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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 19:29
Chanter la poésie : Aragon par Marc Ogeret

Un poète : Louis Aragon

Un chanteur : Marc Ogeret (né en 1932)

Un poème :

 

Il faisait si beau ce matin

Mais dans la maison tiède et douce
Où sous le toit de tuiles rousses
Un enfant nu dort sur son lit
Le petit poste en galalithe
Dit soudain des mots insolites
Qu'on croyait tombés dans l'oubli

La fenêtre obscure est ouverte
Au contre-jour de vignes vertes
Où le vent pousse le rideau
Ses contrevents pâles s'accrochent
Au mur qui s'appuie à la roche
Avec un figuier dans son dos

On entend marcher sur la sente
Sans doute la mère est absente
Qui laissa son fils endormi
Et c'est comme un essaim de mouches
Ces vocables d'aucune bouche
L'enfant se retourne et gémit

Sans oreilles à ces paroles
L'ombre fait le maître d'école
Devant la cuvette et le broc
Et leur dit comme un fait vulgaire
Qu'à l'aurore aujourd'hui la guerre
A levé son front de taureau

Il faut recommencer qu'on meurt
Des gens dormaient dans leurs demeures
Comme ici dort cet enfant-là
L'armoire se tait, mais la porte
Proteste : Après tout, que m'importe
Ça se passe au Guatemala

Je saisis mal toutes ces choses
Notre voisine est peinte en rose
Il faisait si beau ce matin
Sur la terrasse on pouvait voir
Sécher du linge et des bas noirs
Devant les volets bleus déteints

 

Louis Aragon

 

 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 19:06
Chanter la poésie :

Un poète : Jean Genet (1910-1986)

Un poème : Le condamné à mort (1942)

Un chanteur(groupe) : Têtes Raides

 

 

A la mémoire
de Maurice PILORGE
assasin de vingt ans

 

 

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours,
Un ange qui sanglotte accroché dans un arbre,
La colonne d’azur qu’entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.

 

Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre,
Le souvenir d’un œil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l’azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.

 

Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque,
Et plus lourd à ma main qu’aux doigts du réceleur
Le joyau qu’il convoite; il est noyé de pleurs.
Il est sombre et féroce, un bouquet vert le casque.

 

Ton visage est sévère: il est d’un pâtre grec.
Il reste frémissant aux creux de mes mains closes.
Ta bouche est d’une morte et tes yeux sont des roses,
Et ton nez d’un archange est peut-être le bec.

 

Le gel étincelant de ta pudeur méchante
Qui poudrait tes cheveux de clairs astres d’acier,
Qui couronnait ton front des pines du rosier
Quel haut-mal l’a fondu si ton visage chante?

 

Dis-moi quel malheur fou fait éclater ton œil
D’un désespoir si haut que la douleur farouche,
Affolée, en personne, orne ta ronde bouche
Malgré tes pleurs glacés, d’un sourire de deuil?

 

Ne chante pas ce soir les <>!
Gamin d’or sois plutôt princesse d’une tour
Rêvant mélancolique à notre pauvre amour;
Ou sois le mousse blond qui veille à la grand’hune.

 

Et descend vers le soir pour chanter sur le pont
Parmi les matelots à genoux et nus tête
L’ave maris stella. Chaque marin tient prête
Sa verge qui bondit dans sa main de fripon.

 

Et c’est pour t’emmancher, beau mousse d’aventure
Qu’ils bandent sous leur froc les matelots musclés.
Mon Amour, mon Amour, voleras-tu les clés
Qui m’ouvriront ce ciel où tremble la mature

 

D’où tu sèmes, royal, les blancs enchantements
Qui neigent sur mon page, en ma prison muette:
L’épouvante, les morts dans les fleurs de violette….
La mort avec ses coqs; Ses fantômes d’amants…

 

Sur ses pieds de velours passe un garde qui rôde.
Repose en mes yeux creux le souvenir de toi.
Il se peut qu’on s’évade en passant par le toit.
On dit que la Guyane est une terre chaude.

 

O la douceur du bagne impossible et lointain!
O le ciel de la Belle, ô la mer et les palmes,
Les matins transparents, les soirs fous, les nuits calmes,
O les cheveux tondus et les Peaux-de-Satin!

 

Rêvons ensemble, Amour, à quelque dur amant
Grand comme l’Univers mais le corps taché d’ombres
Qui nous bouclera nus dans ces auberges sombres,
Entre ses cuisses d’or, sur son ventre fumant,

 

Un mac éblouissant taillé dans un archange
Bandant sur les bouquets d’œillets et de jasmins
Que porteront tremblants tes lumineuses mains
Sur son auguste flanc que ton baiser dérange.

 

Tristesse dans ma bouche! Amertune gonflant
Gonflant mon pauuvre cœur! Mes amours parfumées
Adieu vont s’en aller! Adieu couilles aimées!
O sur ma voix coupée adieu chibre insolent!

