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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 00:25

 

Les impudents de Marguerite Duras

 

Il est le premier roman publié par Marguerite Donnadieu, devenue Duras à cette occasion. Son entrée littéraire s'est faite par ce changement de nom, comme pour dire qu'elle est née à la littérature, se "nettoyant" de son lourd passé de Donnadieu. Car ce nom est celui de son frère ainé notamment qui l'a tant fait souffrir.

Marguerite Duras avait fait une première tentative éditoriale avec un livre de commande, écrit en collaboration avec Philippe Roques, "L'empire français".

C'est Raymond Queneau qui l'a incitée à continuer à écrire après avec critiqué "Les impudents". Corrigé par Marguerite, et malgré des défauts persistants, notamment au niveau du style, Plon l'accepte et le publie en 1943, en cette période trouble et difficile de la deuxième guerre mondiale. Le livre va êre mal accueilli sauf par un homme qu'elle connait bien puisqu'il est son voisin au 5, rue Saint Benoit, collaborateur bien connu, influent dans le milieu éditorial, favorable aux allemands : Ramon Fernandez, le père de Dominique Fernandez.

L'article est reproduit en note de l'excellente biographie de Laure Adler

 

Ramon Fernandez débute ainsi son article : "Les impudents" est l'oeuvre d'une jeune romancière qui témoigne dès l'abord d'un des dons essentiels de son art: celui de remier de nombreux personnages, de les grouper, de les tenir en main et de les débrider soudain, et de suivre chacun d'eux au milieu de tous les autres sans être obligée de les distinguer sans cesse par des traits trop appuyés. Assurément, Madame Marguerite Duras doit plus ou moins rêver ses héros, se laisser obséder par eux..."

La carrière littéraire de Marguerite Duras est lancée, même si ce livre qui n'a pas eu de succès, a été renié par l'auteur jusqu'au début des années 1990 où elle a bien voulu la réintégrer dans sa bibliographie et c'est donc bien sa première oeuvre littéraire.

L'aventure est lancée et Heide nous invite à lire toute l'oeuvre dans sa chronologie que l'on retrouve facilement dans l'édition de la Pléiade 

 

Alors, ce roman? Très critiqué pour son style, un peu scolaire, d'apprentie littéraire. Fascinée par Hemingway et Faulkner, il a même été souvent dit à MD qu'elle écrivait à l'américaine et q'il fallait qu'elle fasse de la littérature française, avec un style français.

J'ai trouvé des qualités à son livre qui n'est pas encore du Duras tout en en étant. Oui, elle rêve ses personnages, mais comme elle le fera toute sa vie, à partir des personnes réelles qu'elle a connues.

Maud, c'est elle. Jacques, c'est son frère ainé Pierre et Muriel, c'est la femme de Jacques, morte comme la réelle dans un accident de voiture. Et Mme Grand, mariée Taneran, c'est bien Mme Donnadieu, mère. Et Uderan, c'est Duras, propriété familiale. 

Le "trio infernal" de l'oeuvre future est déjà bien là : la mère, le frère tyran et elle, MD.

La famille vit en région parisienne et est harcelée par les huissiers à cause des dettes de Jacques. Il est alors décidé de partir pour Uderan, maison délaissée depuis 10 ans, et qu'ils retrouvent en mauvais état. L'idée est de revendre la maison, mais elle ne vaut plus grand chose. Mais, là, la vie de campagne permet de se "ressourcer".

Maud, l'héroïne principale, se sent mal partout, car elle est triste souvent. La famille est obligée de se loger chez les Pecresse. Madame Pecresse verra bien que Maud épouse son fils Jean. Mais Maud est une solitaire et elle est souvent seule, au bord de la rivière

Elle rencontre Georges, fils de négociants en vin à Bordeaux, et ils vont s'aimer. Mais là encore, Maud met facilement des distances pour garder sa liberté, d'autant qu'elle est venue habiter seule la maison d'Uderan.

Et un jour, il faut rentrer en banlieue, et repartir dans une vie terne...

On se dit en lisant ce roman : où est le bonheur? dans cette famille, c'est impossible!!!

Un passage (Page 83 de la Pléiade - milieu du roman) quand Maud revient après une absence qui a inquiété sa mère sans qu'elle le sache :

" Maud ne revint chez les Pecresse que le lendemain soir. Dès son entrée elle s'aperçut que personne ne parlait dans la salle. Il semblait qu'on n'eût pas remarqué sa présence et qu'une même obsession les préoccupât tous.

