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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 12:29

 

 

Lundi ou Mardi (Monday or tuesday) de Virginia Woolf

(Gallimard - bilbiothèque de la Pléiade - Tome 1 - Oeuvres romanesques)

Traduit de l'anglais par Michèle Rivoire (nouvelle traduction pour la Pléiade)

 

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Ce recueil ne semble pas être disponible en édition de poche mais uniquement dans des "compilations" de ses oeuvres comme la Pléiade ou des collections "romans et nouvelles".

 

Virginia Woolf écrit ses nouvelles fin des années 1910, début des années 20, séparément avant d'être réunies en volume en avril 1921.

Ce sont avant tout des "expérimentations littéraires" que nous livre là l'auteure. La peinture post-impressionniste et la musique ont notamment été à l'origine de certaines de ces nouvelles. Virginia Woolf semble ici nous donner un "work in progress".

Elle s'interroge sur le style littéraire, sur les thèmes de romans à aborder, sur le langage littéraire aussi au travers de ses "innovations" qu'elle insère dans ce recueil.

C'est l'époque de la Recherche du temps perdu de Proust, de l'Ulysse de Joyce et on sent que Virginia Woolf est inscrite dans une "recherche littéraire", avec ces exercices de style contenus dans ses 8 nouvelles, richement illustrées par sa soeur Vanessa Bell.

 

 

 

"Le cercle de la Pléiade" présente de belle manière ce recueil avec des extraits de 3 nouvelles, que je vous laisse le soin de découvrir sous ce lien :

 

 http://www.la-pleiade.fr/La-vie-de-la-Pleiade/Les-aventures-du-texte/Virginia-Woolf-Lundi-ou-mardi

 

J'ai souvent pensé à Nathalie Sarraute en lisant ce recueil par les recherches sur le langage par exemple. Virginia Woolf précurseur du "nouveau roman", je pense qu'on peut l'affirmer.

D'ailleurs, là aussi, je vous renvoie à un article passionnant ici :

 

http://www.site-magister.com/nouvrom.htm

 

Je me suis beaucoup intéressé à ce courant littéraire si bien que ce recueil ne m'a pas "choqué". Il faut simplement se laisser porter par ses images, par ses "audaces" littéraires". On sent que la "grande guerre" l'a marquée car elle y fait de furtives et fréquentes allusions. Début 1921, la traité de paix de Versailles est ratifié et elle y fait référence par deux fois. Elle parle aussi de ces femmes hantées par la mort de leur mari et de leurs exhortations pour les faire revivre mentalement. La folie n'est pas très loin non plus.

8 nouvelles dont deux qui sont des poèmes en prose : Lundi ou mardi (qui donne son nom au recueil, bien que le texte tienne sur deux pages) et "bleu et vert".

On peut difficilement résumer chaque nouvelle car leur unité tient dans leur originalité.

La première, par exemple, "une maison hantée" parle d'une maison d'où l'on sent la présence de fantômes et le passé ressurgit pour la narratrice.

Voici le début : "Quelle que fût l'heure à laquelle on se réveillait, on entendait une porte se fermer. D'une pièce à l'autre, main dans la main, ils allaient, soulevant ceci, ouvrant cela, vérifiant - un couple fantôme".

 

La 2e nouvelle plaira aux féministes, je pense, car elle met à mal les hommes qui sont depuis toujours "dominateurs" et qui notamment ont "écrasé" la littérature.

A l'origine du questionnement d'un cercle d'amies ceci : (page 833) " ... il faut dire que Poll a toujours été un peu bizarre. Son père lui-même était d'ailleurs un homme singulier. Il lui avait légué une belle fortune, mais à la condition qu'elle lise tous les livres de la London Library."

(remember : library = bibliothèque ; bookshop = librairie in english).

La pauvre Poll va "follir" avec tous ces bouquins à ingurgiter, dominés par les hommes. Et le groupe de dire "Nous, nous peuplons le monde. Eux, ils le civilisent".

Ainsi, elles deviennent "questionneuses" pour vraiment déterminer si les hommes dominent vraiment le monde... Beaucoup d'ironie dans cette nouvelle avec ces jeunes femmes "naïves" qui n'ont même pas vu arriver la guerre en 1914... Castalia a une fille et son amie lui dit (page 847) : "- Sans erreur, tu pourrais lui enseigner qu' l'intelligence d'un homme est et sera toujours, par nature, supérieure à celle d'une femme?".

Ouf, pour moi, c'est une femme écrivain qui ose l'écrire... Comme quoi, l'auteure sait tourner le monde en dérision.