 

Gamin ne chantez pas, posez votre air d’apache!
Soyez la jeune fille au pur cou radieux,
Ou si tu n’as de peur l’enfant mystérieux
Mort en moi bien avant que me tranche la hache.

 

Enfant d’honneur si beau couronné de lilas!
Penche-toi sur mon lit, laisse ma queue qui monte
Frapper ta joue dorée. Écoute il te raconte,
Ton amant l’assassin sa geste en mille éclats.

 

Il chante qu’il avait ton corps et ton visage,
Ton cœur que n’ouvriront jamais les éperons
D’un cavalier massif. Avoir tes genoux ronds!
Ton cou frais, ta main douce, ô môme avoir ton âge!

 

Voler voler ton ciel éclaboussé de sang
Et faire un seul chef d’œuvre avec les morts cueillies
Ça et là dans les prés, les haies, morts éblouies
De préparer sa mort, son ciel adolescent…

 

Les matins solennels, le rhum, la cigarette…
Les ombres du tabac, du bagne et des marins
Visitent ma cellule où me roule et m’étreint
Le spectre d’un tueur à la lourde braguette.

 

«

 

La chanson qui traverse un monde ténébreux
C’est le cri d’un marlou porté par la musique.
C’est le chant d’un pendu raidi comme une trique.
C’est l’appel enchanté d’un voleur amoureux.

 

Un dormeur de seize ans appelle de bouées
Que nul marin ne lance au dormeur affolé.
Un enfant reste droit contre le mur collé.
Un autre dort bouclé dans ses jambes noués.

 

«

 

J’ai tué pour les yeux bleus d’un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m’adorant.

 

Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,
Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,
Sur la cadence folle et brève des violons
Égorge une rentière en amour pour ta frime.

 

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer,
Impassible et cruel, visible malgré l’heure
Dans le geste imprécis d’une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout, devant son regard clair.

 

Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l’amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d’étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable.

 

Rocher de granit noir sur le tapis de laine
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t’allonge tranquille au bord de sa fontaine.

 

Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l’enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve,
Suce son membre dur comme on suce un glaçon.

 

Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise sa tête enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d’un seul coup.
Ètrangle-toi d’amour, dégorge, et fais ta moue!

 

Adore à deux genoux, comme un poteau sacré
Mon torse tatoué, adore jusqu’aux larmes
Mon sexe qui te romp, te frappe mieux qu’une arme,
Adore mon bàton qui va te pénétrer.

 

Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme
Penches un peu la tête et le vois se dresser.
L’apercevant si noble et si propre à baiser
Tu t’inclines très bas en lui disant: « Madame »!

 

Madame écoutez-moi! Madame on meurt ici!
Le manoir est hanté! La prison vole et tremble!
Au secours, nous bougeons! Emportez-nous ensemble,
Dans votre chambre au Ciel, Dame de la merci!

 

Appelez le soleil, qu’il vienne et me console.
Étranglez tous ces coqs! Endormez le bourreau!
Le jour sourit mauvais derrière mon carreau.
La prison pour mourir est une fade école.

 

«

 

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

 

O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

 

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner: moi seul je vais mourir.

 

O viens mon ciel de rose, O ma corbeille blonde!
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

 

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

 

Amour viens sur ma bouche! Amour ouvre les portes!
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

 

O traverse les murs; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate une heure avant ma mort.

 

«

 

Les assassins du mur s’enveloppent d’aurore
Dans ma cellule ouverte au chant des hauts sapins,
Qui la berce, accrochée à des cordages fins
Noués par des marins que le clair matin dore.

 

Qui grava dans le plâtre une Rose des Vents?
Qui songe à ma maison, du fond de sa Hongrie?
Quel enfant s’est roulé sur ma paille pourrie
A l’instant du réveil d’amis se souvenant?

 

Divague ma Folie, enfante pour ma joie
Un consolant enfer peuplé de beaux soldats,
Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas
Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie.

 

Arrache on ne sait d’où les gestes les plus fous.
Dérobe des enfants, invente des tortures,
Mutile la beauté, travaille les figures,
Et donne la Guyane aux gars, pour rendez-vous.

 

O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce!
Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots
Autour du mino blond qui fume les mégots
Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse.

 

Un clop mouillé suffit à nous désoler tous.
Dressé seul au dessus des rigides fougères
Le plus jeune est posé sur ses hanches légères
Immobile, attendant d’être sacré l’époux.

 

Et les vieux assassins se pressant pour le rite
Accroupis dan le soir tirent d’un bâton sec
Un peu de feu que vole, actif, le petit mec
Plus élégant et pur qu’une émouvante bite.

 

Le bandit le plus dur, dans ses muscles polis
Se courbe de respect devant ce gamin frêle.
Monte la lune au ciel. S’apaise une querelle.
Bougent du drapeau noir les mystérieux plis.

