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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 12:50

 

 

 

 

Un dahlia

 

 

Courtisane au sein dur, à l'oeil opaque et brun
S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un boeuf,
Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf.


Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps
Déroule, mate, ses impeccables accords.


Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins
Exhalent celles-là qui vont fanant les foins,
Et tu trônes, Idole insensible à l'encens.


- Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur,
Elève sans orgueil sa tête sans odeur,
Irritant au milieu des jasmins agaçants !

 

 

Paul Verlaine

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 09:00

 

 

 

 

La lune

 

Sur la lune de lait caillé
On voit un bonhomme.
Il porte sur son dos
Un fagot de gros bois.


Ça doit être bien lourd
Car il n'avance pas.
Il est là chaque mois,
Bûcheron d'autrefois.


Sur la lune de néon
On voit un astronaute
Il porte sur son dos
La fusée du retour.


Il est déjà parti
Il n'y a plus personne
Entre la mer des Crises
Et la Sérénité.


Sur la lune de néon,
On a peint les yeux, la bouche,
Le nez et un gros bouton
Sur lequel dort une mouche.


Toujours on a eu l'impression
Que cet objet astronomique
Etait à portée de la main
Familier, mélancolique.
 

 

Raymond QUENEAU

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 10:00

 

 

 

 

Le lait des chats

 

 

Les chats trempent leur langue rose

Au bord des soucoupes de lait ;

Les yeux fixés sur le soufflet ,

Le chien bâille en songeant , morose.

 

 

Et tandis qu'il songe et repose

Près de la flamme au chaud reflet ,

Les chats trempent leur langue rose

Au bord des soucoupes de lait.

 

 

Dans le salon , seul le feu glose ;

Mère - grand dit son chapelet ,

Suzanne dort sur un ourlet ,

Et dans le lait , paupière close ,

Les chats trempent leur langue rose.

 

 

 

Charles Guérin

 

 

 

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:00
 
 
 
Etranges fleurs
 
L'automne met dans les lilas
D'étranges fleurs que nul ne voit,
 
Des fleurs aux tons si transparents
Qu'il faut avoir gardé longtemps
 
Son âme de petit enfant
Pour les voir le long des sentiers
 
Et pour pouvoir les assembler
En un seul bouquet de clarté
 
Comme font, à l'aube, les anges
Les mains pleines d'étoiles blanches...
 
 
Maurice Carême
 
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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:00

 

 

Claude Théberge ( Une journée de novembre ) 

 

 

Il fait novembre en mon âme

   

Rayures d'eau, longues feuilles couleur de brique,
Par mes plaines d'éternité comme il en tombe !
Et de la pluie et de la pluie - et la réplique
D'un gros vent boursouflé qui gonfle et qui se bombe
Et qui tombe, rayé de pluie en de la pluie.

- Il fait novembre en mon âme -
Feuilles couleur de ma douleur, comme il en tombe !

Par mes plaines d'éternité, la pluie
Goutte à goutte, depuis quel temps, s'ennuie,
- Il fait novembre en mon âme -
Et c'est le vent du Nord qui clame
Comme une bête dans mon âme.

Feuilles couleur de lie et de douleur,
Par mes plaines et mes plaines comme il en tombe ;
Feuilles couleur de mes douleurs et de mes pleurs,
Comme il en tombe sur mon coeur !

Avec des loques de nuages,
Sur son pauvre oeil d'aveugle
S'est enfoncé, dans l'ouragan qui meugle,
Le vieux soleil aveugle.

- Il fait novembre en mon âme -

Quelques osiers en des mares de limon veule
Et des cormorans d'encre en du brouillard,
Et puis leur cri qui s'entête, leur morne cri
Monotone, vers l'infini !

- Il fait novembre en mon âme -

Une barque pourrit dans l'eau,
Et l'eau, elle est d'acier, comme un couteau,
Et des saules vides flottent, à la dérive,
Lamentables, comme des trous sans dents en des gencives.