 

Je ne détaillerai pas toutes les "inventions" de ce recueil, tellement il est foisonnant, déroutant, parfois ténébreux. La musique apparait avec la nouvelle "le quatuor à cordes" et la peinture avec "Bleu et vert", sans oublier la littérature en construction avec "Un roman à écrire".

 

Justement, un dernier extrait, avec le début de cette nouvelle : (page 851) "A elle seule la tristesse profonde qui se peignait sur le visage de la pauvre femme vous forçait à glisser un coup d'oeil par-dessus la page de votre journal pour le regarder - visage insignifiant à part cette expression, presque un symbole de la destinée humaine. La vie, c'est ce que l'on voit dans les yeux des autres; c'est ce qu'ils apprennent, et une fois acquis, ils ont beau essayer de la cacher, ce savoir ne les quitte jamais - savoir sur quoi? Sur la vie comme elle va, semble-t-il."

 

Rien que pour des phrases comme celle-là, on a envie d'aimer la littérature âpre et intelligente de Virginia Woolf. On a envie de lire quelques mots arrachés à son phrase, chaque soir avant de s'endormir...

 

Bonne lecture

 

Denis

 

Texte lu dans le cadre du mois anglais :

 

et aussi pour commencer le challenge Virginia Woolf de Lou

 

 

 

A suivre... le  30 juin avec la lecture commune que j'ai initiée de"Virginia Woolf" par Viviane Forrester

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 21:32

 

William Blake (1757 - 1827)

 

Le poète est né à Londres le 28 novembre 1757. A l'âge de 15 ans il entre en apprentissage chez le graveur James Basire. Sa première gravure personnelle sera en 1773, "Joseph d'Arimathie parmi les rocs d'Albion". En 1788-89, il enlumine son recueil de poèmes "Une île de la lune" et continuera avec ses autres oeuvres.

Son activité de graveur se développe en parallèle avec son oeuvre poétique.

Je vous propose un poème d'un de ses premiers recueils "Esquisses poétiques" (1769-1778)

  

  

  

To spring / Au printemps

O THOU with dewy locks, who lookest down

Through the clear windows of the morning, turn

Thine angel eyes upon our western isle,

Which in full choir hails thy approach, O Spring!

 

The hills tell one another, and the listening

Valleys hear; all our longing eyes are turn'd

Up to thy bright pavilions: issue forth

And let thy holy feet visit our clime. 

 

Come o'er the eastern hills, and let our winds

Kiss thy perfumed garments; let us taste

Thy morn and evening breath; scatter thy pearls

Upon our lovesick land that mourns for thee.

 

O deck her forth with thy fair fingers; pour

Thy soft kisses on her bosom; and put

Thy golden crown upon her languish'd head,

Whose modest tresses are bound up for thee! 

 

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Toi qui, là-haut, les boucles emperlées, regardes

Par les claires fenêtres de l'aurore, tourne

Tes yeux d'ange devers notre île occidentale

Qui acclame à pleins choeurs ton approche, ô Printemps !

 

Les monts se le confient , les vallées attentives

L'entendent; nos yeux  avides sont tous levés

Vers tes pavillons rutilants : surgis, avance,

Et qu'ils visitent nos séjours, tes pieds sacrés.

 

Viens t'en par-dessus les monts d'est; que nos zéphyrs

Baisent ta vêture embaumée; que nous goûtions

Ton souffle du matin, du soir; sème tes perles

Sur notre terre en mal d'amour, en deuil de toi.

 

Oh pare-la de tes doigts clairs; sur sa poitrine

Fais pleuvoir tes baisers pleins de douceur; et pose

Ta couronne dorée sur sa tête alanguie

Ceinte de pudiques tresses pour ta venue! 

                                (Traduit par Pierre Leyris)

                          ---------------------------

 

Article publié dans le cadre du mois anglais

 

Denis

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 09:47

 

 

La maison du sommeil de Jonathan Coe (Folio - 464 pages)

Traduit de l'anglais par Jean Pavans

Titre original : The house of sleep (1997)

Prix Medicis étranger 1998

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Sans jeu de mots (ou de maux), vous n'aurez pas sommeil en lisant ce roman.

L'intrigue est "époustouflante".

L'auteur nous prévient d'entrée de jeu : "Les chapitres impairs de ce roman se déroulent pour l'essentiel dans les années 1983-1984. Les chapitres pairs se déroulent pendant la deuxième quinzaine de juin 1996".