 

T’enveloppent si fin, tes gestes de dentelle!
Une épaule appuyée au palmier rougissant
Tu fumes. La fumée en ta gorge descend
Tandis que les bagnards, en danse solennelle,

 

Graves, silencieux, à tour de rôle, enfant,
Vont prendre sur ta bouche une goutte embaumée,
Une goutte, pas deux, de la ronde fumée
Que leur coule ta langue. O frangin triomphant,

 

Divinité terrible, invisible et méchante,
Tu restes impassible, aigu, de clair métal,
Attentif à toi seul, distributeur fatal
Enlevé sur le fil de ton hamac qui chante.

 

Ton âme délicate est par de là les monts
Accompagnant encor la fuite ensorcelée
D’un évadé du bagne, au fond d’une vallée
Mort, sans penser à toi, d’une balle aux poumons.

 

Élève-toi dans l’air de la lune ô ma gosse.
Viens couler dans ma bouche un peu du sperme lourd
Qui roûle de ta gorge à tes dents, mon Amour,
Pour féconder enfin nos adorables noces.

 

Colle ton corps ravi contre le mien qui meurt
D’enculer la plus tendre et douce des fripouilles.
En soupesant charmé tes rondes, blondes couilles,
Mon vit de marbre noir t’enfile jusqu’au cœur.

 

Oh vise-le dresé dans son couchant qui brûle
Et va me consumer! J’en ai pour peu de temps,
Si vous l’osez, venez, sortez de vos étangs,
Vos marais, votre boue où vous faites des bulles

 

Ames de mes tués! Tuez-moi! Brûlez-moi!
Michel-Ange exténué, j’ai taillé dans la vie
Mais la beauté Seigneur, toujours je l’ai servie,
Mon ventre, mes genoux, mes mains roses d’émoi.

 

Les coqs du poulailler, l’alouette gauloise,
Les boîtes du laitier, une cloche dans l’air,
Un pas sur le gravier, mon carreau blanc et clair,
C’est le luisant joyeux sur la prison d’ardoise.

 

Messieurs je n’ai pas peur! Si ma tête roulait
Dans le son du panier avec ta tête blanche,
La mienne par bonheur sur ta gracile hanche
Ou pour plus de beauté, sur ton cou mon poulet….

 

Attention! Roi tragique à la bouche entr’ouverte
J’accède à tes jardins de sable, désolés,
Où tu bandes, figé, seul, et deux doigts levés,
D’un voile de lin bleu ta tête recouverte.

 

Par mon délire idiot je vois ton double pur!
Amour! Chanson! Ma reine! Est-ce ton spectre mâle
Entrevu lors des jeux dans ta prunelle pâle
Qui m’examine ainsi sur le plâtre du mur?

 

Ne sois pas rigoureux, laisse chanter matine
A ton cœur bohémien; m’accorde un seul baiser…
Mon Dieu je vais claquer sans te pouvoir presser
Dans ma vie une fois sur mon cœur et ma pine!

 

«

 

Pardonnez-moi mon Dieu parce que j’ai péché!
Les larmes de ma voix, ma fièvre, ma souffrance,
Le mal de m’envoler du beau pays de France,
N’est-ce pas assez monseigneur pour aller me coucher
Trébuchant d’espérance.

 

Dans vos bras embaumés, dans vos châteaux de neige!
Seigneur des lieux obcurs, je sais encore prier.
C’est moi mon père, un jour, qui me suis écrié:
Gloire au plus haut du ciel, au dieu qui me protège
Hermès au tendre piéd!

 

Je demande à la mort la paix, les longs sommeils,
Les chants des Séraphins, leurs parfums, leurs guirlandes,
Les angelots de laine en chaudes houppelandes,
Et j’espère des nuits sans lunes ni soleils
Sur d’immobiles landes.

 

Ce n’est pas ce matin que l’on me guillottine.
Je peux dormir tranquille. A l’étage au dessus
Mon mignon paresseux, ma perle, mon jésus,
S’éveille. Il va cogner de sa dure bottine
A mon crane tondu.

 

«

 

Il paraît qu’à côté vit un épilectique.
La prison dort debout au noir d’un chant des morts.
Si des marins sur l’eau voient s’avancer les ports
Mes dormeurs vont s’enfuir vers une autre Amérique.

 

«

 

J’ai dédié ce poème à la mémoire de mon ami Maurice Pilorge dont le corps et le visage radieux hantent mes nuits sans sommeil. En esprit je revis avec lui les quarante derniers jours qu’il passa, les chaînes aux pieds et parfois aux poignets, dans la cellule des condamnés à mort de la prison de Saint-Brieux. Les journaux manquent d’à propos. Ils commirent d’imbéciles articles ponr illustrer sa mort qui coïncidait avec l’entrée en fonction du bourreau Desfourneaux. Commentant l’attitude de Maurice devant la Mort le journal l’Œuvre dit <>. Bref on le ravala. Pour moi, qui l’ai connu et qui l’ai aimé, je veux ici, le plus doucement possible, tendrement, affirmer qu’il fut digne, par la double et unique splendeur de son âme et de son corps, d’avoir le bénifice d’une telle mort. Chaque matin, quand j’allais, grâce à la complicité d’un gardien ensorcelé, par sa beauté, sa jeunesse et son agonie d’Appollon, de ma cellule à la sienne pour lui porter quelques cigarettes, levé tôt il fredonnait et me saluait ainsi, en souriant: <> Originaire du Puy de Dôme il avait un peu l’accent d’Auvergne. Les jurés, offensés par tant de grâce, stupides mais pourtant prestigieux dans leur rôle de Parques le condamnèrent à 20 ans de travaux forcés pour cambriolage de villas sur la côte, et le lendemain, parce qu’il avait tué son amant Escudero pour lui voler moins de mille francs, cette même Cour d’assises condamnait mon ami Maurice Pilorge à avoir la tête tranchée. Il fut exécuté le 17 mars 1939 à Saint-Brieux.