Le voisin lui même, après lui avoir tendu une chaise, reprit sa pose immuable près du feu, entre ses chiens.

Mme Taneran n'était pas là. L'absence de sa mère frappa Maud car l'heure habituelle du dîner était passée sans que personne n'y prît garde.

Une sorte de peur contenue surgit en Maud. Que venait-elle chercher chez les Pecresse? N'aurait-elle pas dû rester chez Georges Durieux au lieu de s'enfuir dès le matin?

Elle s'assit apparemment calme".

C'est déjà du Duras non? J'aime déjà son style, l'atmosphère lourde de son récit et Maud ne laisse pas indifférent le lecteur par sa psychologie, ses doutes, ses envies...

 

N'hésitez pas à nous rejoindre dans la communauté Marguerite Duras d'Heide et de son challenge.

L'aventure durassienne ne fait que commencer, et pour fin janvier 2013, ce sera 'La vie tranquille"

Bonnes lectures,

Denis

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 21:43

   

 

L'histoire d'Horario de Tomas Gonzalez

 (Carnets Nord - septembre 2012 - 220 pages)

Traduit de l'espagnol (colombien) par Delphine Valentin 

Première publication en Colombie 2011 "La Historia de Haracio"

 

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Grâce au partenariat que j'ai avec Carnets Nord, j'ai pu lire le second roman de Tomas Gonzalez publié en France, le premier étant "Au commencement était la mer", paru en 2010, et que j'avais également aimé.

Le roman se passe au début des années 1960 dans la campagne près de Medelin. Le narrateur raconte les derniers moments de la vie d'Horacio, homme hanté par la mort.

Il est marié à Margarita, a six filles et un fils Jéronimo, insolent notamment vis-à-vis de Carlina, l'employée, mais en général de toutes les femmes qui gravitent autour de la maison.

Elias et Alvaro, ses frères, vivent non loin de chez lui, ainsi que les soeurs de son épouse.

Horacio s'occupe beaucoup de ses vaches comme si elles étaient sacrées, et il est très attentif à leur bien être. Ses frères ont cette même passion.

Et puis, il y a la Volswagen, presque neuve, achetée illégalement. La police vient un jour la chercher et c'est le drame pour Horacio. Il va tout faire pour la récupérer et surveille de loin qu'elle n'est pas maltraitée. Mais quand il réussit à la récupérer, il a besoin de la réparer.

Et puis, la mort est toujours là qui rôde autour de lui, avec les animaux qui meurent, avec des voisins aussi... Et justement, il est victime d'un infarctus, dont il va se remettre doucement, avant l'arrivée du second.

Il aime l'ambiance de la maison avec toutes ces femmes qui vivent autour de lui. Seul Jéronimo vient briser l'harmonie par son attitude à la limite de la délinquence.

Mais la mort qui rôde gâche presque tout de la vie d'Horacio.

Voici le début du roman :

"Horacio vit Pacho et le taureau passer sous les orangers, à côté de la Volswagen noire, dont les vitres reflétaient les premiers rayons du soleil. Un peu plus tôt, quand il faisait encore nuit, Horacio était sorti en robe de chambre pour essuyer la rosée avec un torchon et faire briller la voiture avec un autre; puis il était revenu à la maison, s'était assis dans la salle à manger, les jambes croisées, avait fumé en agitnat le pied, bu un café et attendu que Pacho amène le taureau. "Il est né pour être nerveux", commentait soudain Eladio, beau-frère d'Horacio, et médecin. "Comment comprendre qu'on puisse être attaché à ce point à quelque chose qui nous fait autant trembler?" disait-il de sa voix profonde, faisant référence à l'amour de la vie d'Horacio".

 

Un style très pur, très simple et poétique en même temps, et on s'attache à Horacio et à son petit monde. La violence du pays est transcrite à partir de l'attitude de Jéronimo. On semble être dans un univers clos ici.

Le roman a fait la une du Monde des Livres il y a quelques semaines.

Excellent travail de découverte de Carnets Nord, que je remercie encore pour leur envoi de ce livre.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Et Challenge rentrée littéraire chez Hérisson

 

 

 

10/14

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 21:30

 

J'appartiens au vent de Julien Weber

 (Editions Baudelaure - 2e trimestre 2012 - 82 pages)

 

L'auteur m'a gentiment adressé son roman pour que je le lise et le présente sur le blog.

