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 15:12
Lire la poésie : de A à Z... (32/50) - P comme Ponge

Un poète : Francis Ponge (1899-1988)

Un recueil : Le parti pris des choses (1942)

Deux poèmes :

 

                                               Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.

 

 

                                               L'huître

L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

 

                                        ----------------------------------------------------

 

Dès sa première édition, Le Parti pris des choses attira l'attention d'Albert Camus (résistant comme Ponge, il a envoyé à ce dernier le manuscrit du Mythe de Sisyphe, lequel occasionna une riche et amicale correspondance entre les deux écrivains), puis de Jean-Paul Sartre, qui consacre une critique importante au recueil (L'Homme et les choses, Poésie 44, juillet-octobre 1944) et rédige une préface au Parti pris des choses.

 

À l'aide d'une multiplicité d'images (métaphores, comparaisons), le poète tente de restituer aux objets leur entière originalité. En effet, certaines « choses » ne sont plus perçues qu'à travers le filtre des lieux communs : par exemple la fleur (surtout la rose), qui se limite bien souvent, en poésie, à une évocation mièvre.

C'est par un effet de surprise que le poète entend renouveler notre perception du monde. Le papillon se fait ainsi lampiste, la fleur est « une tasse mal lavée » (ou une lampe !), loin des stéréotypes usés. Mais ce n'est pas non plus chez Ponge un désir de brider l'expression poétique : le papillon est également « un minuscule voilier des airs malmené par le vent » ou même « une allumette volante ».

Aussi le poète use-t-il de tous les moyens à sa disposition pour briser le moule, et créer ses propres objets poétiques : poésie du cageot, paradoxale ; poésie des objets de consommation : le pain ; poésie de la nature enfin, dans ce qu'elle a de plus concret. Ce regard sur les objets prend leur parti, c'est-à-dire qu'il leur rend justice en ne les enfermant pas dans des stéréotypes.

 

(Source wikipedia)

 

 

 

 

Lire la poésie : de A à Z... (32/50) - P comme Ponge

Extrait de la correspondance entre Camus et Ponge :

 

Lettre de Camus à Ponge (27 janvier 1943) :"...Je pense que le "Parti pris" est une oeuvre absurde à l'état pur - je veux dire celle qui nait, conclusion autant qu'illustration à l'extrémité d'une philosophie de la non-signification du monde. Elle décrit parce qu'elle échoue..." (page 32)

 

Recueil à lire et à méditer...

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lire la poésie : de A à Z... (32/50) - P comme Ponge
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