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 18:33
Lire la poésie : de A à Z... (49/50) - Z comme Zanzotto

Un poète : Andrea Zanzotto (1921-2011 - Italie)

Un poème :

 

                  Nel mio paese

          da "Dietro il paesaggio"

 

 

Leggeri ormai sono i sogni,
da tutti amato
con essi io sto nel mio paese,
mi sento goloso di zucchero;
al di là della piazza e della salvia rossa
si ripara la pioggia
si sciolgono i rumori
ed il ridevole cordoglio
per cui temesti con tanta fantasia
questo errore del giorno
e il suo nero d'innocuo serpente

Del mio ritorno scintillano i vetri
ed i pomi di casa mia,
le colline sono per prime
al traguardo madido dei cieli,
tutta l'acqua d'oro è nel secchio
tutta la sabbia nel cortile
e fanno rime con le colline

Di porta in porta si grida all'amore
nella dolce devastazione
e il sole limpido sta chino
su un'altra pagina del vento.

 

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Exceptionnellement, je n'ai pas trouvé de recueil et de poèmes traduits en français d'Andrea Zanzotto.

 

Pour présenter l'oeuvre du poète italien, je vous propose cet article publié sur le site de Jean-Michel Maulpoix :

 

Dans l'œuvre du grand poète Andrea Zanzotto, né en 1921 à Pieve di Soligo, en Vénétie, on peut - et l'on doit sans doute - présenter La Beauté (La Beltà) comme un recueil central, mais encore convient-il de définir le mot "centre " dans l'univers d'un auteur qui apparaît désormais comme à la fois le plus séduisant et le plus difficile de ceux qui vinrent après Ungaretti et Montale dans la très riche Italie poétique du XXe siècle : au moment où la totalité de ses poèmes et un large choix de ses proses connaissent en langue originale, dans la prestigieuse collection "I Meridiani"1 - équivalent de la Pléiade -, leur troisième réédition en un an, il faut insister sur cette notion de " centre " pour relativiser l'image, plutôt convenue, d'un Zanzotto poète de la déconstruction et de l'expérimentation linguistique tous azimuts, ayant lu Lacan autant que Pétrarque et surtout Hölderlin. En réalité, depuis son premier recueil Derrière le paysage, paru en 1951 et qui dialoguait avec le courant hermétique (Luzi, Bigongiari, les poèmes de jeunesse de Sereni), Zanzotto est en quête d'un ancrage crédible pour la langue, d'un pacte nouveau entre la poésie et le monde, après le deuil de l'orphisme et le vertige des signifiants. Il n'est pas un expérimentateur impénitent, mais un poète profond dont la douceur subvertit le langage de façon bien plus radicale que les mots d'ordre avant-gardistes.

La Beltà, qui date de 1968 - et que Philippe Di Meo nous propose dans une traduction remarquable par le naturel auquel son raffinement et sa rigueur linguistique aboutissent - correspond à une crise majeure dans le rapport du poète au paysage, au monde visible, à la tradition poétique et philosophique européenne et, antérieurement à tout cela, au langage lui-même, dans son existence voire sa simple possibilité.

Pour utiliser des termes fort prisés dans les années 70, on pourrait dire, bien sûr, que La Beauté est un des livres essentiels où s'est produite la rupture du lien entre signifiant et signifié, mais il est plus important de souligner que ce recueil complexe, et pourtant si simple en même temps, est d'abord un voyage à rebours : du désastre moderne d'un monde qui exclut la poésie, Zanzotto remonte vers le langage antérieur au concept, vers le babil enfantin que le dialecte de Vénétie nomme petèl, vers tout ce qui, dans la culture occidentale, pourrait avoir survécu à la mort de la sublime Beauté. Il existe en italien deux mots pour désigner celle-ci : bellezza, qui est un terme courant, et beltà, inscrit dans une tradition littéraire qui va de Pétrarque à Leopardi. Philippe Di Meo a choisi, judicieusement, de traduire avec une majuscule le second terme, avec une minuscule le premier. Dans la tension entre cette Beauté désormais interdite, vidée de son sens par les convulsions de l'histoire et de la pensée modernes, et les fragiles promesses de plus humble beauté que recèle un autre usage de la langue, Zanzotto a écrit un livre qui, au moment même où il semble déserté par le sens, dit encore la vocation d'habiter humainement la terre.