Tout d'abord, vous pouvez aller sur le site j'appartiens au vent pour avoir des informations sur le livre et sa suite, car Julien Weber prépare un deuxième tome, suite de celui-ci.

Maëva est une vieille bohémienne sédentarisée. Mano, jeune orphelin de 17 ans, vit prêt d'elle, depuis qu'elle l'a recueilli dans sa prime jeunesse. Il s'occupe d'elle mais veut vivre aussi pour lui. Il est amoureux de Tita, infirmière, qui s'est prise d'amitié pour Maëva et lui fait les soins dont elle a besoin.

Un jour Maëva, qui mendie régulièrement, a rencontré un jeune libraire Aèle. Elle lui dit qu'il devrait changer de vie car elle sent qu'il s'ennuie dans sa boutique peu attrayante. Elle lui dit qu'il appartient au vent, comme elle d'ailleurs.

Aèle, un soir, rencontre un violoniste, lui aussi bien seul au retour d'une tournée triomphante. Ils vont se prendre d'amitié...

Tous les protagonistes sont des solitaires, avides d'aventure, y compris Maëva qui va partir seule en quête de plantes de "jouvence".

En résumé, un court roman avec des figures attachantes de personnages en quête d'un ailleurs qu'ils vont tenter d'atteindre...

N'hésitez pas à aller à la rencontre de ce livre.

Bonne lecture,

Denis

 

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 07:50

m

 

Tombé hors du temps de David Grossman

 (Editions du Seuil - octobre 2012 - 200 pages)

Traduit de l'hébreux par Emmanuel Moses - édition originale 2011

 

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David Grossman, dans son précédent livre, "Une femme fuyant l'annonce" (Prix Médicis étranger 2011),

 

à présent disponible en poche, avait parlé de la mort tragique de son fils quelques années auparavant.

Il revient sur cette tragédie dans cet étonnant livre "Tombé hors du temps", sous-titré "récit pour voix".

Etonnant par sa présentation : des personnages non définis (l'homme, la femme, le centaure, le chroniqueur de la ville et sa femme, le duc, la sage-femme, le vieux professeur de mathématiques, le cordonnier), des textes la plupart du temps en forme de poèmes sous forme dialoguée :

Exemple page 35 :

"L'homme :

L'odeur que répand

Ton corps

Dans son affliction

Lorsque ça plonge, lorsque ça fond

Sur toi;

L'odeur amère, où

Je retrouve toujours

Son odeur

La femme :

Ses odeurs -

Sucrée, âcre,

Acide.

Ses cheveux lavés

Sa chair savonnée

Les épices simples

Du corps - "

 

L'homme et la femme parlent de leur fils mort. Lui va décider de partir sur ses traces alors que la femme va rester. Il va alors devenir pour la suite du récit "l'homme qui marche". Une marche infinie à plusieurs, tous en quête d'un enfant mort. 

Le chroniqueur de la ville, ami du duc, a eu pour mission, depuis la mort de sa fille, de faire le récit de tous ceux qui souffrent de la mort de leur enfant. Il a été également l'élève du vieux professeur de mathématique.

Et tous de partir marcher pour "là-bas", à la recherche des enfants morts. Pour exorcicer le mal qui est en eux à l'infini. Pour espérer trouver un réconfort, notamment en vivant ensemble ce voyage vers un ailleurs...

Ce récit "polyphonique" est envoûtant car on se prend comme ces "désespérés" à voir surgir leurs enfants vivants...

Ce texte est unique dans la littérature par sa présentation, sa force poétique "tragique" et ces voix qui se répondent, s'unissent aussi...

Un coup de coeur à méditer, à relire aussi... Bref un exceptionnel récit par David Grossman, qui n'a plus rien à prouver pour dire que c'est un auteur important. Il est engagé dans la paix au Proche Orient aussi et mérite d'être lu, écouté...

 

 

Bonne lecture,

Denis

 

Ce livre s'inscrit dans le challenge rentrée littéraire chez Hérisson

 

 

 

                                                      9/14

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 00:02

Tout mon amour de Laurent Mauvignier

 (Editions de Minuit - 128 pages - septembre 2012)

 

Voici le 9e livre de Laurent Mauvignier qui s'était fait connaitre par un livre qu'il avait écrit sur la guerre d'Algérie : "Des hommes".