Et pour encore mieux structurer sa narration, Jonathan Coe a écrit 18 chapitres (donc 9 par période) en 6 parties qui reprennent les étapes du sommeil : Etat de veille, Stade I, Stade II, Stade III, Stade IV, Sommeil paradoxal. Le tout complété de 3 appendices.

 

Le héros principal est "la maison d'Ashdown". En 1983-1984, c'est la "maison de l'étudiant" et en 1996, c'est la "maison du sommeil" gérée par le troublant docteur Dudden.

Douze ans entre les deux époques, et que de changements. Les étudiants sont devenus des professionnels, chacun dans sa branche, mais cette maison semble les attirer comme des guêpes autour d'un pot de miel. Car ils veulent y revenir.

A commencer par le Docteur Dudden, qui n'est autre que le Gregory des années "étudiantes". Fasciné par le sommeil et plus encore par les troubles du sommeil (narcolepsie) de sa petite amie Sarah, quoi de plus naturel que de devenir le grand chercheur dans cette discipline et de reprendre cette maison devenue vide pour en faire un laboratoire expérimental et un lieu de séjour pour une vingtaine de patients.

 

Le présent et le passé se répondent donc de chapitre en chapitre : des fins de phrases par exemple en point de suspension et qui deviennent des débuts du chapitre suivant :

Fin du chapitre 3 (impair, donc années 83-84, vous me suivez !!!) : et qu'il ne s'était pas aperçu... début du chaptire 4 (pair, donc... et début de la 2e partie Stade I) ... pas aperçu qu'il y avait quelque chose de bizarre

 

Alors, dans cette maison du sommeil, on voit arriver Terry qui était passionné de cinéma 12 ans auparavant et qui vient ici suite à une "performance" qui a intéressé le Dr Dudden. En effet, Terry Worth a regardé en continu, sans dormir, plus d'une centaine de films en 10 jours. Et c'est donc ce temps de présence à Ashdown qui délimite l'action de juin 1996.

Dans la maison d'aujourd'hui, il y a l'étrange Dr Cleo Madison, psychologue, dont les relations avec le Dr Dudden sont très tendues.

Sinon, l'histoire centrale de la période 1983-1984, reste la relation entre Sarah et Robert. Un amour impossible entre eux, dont Robert a souffert corps et âme. Sarah a aimé Gregory avant de tomber dans les bras de Veronica, une étudiante, elle aussi. Un amour entre femmes qui a meurtri Robert.

Les livres ont une part importante aussi. "La pesanteur et la grâce" de Simone Weil est le livre de chevet de Robert. Et "la maison du sommeil", un roman des années 30 est le livre fétiche de Sarah et Veronica, lu et abandonné au céfé Valladon.

Ne négligeons pas le cinéma non plus car Terry a passé de longs moments à s'intéresser à un film perdu de Salvatore Ortese. Et sa cinéphilie n'est pas comprise de tous, dont un acteur et un producteurs qui n'ont aucune culture cinématographique et avec qui il s'interdit de travailler (cette scène est "hilarante" au possible). Car il y a de l'humour aussi dans ce livre.

 

Sarah, Robert, Gregroy, Terry, Veronica  sans oublier la petite Ruby devenue adulte en 1996... Voici les principaux protagonistes qui vont se retrouver d'une manière ou d'une autre dans ce chassé-croisé des chapitres impairs et pairs dans un suspens à couper au couteau, qui tient en haleine, comme un thriller, du début à la fin.

C'était le premier roman que je lisais de Jonathan Coe :

 

auteur né en 1961, passionné par le cinéma (cela se ressent dans ce roman) puisqu'il a écrit sur Humphrey Bogard et James Stewart.

 

Je continuerai à le lire et bravo pour ce roman tenu de main de maître où rien n'est laissé au hasard, le moindre indice servant à un moment ou à un autre à l'avancée de l'intrigue.

 

J'ai lu ce livre dans le cadre du mois anglais avec une lecture commune ce 8 juin autour de Jonathan Coe

 

 

 

 

et je dédie aussi cette magnifique et passionnante lecture à Laure de "ma danse du monde" qui m'a offert ce livre lors du swap de printemps d'asphodèle et qui plus est entre dans son challenge "à tous prix"

 

 

Bonne lecture et allez voir les autres livres de Jonathan Coe lus ce jour notamment via la page facebook du mois anglais

https://www.facebook.com/groups/295105743832863/

Denis

 

PS : wikipedia vous explique ce qu'est la narcolepsie dont souffre Sarah

et un article canadien parle des étapes du sommeil, celles que Terry va réussir à atteindre, l'une après l'autre (au rythmes des parties du sommeil) lors de son séjour de juin 1996, car ne l'oublions pas le sommeil est au coeur du roman, c'est le "liant" en quelque sorte...