Les répétitions, les nombreux néologismes, les emprunts au dialecte, les balbutiements et mutismes soudains, ne sont pas, ici, de simples instruments, mais les formes d'une errance angoissée, rêveuse, vécue avec une constante sincérité.

Le pari de Maurice Nadeau, à qui l'on doit la courageuse entreprise d'éditer pour la troisième fois, en langue française, un livre de Zanzotto, est que cette sincérité, cette candeur préservée jusque dans la quête la plus aride, sauront toucher un public suffisamment sensible pour dépasser les difficultés d'une poésie en réalité tout autre qu'intellectuelle. Un pari qui vaut la peine en ces temps d'appauvrissement de la langue chez tant d'écrivains prétendus.

 

© Bernard Simeone

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 20:58
Lire la poésie : de A à Z... (48/50) Y comme Yeats

Un poète : William Butler Yeats (1865-1939 - Irlande)

Un recueil : Quarante-cinq poèmes (anthologie choisie et traduite par Yves Bonnefoy)

Un poème :

 

          Je suis de terre d'Irlande

 

Je suis de terre d'Irlande,

De terre sainte d'Irlande,

Et le temps passe, crie-t-elle.

Venez par charité;

Danser avec moi en Irlande.

 

Un homme, un seul,

Et d'un drôle de costume,

Un seul, rien qu'un

Parmi tous ces vagabonds

A tourné sa tête noble.

"Ce serait un bien long chemin

Et le temps passe", dit-il,

"Et la nuit vient, qui est rude".

 

Je suis de terre d'Irlande,

De terre sainte d'Irlande,

Et le temps passe, crie-t-elle.

Venez par charité;

Danser avec moi en Irlande.

 

"Les violoneux, mais quels maladroits !

Ou c'est les cordes qui sont maudites.

Et les tambours, et les timbales,

Et les trompettes, quelle débâcle !

 

Ah, le trombone", crie-t-il,

"La trompette etletrombone ! "

Il lance un regardmalicieux,

"C'est le temps qui passe, qui passe. "

 

 

Je suis de terre d'Irlande,

De terre sainte d'Irlande,

Et le temps passe, crie-t-elle.

Venez par charité;

Danser avec moi en Irlande.

 

 

                 I am of Ireland

 

 

'I am of Ireland,
And the Holy Land of Ireland,
And time runs on,' cried she.
'Come out of charity,
Come dance with me in Ireland.'

 

One man, one man alone
In that outlandish gear,
One solitary man
Of all that rambled there
Had turned his stately head.
That is a long way off,
And time runs on,' he said,
'And the night grows rough.'

'I am of Ireland,
And the Holy Land of Ireland,
And time runs on,' cried she.
'Come out of charity
And dance with me in Ireland.'

 

'The fiddlers are all thumbs,
Or the fiddle-string accursed,
The drums and the kettledrums
And the trumpets all are burst,
And the trombone,' cried he,
'The trumpet and trombone,'
And cocked a malicious eye,
'But time runs on, runs on.'

 

I am of Ireland,
And the Holy Land of Ireland,
And time runs on,' cried she.
"Come out of charity
And dance with me in Ireland.

 

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Le poème est ainsi présenté dans le recueil "Quarante-cinq poèmes" :

Août 1929. Imité d'un poème irlandais du début du XIVe siècle que Frank O'Connor lut un soir à Yeats. Celui-ci s'enflamma sur le champ pour ces verts , car il y vit l'Irlande elle-même en sa destinée historique. Elle chante mais un seul l'écoute, le poète, et encore trouve-t-il bien des prétextes pour ne pas répondre à son appel.

 

Yeats a reçu le prix Nobel de Littérature en 1923. Poète et dramaturge, il a été également sénateur en Irlande. Il est mort à Roquebrune Cap Martin en 1939.

 

Un poète à redécouvrir assurément.

 

Bonne lecture,


Denis
 

Lire la poésie : de A à Z... (48/50) Y comme Yeats
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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 18:49
Lire la poésie : de A à Z... (47/50) - W comme Wouters

Un poète : Liliane Wouters (Née en 1930 - Belgique)

Un recueil : L'Aloès (Luneau-Ascot 1983)

Un poème :

 

            Je revenais d'une saison d'ardoise (sans titre dans le recueil)

 

Je revenais d'une saison d'ardoises,

De longs hivers à couper au couteau.

 

Descendre la rivière de ton sang,

Entendre les grillons de tes silences.

 

Tu ne me connais pas encor. Je suis capable

D'ouvrir des portes verrouillées depuis mille ans,

De rallumer les feux d'étoiles presque mortes.

 

Je rongeais l'os de mon chagrin.

Je mange le pain chaud, je bois le vin.

 

J'habiterai chacune de tes vies :

Dans l'une sources, herbe dans l'autre. Pour le feu

Je garderai le dur silex de ma mémoire.