Tous ses livres sont publiés aux Editions de Minuit.

 

"Tout mon amour" est une pièce de théâtre jouée actuellement par la compagnie "les possédés" au théâtre de la Colline (jusqu'au 21 décembre 2012).

5 personnages. 4 avec une lettre : P - le père ; M - la mère ; F - le fils ; GP - le grand-père et 1 avec un prénom Elisa (Elisa dira au cours du texte que son nom peut se lire dans un miroir : Asile).

Un lieu : la maison du grand-père qui vient de mourir. P et M sont les seuls à être allés à l'enterrement car le fils a des examens à préparer et le frère de P vit très loin d'ici.

Alors que P et M devraient rentrer chez eux, Elisa arrive avec un coffret, boite de souvenirs et trouble l'ordre familial. M voudrait que F vienne les rejoindre, puis elle veut rentrer. GP fait son apparition car, bien que mort, il a bien des choses à reprocher à ses enfants et petit-enfants. F arrive aussi et Elisa se montre, intrigante, soeur de F? La soeur est décédée il y a dix ans, alors !!!

Tout se brouille, s'enbrouille dans le non-dit et le non-dicible. M prévient la gendarmerie qu'il y a une fille qui les ennuie. Où est l'amour? Qui est l'objet de "tout mon amour"?

 

 

Laurent Mauvignier est né en 1967 et a obtenu le Prix Livre Inter 2001 pour Apprendre à finir. Prix du roman Fnac 2006 pour Dans la foule.

Diplômé en arts plastiques en 1991, il publie son premier roman en 1999. Installé à Toulouse, il a été pensionnaire de la Villa Médicis pour un an à partir de septembre 2008.

Ce livre est étonnant, intrigant, avec ces personnages pris entre réalité et absence, revenance. Et ces dialogues de la difficulté de d'exprimer, d'accepter la réalité au regard des souvenirs. Et Elisa joue ce rôle de "trouble-fête".

Un livre de théâtre est à voir sur scène bien sûr. Alors n'hésitez pas à aller à sa découverte, si vous ne l'avez déjà fait à Toulouse ou à Paris. Et peut-être ailleurs ensuite.

Bonne découverte,

Denis

Je publie également ce livre dans le cadre du challenge rentrée littéraire 2012 chez Hérisson

 

8/14

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 20:00

 

Un dieu un animal de jérôme Ferrari (Actes Sud - 2009 - 110 pages)

 

Ce livre est court mais d'une grande efficacité littéraire. Pas de chapitres. Une succession de phrases et quelques paragraphes. Un flot continu donc pour dire l'horreur de la guerre qu'un homme a toutefois choisie en devenant mercenaire au Proche Orient.

Le narrateur s'adresse au personnage. Il lui parle en lui disant "tu". Regard extérieur qui pourrait paraître distant, mais qui va au coeur de la vie et de l'être pour mieux le comprendre, l'interroger.

"Tu" a quitté son village pour affronter la guerre dans toute son horreur. Entre deux missions, il discute avec son ami Jean-Do et sort avec lui pour se distraire dans les cafés et auprès de filles faciles.

Mais, il est tout de même nostalgique de son village natal et pense beaucoup à Magali, qu'il a aimé dans sa jeunesse. Il lui écriot, espérant ainsi la revoir.

Magali travaille à présent de plus en plus "durement" pour remporter des challenges. Sa vie professionnelle l'absorbe complètement mais elle est disposé tout de même à revoir son ami d'enfance, au village, où elle ne va plus guère.

Lui est heureux de penser à ces retrouvailles, alors que la mort l'a touché de très prêt entretemps...

On est "happé" par cette narration "efficace" où il n'y a pas de mots en trop et Jérôme Ferrari sait écrire avec beaucoup de "poésie" malgré la violence soutendue tout au long du roman.

Un exemple : "Les guerres civiles t'oubliaient dans l'asphyxie de la vie de garnison, des légionnaires te regardaient avec mépris et, dans la nuit silencieuse du poste de garde, l'adjudant Conti renonçait parfois à l'impartialité de son gouvernement car, depuis toujours, tu étais l'un des siens, il te consolait de tes rêves consumés par la canicule en te parlant des guerres anciennes et de la façon dont les hommes ont toujours su mourir, et il disait que rien n'était éternel si ce n'est la guerre et le combat que l'âme humaine est condamnée à livrer contre elle-même pour renaître de son propre feu".