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 05:00

 

Plus jamais d'invités ! de Vita Sackville-West (Autrement - 164 pages)

Traduit de l'anglais par Micha Venaille

Titre original : Easter Party (1953)

 

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Vita Sackville-West (1892-1962) fut amoureusement liée à Violet Trefusis et amie intime de Virginia Woolf. Elle a publié de nombreux romans, essais, poèmes, nouvelles, biographies... Son roman le plus célèbre reste "Au temps du roi Edouard".

Autrement a entrepris de publier ses romans et inscrit ceux-ci dans une série "Autour du groupe Bloomsbury (voir l'article très détaillé sur Wikipédia).

Une belle thématique d'ailleurs pour des lectures passionnantes avec Violet Trefusis, Virginia Woolf, Vita Sackville-West, E.M. Forster, Mary Mc Carthy...

L'histoire est très simple : Rose dit à son mari, Walter, qu'elle a décidé d'avoir des invités pour Pâques, si bien sûr, son mari est d'accord. Il accepte et Rose part en avance dans leur propriété d'Anstey pour s'assurer que tout est en place.

Ainsi, le vendredi soir, arrive Lucy, la soeur de Rose, accompagnée de son mari Dick et deleur fils Robin qui revient d'un long séjour à l'étranger. Arrive également Gilbert, médecin, le frère de Walter. Et enfin, ne faisant pas l'unanimité par son excentricité et son côté très "glamour", Lady Juliet Quarles, que l'on pourrait soupçonner d'être la maîtresse de Walter.

Et puis, il ne faut pas oublier le chien Svend que Walter est heureux de retrouver et qui se révèle être son "meilleur ami".

Rose s'est mariée par convenance. Walter a annoncé avant le mariage qu'il ne serait ps consommé, qu'il était encore moins question d'avoir un enfant. Rose a accepté ces contraintes et se rend compte qu'elle a toujours aimé "secrètement" son mari rêvant qu'il viendrait la rejoindre dans sa chambre...

Le roman est divisé en 12 chapitres qui scindent le temps entre vendredi soir et mardi matin.

Beaucoup de dialogues au cours de ces journées, souvent "intéressées". Par exemple, Lady Juliet espère que Walter pourra aider son fils Charles qui a de gros soucis.

Et puis, les deux soeurs se rendent comptent qu'elles se sont éloignées l'une de l'autre et que leur vie actuelle n'a plus rien de commun, notamment leur différence de "classe sociale" est criante.

Et alors vers le milieu du roman, on a tendance à s'assoupir avec ces dialogues pas toujours très "aimables", l'intrigue rebondit autour du chien de Walter puis la dernière nuit qui va s'avérer très mouvementée... Mais suspens... je n'en dirai pas plus.

Livre "bavard" par moment, mais où l'humor n'est pas non plus absent.

En conclusion, c'est un livre agréable à lire, avec ces personnages qui profitent de ce mlong week-end pour mieux se connaître et aussi "se chercher". Un long moment de retour sur soi aussi. A recommander pour découvrir cette époque et cette auteure qui a tant compté pour Virginia Woolf.

Deux exemples de dialogues très "décalés" pour terminer et savourer l'ironie notammant :

Page 60, début du chapitre cinq (samedi soir) :

" Walter!

- Juliet... vous m'avez fait peur. Vous vouliez me voir?

- Je ne devrais pas vous poursuivre jusque chez vous, Rose me tuerait si elle le savait ! Elle vous protège si bien... une femme parfaite... Vous travaillez?

- Oui." Il recapuchonna son stylo. "Puisque vous êtes là, entrez donc. Vous pouvez être fière, Svend n'a pas grondé quand vous avez ouvert la porte. Asseyez-vous. Vous voulez peut-être boire un verre? Désolé, il n'y a rien ici mais je vais sonner Summers...

Page 86, début du chapitre juit (dimanche matin) :

"Dick, il est presque dix heures, Rose n'a donné aucune précision pour l'office. On a laissé passer le premier, j'espère qu'il nous sera au moins possible d'assister au suivant !

- Tu lui as demandé?