L'étincelle que j'en ferai jaillir

Brûlera tout ce qui n'était pas toi.

 

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Liliane Wouters est née en 1930 à Ixelles (Belgique). Poète, dramaturge, elle vient de recevoir le prestigieux Prix Apollinaire 2015.

Voici comment est présenté le prix 2015 sur le site du prix Guillaume Apollinaire :

 

Le Prix Apollinaire 2015
                                               est attribué à
                                 Liliane Wouters

             pour son recueil Derniers feux sur terre, Le Taillis Pré,
                            et pour
l'ensemble de son œuvre


     Le prestigieux Prix Apollinaire a été remis à Liliane Wouters
                     dans les salons de l'Hôtel Bel Ami à Paris

le 13 octobre 2015, en présence de Jacques de Decker, secrétaire 
perpétuel de l'Académie royale de langue et de littérature françaises 
        de Belgique, et avec la complicité de Robin Renucci qui a lu
                                    des poèmes de la lauréate.



Liliane Wouters, la lauréate
« Flamande par ses ancêtres, française par sa langue, Liliane Wouters est une battante nordique qui a de la verve, le goût du beau et de la vérité. Pour le dire autrement, c'est une boxeuse flamande qui combat en français avec des gants de lumière. » (Guy Goffette) Née en 1930, elle est l'auteur de dix recueils de poèmes, dont La Marche forcée (Prix Émile Polak 1956 de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique), Le Gel (Prix Louise Labé 1966), L'Aloès (1983) et Le Billet de Pascal (2000). Son recueil le plus récent, Derniers feux sur terre, a paru en 2015 au Taillis Pré, en Belgique. En parallèle, elle a écrit pour le théâtre, a beaucoup traduit du néerlandais en français et a réalisé plusieurs anthologies consacrées à la poésie francophone belge. Liliane Wouters est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, ainsi que membre honoraire de l'Académie royale et langue et de littérature néerlandaises.

Le Prix Apollinaire
Le Prix Apollinaire, fondé en 1941, couronne chaque année « en dehors de tout dogmatisme d'école, ou de technique, un recueil caractérisé par son originalité et sa modernité ». Il est considéré comme un Goncourt de la poésie - en partie parce que certains membres du jury ont été ou sont jurés Goncourt, comme Hervé Bazin, Robert Sabatier ou Tahar Ben Jelloun.
Présidé par Jean-Pierre Siméon, le jury est composé de personnalités du monde de la poésie : Marc Alyn, Marie-Claire Bancquart, Linda Maria Baros (secrétaire générale), Tahar Ben Jelloun, Zéno Bianu, Georges-Emmanuel Clancier (président d'honneur), Fabienne Courtade, Philippe Delaveau, Guy Goffette et Jean Portante.

 

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Une poétesse à découvrir si vous ne la connaissez pas.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lire la poésie : de A à Z... (47/50) - W comme Wouters
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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 18:21
Lire la poésie : de A à Z... (46/50) - V comme Vircondelet

Un poète : Alain Vircondelet (né en 1947)

Un recueil : Eloge des herbes quotidiennes (Editions du Rocher - 2006)

Début du recueil (poèmes sans titre page 31 à 36) :

 

D'où vient

L'ardeur de l'herbe

A se hisser

sur les talus?

 

 

Furieux élans des herbes

Qu'aucun orage ne craint

Au printemps finissant

Quand jaunissent leurs tiges

Et qu'en se recourbant

Elles ensemencent déjà

Les terres

Offertes au libre vent

De leurs commencements

 

 

Entend-on

Jamais assez

Le grelot ivre des herbes

Que le vert les habille ?

 

 

Quelle vie

Les parcourt

Sous le vert joyeux

De leur naissance ?

 

 

L'enjeu du vert

Quand l'herbe

Plie

Sous l'averse,

Ruisselle,

Au bord des talus.

 

 

Deviner

A la pâleur mortifiée

Des hautes tiges

La chaude patience

De l'autre saison

 

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Alain Vircondelet, surtout connu pour être un grand spécialiste d'Albert Camus et Marguerite Duras, donc rencontré très fréquemment au fil de mes lectures, se montre en tant que poète dans ce recueil de 2006 autour d'un éloge de l'herbe, celle qui est verte et vit dans les champs, les jardins...

 

Dans un long avant-propos de 20 pages, l'auteur explique pourquoi il a choisi d'étudier un carré d'herbe pour en faire un récit vivant au travers d'une centaine de courts poèmes.

Alain Vircondelet rappelle qu'il a beaucoup appris de Marguerite Duras sur la poésie et la littérature. Elle lui disait en 1969 " Ce que j'aime dans la poésie à quoi tendent tous mes textes, c'est le jeu de mots entre eux, ce mystère qui les désoriente et les illumine..."

Il doit aussi beaucoup à Balthus (1908-2001), qu'il a cotoyé dans les derniers mois de sa vie et qui regardait aussi l'herbe, comme pris dans une grande méditation devant la mort proche.