Bonne lecture,

Denis

 

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 22:35

   

 

Bois sauvage de Jesmyn Ward

(Belfond - collection Littérature étrangère - août 2012)

Traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre

Titre original : Salvage the bones - 2011

Primé en 2011 du prestigieux National Book Award

 

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Ce roman se déroule sur douze jours : 10 jours qui précèdent l'arrivée de l'ouragan Katrina, le ouzième jour est celui de tous les dangers et le douzième, l'après passage de Katrina.

 

Cette photo montre l'ambiance à Bois Sauvage après le passage de l'ouragan, le 29 août 2005.

Le livre montre par petites touches la préparation de la famille Batiste à l'arrivée de la tempête, devenue un ouragan de force 3 pour finir de force 5 après avoir été baptisé entretemps Katrina.

Seul le père se sent concerné par l'arrivée de cette catastrophe quand il commence à consolider la maison pour qu'elle puisse résister aux forces du vent. Ses enfants, eux, sont pris dans leur vie de jeunes gens "insouciants".

Skeet passe son temps à s'occuper de sa chienne pitbull China et de sa portée pour laquelle il espère obtenir de l'argent, d'autant que la famille est très pauvre. Il a du mal à nourrir les chiots et leur mère.

Randall, lui, est l'aîné. Passionné de basket, il s'entraîne avec un ami, Manny, car il espère décrocher une bourse pour faire une carrière dans ce sport.

Junior est le plus jeune des garçons, né orphelin à sa naissance. En effet, la mère est morte lors de l'accouchement.

Enfin, la seule fille est Esch, la narratrice de 14 ans, amoureuse de Manny. Elle s'aperçoit qu'elle est enceinte de lui et ne veut le dire à personne. Elle garde ce secret pour elle.

Ainsi, chacun vit ses propres aventures, ici, à Bois Sauvage, lieu de pauvreté absolue où l'entraide entre voisins s'impose, notamment avec Big John.

China occupe une grande place dans ce roman, aux côtés de Katrina, dont on sent venir de jour en jour le danger. Le père se blesse en travaillant à la consolidation de la maison, ce qui aide à faire comprendre à ses enfants que la situation est dangereuse...

Et, si le roman n'est pas toujours très "passionnant", car il y a beaucoup de moments de redite où l'on sent la monotonie de la vie à Bois Sauvage, l'arrivée de Katrina et ainsi les 50 dernières pages sont d'une grande force littéraire, et rien que pour ces pages et la "poésie lugubre" qui s'en dégage, ce livre est à lire.

Esch a le langage "vrai" de cette famille. Et elle sait donner l'ambiance difficile et violente de cette vie "buisonnière".

Merci à Jérémy de Athomedia de m'avoir envoyé ce livre dans le cadre d'un partenariat avec Belfond.

 

L'auteur, Jasmin Ward, 35 ans, est née dans le Mississipi. Ce roman est son deuxième, après "Where the Line Bleeds", qui est annoncé prochainement chez Belfond.

Bonne lecture,

Denis

 

Je publie ce texte notamment dans le cadre du challenge rentrée littéraire chez Hérisson

7/7

J'ai atteint le 1%, je vais donc continuer le challenge

car je pense pouvoir lire 14 livres, soit 2% des livres publiés

entre août et octobre 2012 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:10

Sur une idée de Sophie, je participe pour la dix huitième fois à ce "jeu" qui consiste à ouvrir le livre que l'on est en train de lire page 31, d'en extraire une phrase et d'en dire quelques mots..."

logo-mardi-31.jpg

 

Cette semaine, je lis Charulata de Rabindranagh Tagore

Page 31 : "C'est très bien écrit, dit Bhupati en se grattant la tête. Mais pourquoi me le faire lire à moi? Est-ce que je comprends quelque chose à toute cette poésie?

Charulata, contrariée, arracha la revue des mains de Bhupati:

Qu'est-ce que tu comprends, alors?

- Je suis un homme pratique, je comprends les hommes.

- La littérature ne parle-t-elle pas d'eux?