- Il fait novembre en mon âme -

Il fait novembre et le vent brame
Et c'est la pluie, à l'infini,
Et des nuages en voyages
Par les tournants au loin de mes parages
- Il fait novembre en mon âme -
Et c'est ma bête à moi qui clame,
Immortelle, dans mon âme !

 

 

Emile Verhaeren

 

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 07:00

  

 

 

La mer est partout

 

 

J'ouvre la fenêtre ,

Devant moi , la mer.

 

Un vol de mouettes !

Sous elles , la mer.

 

Des gens se rassemblent ,

Derrière eux , la mer.

 

Je sors de ma chambre ,

Près de moi , la mer.

 

Un bateau navigue ,

A sa proue , la mer.

 

Je rejoins la digue ,

La mer est au bout.

 

Je descend la dune ,

La mer est partout.

 

Mais , comme la lune ,

Il est cependant

 

Ici des passants

Qui ne la voient plus.

 

 

Maurice Carême

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 09:00

 

  

 

  Octobre est doux...

 

Octobre est doux. - L'hiver pèlerin s'achemine
Au ciel où la dernière hirondelle s'étonne.
Rêvons... le feu s'allume et la bise chantonne.
Rêvons... le feu s'endort sous sa cendre d'hermine.

 

 


L'abat-jour transparent de rose s'illumine.
La vitre est noire sous l'averse monotone.
Oh ! le doux "remember" en la chambre d'automne,
Où des trumeaux défunts l'âme se dissémine.

 

 


La ville est loin. Plus rien qu'un bruit sourd de voitures
Qui meurt, mélancolique, aux plis lourds des tentures...
Formons des rêves fins sur des miniatures.

 

 


Vers de mauves lointains d'une douceur fanée
Mon âme s'est perdue ; et l'Heure enrubannée
Sonne cent ans à la pendule surannée...

 

 

Albert SAMAIN

  

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 08:00

 

 

 

Heure d'automne

 

C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière !
Râles que roule, au vent du nord, la sapinière,
Feuillaison d'or à terre et feuillaison de sang,
Sur des mousses d'orée ou des mares d'étang,
Pleurs des arbres, mes pleurs, mes pauvres pleurs de sang.

 

C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière !
Secousses de colère et rages de crinière,
Buissons battus, mordus, hachés, buissons crevés,
Au double bord des longs chemins, sur les pavés,
Bras des buissons, mes bras, mes pauvres bras levés.

 

C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière ?
Quelque chose, là-bas, broyé dans une ornière,
Qui grince immensément ses désespoirs ardus
Et qui se plaint, ainsi que des arbres tordus,
Cris des lointains, mes cris, mes pauvres cris perdus.

 

 

Emile Verhaeren

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 08:00

 

 

 

 

Que ne donnerais-je ...

 

 

Que ne donnerais - je pour être

Girafe bâillant à la lune ,

Autruche sans profession , zèbre

Peint après avoir fait fortune.

 

 

Pour être souris fiancée

A quelque beau coquelicot ,

Pour être dorade couchée

Sur un large lit de coraux.

 

 

Pour être le chien de Diane ,

Daniel dans la fosse aux lions

Ou même simplement un âne

Se contentant d'un gros chardon.

 

 

Au lieu d'être cet écolier

Gavé de grec et de latin

Séchant sur des thèmes usés

Dont je ne vois jamais la fin.

 

 

Maurice Carême

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 09:00

 

 

 

 

 

Que dire ?

 

 

Que dire

Des trouées de l'âme

De la glisse des pensées

Des dérapages du sens

 

Que dire

Du corps qui se rénove

Par la grâce d'une parole

Le secours d'une caresse

La saveur d'une malice

 

Que dire

Des jours si vivaces

Des heures si ténues

De la geôle des mots

De l'attrait du futur

 

Que dire

De l'instant

Tantôt ennemi

Tantôt ami ?

 

 

 

Andrée Chédid

 

 

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