L'herbe c'est la vie autour d'elle, une sorte de microcosme de nos vies d'être humain.

"Tous les poètes que j'ai connus parmi les plus grands de cette seconde partie du XXe siècle, tous en appelaient à ce regard-là, qui accordait, à l'écart du bruit, cette force de l'apparition, cet émerveillement inattendu, surgissant. J'ai voulu être à l'écoute des herbes, de leur insignifiance, de leur banalité qui ne se donnait jamais en spectacle". (page 18)

 

Bel hymne à l'humilité et à la poésie des poètes, que ce recueil d'Alain Vircondelet que je recommande vivement.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lire la poésie : de A à Z... (46/50) - V comme Vircondelet
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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:26
Lire la poésie : de A à Z... (45/50)- V comme Valéry

Un poète : Paul Valéry (1871-1945)

Un recueil : Album de vers anciens (1920)

Un poème :

 

               La fileuse

 

 

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

 

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.

 

Un arbuste et l'air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.

 

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

 

Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

 

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, aux doux fuseaux crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

 

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

 

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

 

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

 

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21 poèmes composent ce recueil paru en 1920 en plaquette dans ‘’Les cahiers des amis du livre’’ d’Adrienne Monnier. Dans l’édition de 1931, définitive, qui comporta cinq pièces supplémentaires, le recueil comptait vingt poèmes et une prose écrits entre 1890 et 1900 ; plus de la moitié avaient paru à l’époque dans des revues :  ‘’La conque’’, ‘’L’ermitage’’, ‘’La syrinx’’, ‘’Le centaure’’.

 

Certains poèmes rappelaient encore la technique parnassienne ; la plupart reflétaient, par leur inspiration mythologique et précieuse, l'atmosphère décadente ou symboliste de l'époque. On note surtout l'influence de Mallarmé, dans le choix des thèmes, dans celui des titres (“La fileuse”, “Les vaines danseuses”, “Narcisse parle”, “Air de Sémiramis”), dans le langage même. On reconnaît, çà et là, dans “Un feu distinct”, “Profusion du soir”, ‘’Narcisse parle’’, l'amorce de thèmes qui seront chers à Valéry. Ces oeuvres de jeunesse permettent en somme de mesurer, entre l'incertitude du débutant et l'originalité enfin conquise, l'évolution d'un grand poète. Il fallait une robuste confiance en soi pour publier, au lendemain d’une guerre qui avait changé la face du monde et tandis qu’à la suite d’Apollinaire, Tzara et Breton renouvelaient l’esthétique, des poèmes vieux d’un quart de siècle et plus, même largement retouchés.(André Durand)

 

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Comme nombre de poètes que j'ai présenté tout au long de cette année, Paul Valéry est à lire et relire.

Bonne lecture

Denis

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 17:19
Lire la poésie : de A à Z... (44/50) - V comme Verlaine

Un poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Un recueil : Fêtes galantes

Un poème :

 

                         Clair de lune

 

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques,
Jouant du luth, et dansant, et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

 

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

 

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

                                                ---------------------------------------

 

Ce recueil de Paul Verlaine a paru en 1869. il est le troisième publié après "Poèmes saturniens" et "Les amies". On peut en faire remonter la conception aux fréquentes visites du poète à la salle Lacaze, qu'on avait ouerte au Louvre deux ans auparavant; il est vraisemblable, d'autre part, que l'idée de consacrer cette "suite pour clavecin" aux personnages de la comédie italienne, déjà célébrée par Watteau, Fragonard, Boucher, Lancret, lui vint à la suite d'une lecture de "L'art du XVIIIe siècle, que les Goncourt avaient commencé de publier à partir de 1859; enfin, la genèse du sujet remonte sans doute à "La fête chez Thérèse", élégie des Contemplations (1856), que Verlaine savait par coeur, et à certains passages des "Chansons des Rues et des Bois", que Victor Hugo avait données en 1865. (Note de Yves-Gérard Le Dantec pour les éditions de Cluny (1939).

 

22 poèmes composent ces "Fêtes galantes", débutant par "Clair de lune" et s'achevant par

 

"Colloque sentimental" :

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

 

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

 

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

 

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

 

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

 

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

 

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

 

Immortel Paul Verlaine à lire et relire au regard également de son "mentor" Arthur Rimbaud.

Lire la poésie : de A à Z... (44/50) - V comme Verlaine
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 17:51
Lire la poésie : de A à Z... (43/50) - U comme U Tam'si

Un poète : Tchicaya U Tam'si (1931-1988 - poète congolais)

Un livre : Tchicaya U Tam'si, le viol de la lune

Et quelques extraits de poèmes :

 

Une fois n'est pas coutume, je me suis inspiré du livre de Boniface Mongo-Mboussa "Tchicaya U Tam'si, le viol de la lune : vie et oeuvre d'un maudit" édité en 2014 aux Editions Vents d'ailleurs.

 

Boniface Mongo-Mboussa nous dit qu'il a découvert le poète en 1987, peu avant la mort de Tchicaya U Tam'si. Ensuite, il n'a plus cessé de le lire.