- Elle en parle mal. Et faut-il chercher l'homme dans les propos inventés quand il est présent en chair et en os".

                            ---------------------------

Etonnant dialogue entre Charulata et son mari sur la littérature. Vous aurez compris que Bhupati, homme d'affaires occupé à la survie de son journal, n'a pas de temps à consacrer à la lecture et donc à la littérature. Il vit dans le concret, non dans les rêves. Charulata s'ennuie et grâce à Amal, un cousin, elle a découvert l'art d'écrire et de la littérature. Et page 31, elle fait lire à son mari un texte d'Amal. Très vite, elle va également écrire et publier dans une revue. 

Ce livre est une longue nouvelle de 100 pages de Rabindranath Tagore, très grand écrivain indien, prix Nobel de Littérature 1913.

Les cinéphiles se souviendront de ce magnifique film indien de Satyajit Ray au titre éponyme de Charulata

Un nouveau film a été réalisé récemment "Charulata 2011" mais je ne pense pas qu'il ait été commercialisé en France.

En tout état de cause, ce livre est magnifique de par son écriture limpide, ciselée et comme le dit le titre de l'affiche du film de Ray, elle est "the lonely wife". Elle est délaissée par son mari, s'ennuie et se divertit grâce à Amal et à la littérature.

Bonne lecture,

Denis

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 00:20

L'année d'hommage à Hubert Nyssen s'achève aujourdhui avec la présentation d'un roman (récit) écrit par Hubert Nyssen et publié chez Actes Sud :

 

 

Eleonore à Dresde de Hubert Nyssen (Actes Sud)

Le livre a été publié en Babel mais aussi au sein du volume de ses "Oeuvres - tome 1 - Collection Thésaurus - Actes Sud

 

Ce livre est sous-titré : récit. Alors, le lecteur pourrait se laisser porter par l'idée que le film "Dresde - un soir" joué par Eleonore Simon a réellement existé. J'avoue m'être posé la question tellement le "récit" parait vrai.

En allant sur Internet, on apprend vite que ce livre est une fiction mais on nous dit que "Hiroshima mon amour" aurait pu servir de référence. Il est vrai que l'auteur lui-même cite Hiroshima.

Février 1945 à Dresde. Une française partage un moment avec Ulrich , un soldat allemand en fuite dans la ville bombardée et détruite.

Ce film a fait la gloire d' Eleonore Simon. 20 ans plus tard, l'actrice est à Bruxelles pour tourner un téléfilm avec Jeanne, une amie. Dans une "pension de famille", elle rencontre Jean Pratt, heureux de la trouver là, lui qui, comme temps d'autre, a le souvenir du film culte de la "nouvelle vague".

Comme le week-end débute, Eleonore demande à Jean de l'emmener au bord de la mer. Il accepte et ils partent en voiture. Le film va être leur "fil conducteur", car on croirait qu'Eleonore n'a vécu que pour et par ce film. Elle révèle ainsi avoir eu deux fils prénommés tous deux Ulrich. Leur père est l'acteur du film, Peter Schneider.

Tous ses actes, toutes ses pensées semblent être encore et toujours inspirés de "Dresde - un soir". Jean est enthousiaste de passer cette journée à ses côtés. Après la mer, ils vont à Bruges, s'y ennuient et reviennent en bord de mer, où cette fois Jean pense vraiment aimer cette femme, qui joue sur la séduction.

Vont-ils s'aimer? que vont-ils faire le dimanche... Autant de questions dont le lecteur reste en attente jusqu'à la fin du livre, que je tairai bien sûr, pour garder le plaisir de la lecture.

Un livre très bien écrit, très littéraire autant que "cinémathographique" par l'ambiance qu'il dégage...

 

Hubert Nyssen restera un grand éditeur mais il ne faudra pas oublier son propre travail littéraire qui montre ses qualités exceptionnelles pour ciseler son écriture, la rendre vivante, "romantique" en quelque sorte, au moins dans ce livre.

L'hommage à Hubert Nyssen s'arrête ici. Je ferai un dernier billet récapitulatif ce soir.

Bonne lecture,

Denis

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 18:50

 

 

Printemps barbare de Hector Tobar

(Belfond - collection "littérature étrangère" - Août 2012 - 469 pages)

Titre original : The barbarian nurseries - 2011 - New York

Traduit de l'américain par Pierre Furlan

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J'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Belfond

et j'ai présenté la page 31 il y a quelques semaines sur ce blog.