 

Et voici le début du poème en prose qui l'a fait entrer dans l'oeuvre :

"Je ne vais pas mourir du désir de changer le monde. Les jeux passionnés des guerres parricides me sont une distraction coupable, si bien que mon salut à la terre que découvre le soleil ce matin n'est pas aussi martial que je le voudrais. Je sors du lit. Le matin a le soleil confus. Dans le jardin les pétales tombent sur des cendres froides. Et pourtant aucun pétale n'est de sang. Frimas, rosée d'hiver. Mais je suis loin des terres aux saisons si vives, dont l'âcreté est insoutenable".

 

Tchicaya U Tam'si a connu une grande solitude dans sa jeunesse congolaise qu'il exprime dans un de ses poèmes :

 

Une toupie tourne

Qu'importe sa valse

L'enfant seul regarde

Le chien vient aboie

(...)

Je tends mal mes mains

Sans croire aux miracles

Qu'importe ma valse

J'ai fermé les yeux,

Je vais être absent

Sur ma vie chagrine,

L'enfant seul regarde

Une toupie tourne

 

Au début de l'année 1987, il écrit ces vers sur la première page de son carnet :

 

L'année d'or

Flamme sur le coeur

Une fleur ardente

Pour l'amour

Je saluerai

L'aube du nouveau jour

Je veux que ma joie

soit une prophétie

Jamais mentie

 

Tchicaya U Tam'si aura été un écrivain très éclectique, publiant tout d'abord des recueils de poésie dès 1955, avec "Le mauvais sang". En 1980, il publie son premier roman "Lescancrelats" et va en écrire 4. Le théâtre va également l'inspirer sans oublier qu'il a publié quelques recueils de nouvelles. Il s'est engagé dans une Afrique en pleine mutation le Congo ayant été marqué par la figure de Patrice Lumumba, l'homme symbole de l'indépendance.

Sa vie aura été partagée entre le Congo et la France.

Un auteur à redécouvrir absolument...Gallimard a publi récemment ses oeuvres complètes dans la prestigieuse collection "Continent noir"

 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Continents-Noirs/La-trilogie-romanesque

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

 

Lire la poésie : de A à Z... (43/50) - U comme U Tam'si
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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 18:44
Lire la poésie : de A à Z... (42/50) - T comme Tsvetaïeva

Un poète : Marina Tsvetaïeva (1892-1941 - Russie)

 

Un recueil :Tentatives de jalousie et autres poèmes

 

Un poème :

 

Il en tomba combien dans cet abîme
Béant dans le lointain !
Et je disparaîtrai un jour sans rimes
Du globe, c’est certain.

Se figera tout ce qui fut, - qui chante
et lutte et brille et veut :
Et le vert de mes yeux et ma voix tendre
Et l’or de mes cheveux.

Et la vie sera là, son pain, son sel
Et l’oubli des journées.
Et tout sera comme si sous le ciel
Je n’avais pas été !

Moi qui changeais, comme un enfant, sa mine
- Méchante qu’un moment, –
Qui aimais l’heure où les bûches s’animent
Quand la cendre les prend,

Et le violoncelle et les cavalcades
Et le clocher sonnant…
– Moi, tellement vivante et véritable
Sur le sol caressant.

A tous – qu’importe. En rien je ne mesure,
Vous : miens et étrangers ?! –
Je vous demande une confiance sûre,
Je vous prie de m’aimer.

Et jour et nuit, voie orale ou écrite :
Pour mes « oui », « non » cinglants,
Du fait que si souvent – je suis trop triste,
Que je n’ai que vingt ans,

Du fait de mon pardon inévitable
Des offenses passées,
Pour toute ma tendresse incontenable
Et mon trop fier aspect,

Et la vitesse folle des temps forts,
Pour mon jeu, pour mon vrai…
– Ecoutez-moi ! – Il faut m’aimer encore
Du fait que je mourrai.

                                                  8 décembre 1913

Marina Tsvetaïeva, Tentatives de jalousie et autres poèmes, traduits du russe et présenté par Eve Malleret, La Découverte, 1986, p. 79.

 

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Marina Tsvetaïeva est une des très grandes poétesses du 20e siècle. Elle fut l'amie de Boris Pasternak et a inspiré le personnage de Lara dans "Le Docteur Jivago".

Rainer Maria Rilke, Maïakovski l'ont aussi inspiré. Sa poésie est caractérisée par sa qualité musicale, son lyrisme passionné. Elle s'est inspiré de sa vie, souvent tragique, dans ses poèmes. Elle va longtemps vivre en exil avant de rentrer en Russie. Elle se pend le 31 août 1941 au terme d'une vie où l'amour a inspiré sa poésie sans oublier les combats politiques qui l'ont forgée.

Sa poésie a été longtemps incomprise avant d'être enfin reconnue.

 

N'hésitez pas à la lire.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lire la poésie : de A à Z... (42/50) - T comme Tsvetaïeva

L

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