J'annonçais lire ce livre lentement, ce que j'ai fait puisque j'ai mis un mois pour le lire, "goutte à goutte".

J'ose dire que ce livre a été un très grand coup de coeur. Un livre magistral. Et je ne dis pas cela parce que j'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat.

L'auteur a mis beaucoup d'application à faire avancer l'intrigue pas à pas, alternant la narration entre la vie d'Araceli et celle des Torres Thompson.

Araceli est une jeune femme d'origine mexicaine venue s'installer aux USA après avoir dû interrompre des études d'art. Sans papiers, elle travaille chez les Torres-Thompson, une riche famille californienne, installée dans les riches quartiers de la ville.

Maureen et  Scott ont eu 3 enfants : deux garçons Brandon et Keenan et Samantha, 15 mois.

Un revers de fortune oblige les Torres-Thompson à se séparer de Pépé, le jardinier et de Gadalupe, la baby-sitter. Seule reste Araceli, femme de ménage et cuisinière. Mais très vite, les tâches ménagères deviennent difficiles, surtout l'entretien du jardin devenu une "jungle". Alors, Maureen prend l'initiative de faire un jardin du désert au coût très élevé. Le résultat est "fabuleux" mais quand Scott voit la facture, il entre en grande furie et, pour la première fois de sa vie, il va frapper Maureen.

Dans la nuit, chacun va partir sans savoir que l'autre en a fait de même. Maureen prend sa fille Samantha et au matin, Araceli se retrouve seule avec les deux garçons. Elle s'organise sans trop savoir pourquoi ce départ brutal. Au 2e jour, elle décide d'emmenr les deux garçons à Los Angeles où elle a une adresse du grand-père.

La traversée de Los Angeles est l'occasion pour Brandon et Keenan de découvrir un autre pan de la ville, celui de la pauvreté, des transports en commun... dont ils étaient "protégés" dans leur riche univers feutré.

C'est là un des grands arts d'Hector Tobar que de restituer cette vie américaine et latino-américaine émigrée dans une Amérique ghettoïsée.

Maureen et Scott vont rentrer chez eux, affolés, quand ils découvrent la réalité : on a enlevé leurs fils. La police, les medias s'emparent de l'affaire. Et c'est ainsi qu'Araceli et les fils Torres-Thompson vont se voir à la télé, elle comme une kidnappeuse d'enfants et eux comme des "martyres". Aussitôt les fils appellent leurs parents, et très vite tout rentre dans l'ordre. Araceli est arrêtée.

Toute la "panoplie" américaine est mise en oeuvre : juge, substitut, avocat, sherif, inspecteur de police, journalistes, protection de l'enfance, américaine moyenne... pour monter une affaire de "racisme" anti "latinos", immigrés sans papiers. Et Araceli est une belle cible pour cette Amérique "blanche".

Là encore, l'auteur fait de splendides portraits de ces têtes bien pensantes qui vont ébranler l'Amérique et ses médias pendant plusieurs semaines... Araceli sera-t-elle condamnée, renvoyée à la frontière, alors qu'elle n'a rien fait aux enfants? Elle a voulu les protéger d'un monde sans pitié où, si elle avait appelé pour signaler la disparition des parents, les enfants auraient été mis immédiatement dans un "centre pour enfants abandonnés".

469 pages magnifiques pour raconter cette épopée américaine, avec simplicité, pertinence. Pas de phrases inutiles, pas de digressions, mais des faits, des portraits, des actions où l'on suit comme dans un film chacun des personnages, à son tour. L'auteur est fils d'immigrés guatémaltèques aux U.S.A. On comprendra alors qu'il a un penchant pour Araceli, mais il sait se montrer impartial, tout en brossant un portrait peu flatteur de cette Amérique là...

Bref, un livre à mettre entre toutes les mains pour une aventure littéraire de très grande qualité.

Merci encore à Belfond et son agent Athomedia de m'avoir offert ce bonheur littéraire.

C'est donc avec Printemps barbare" un premier livre publié en France de Hector Tobar. Un deuxième est annoncé "Tattooed Soldier" chez Belfond. A suivre donc...

 

Bonne lecture,

Denis

J'inscris ce livre dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire initiée par Hérisson :

 

 

 

5/7

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