- Je n'y tenais pas. Je pensais que, lorsque j'arriverais au petit déjeuner avec mon livre de prières et mon sac - mon beau sac tout neuf, que tu viens de m'offrir, mon généreux Dick-, elle comprendrait. Mais ça n'a pas marché.

- On a eu des oeufs tout rosés au petit déjeuner", remarque Robin. "Mais à l'intérieur c'était des oeufs à la coque tout à fait ordinaires".

 

Livre lu dans le cadre d'une lecture commune autour de l'oeuvre de Vita Sackville-West organisée pour le mois anglais

 

 

Bonne lecture

Denis

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 20:12

 

Dans le cadre des lundis philo de Heide

LundisPhilo.jpg

 

voici ma 16e contribution avec

 

Voyages de Montesquieu

(Charles-Louis de Secondat Baron de la Brède et de Montesquieu)

Editions Arlea - 520 pages

pour la thématique mensuelle, celle de juin 2013 étant

 "Au bout du monde" (voyages ou philosophie du bout du monde)

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Certes, on ne peut pas dire que voyager en Italie, en Allemagne et en Hollande est loin d'être un voyage au bout du monde. Mais faire ces périples à la fin des années 1728, c'était tout de même une grande aventure.

Exemple l'incipit page 9 : "Le 12 août 1728, nous partîmes de Gratz. J'étais avec M. Le chavalier Jacob, avec lequel j'arrivai à Venise le 16 de même mois. Notre voyage fut si précipité (comme on le voit) qu'il n'y eut pas le moyen de faire bien des observations en chemin..."

6h48 par autoroute aujourd'hui pour 557 kms (via michelin), c'est dire la lenteur des voyages et Montesquieu a fait alors un très long séjour...

La préface à ces récits de voyages publiés pour la première fois en 1894, bien longtemps après la mort du philosophe - écrivain - penseur, précise que Montesquieu (1689-1755) a pris ces notes au cours des trois années pendant lesquelles il a parcouru l'Europe.

Très observateur, déjà célèbre avec ses "Lettres persanes" (1721), académicien (1728), l'auteur est couru par les plus grands et il s'attarde longuement sur Venise et Rome.

Il a son franc-parler par exemple page 28 à Venise : "Jamais on n'a vu tant de dévôts, et si peu de dévotion qu'en Italie. Il faut pourtant avouer que les Vénitiens et les Vénitiennes sont d'une dévotion à charmer : un homme a beau entretenir une P..., il ne manquera pas sa messe pou toutes sortes de choses du monde ; et ne croyez pas que les courtisanes aillent gâter leurs affaires dans les églises".

N'oublions pas que le siècle des Lumières et des Libertins est déjà en marche.

Sans faire de la philosophie à tous les coins de rue, il est très observateur, curieux de tout et de la culture bien sûr.

Exemple page 193 à Rome : "Il est étonnant que les français, qui sont si inconstants, aient gardé leur musique ;  qu'ils aiment encore les anciens airs, les opéras de Lulli. Les Italiens veulent toujours de nouvelle musique : leurs opéras sont toujours nouveaux? Serait-ce que leur musique est plus susceptible de donner du nouveau?"

Savoureuses phrases, n'est-ce pas!!!

Page 347 au Tyrol , Bavière et Wurtemberg : "Il est facile, en parcourant ces pays, de se convaincre que ce sont les fleuves qui ont fait les chemins ou, au moins, ont aidé les hommes à les faire. Dans tout le pays qui j'ai parcouru, le chemin suit toujours le fleuve et la croupe des montagnes qui sépare les fleuves. C'est ainsi que la Nature aide à l'art".

On comprend Sainte-Beuve qui écrivait "j'aimerais mieux un "Journal de Voyage" complet, contenant les observations directes de Montesquieu, que tout l'Esprit des Lois". Sainte-Beuve étant mort en 1869, cela veut dire que le Journal de Montesquieu était connu avant sa publication intégrale en 1894.

J'ai commencé ce "Journal de Voyage" il y a plus de deux ans et il me reste 120 pages pour le terminer car je prends plaisir à lire quelques pages de temps en temps.

Montaigne a aussi voyagé, sans oublier Voltaire comme quoi la philosophie aime réfléchir au fil des routes, des fleuves et des villes, de la nature, de l'art...

Bonne lecture et bon voyage en excellente compagnie...

Denis

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 18:25

 

Expiation de Ian McEwan (Folio - 488 pages)

traduit de l'anglais par Guillemette Belleteste

Titre original : Atonement (2001)

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J'ai lu ce roman à deux titres : participation au mois anglais qui débute aujourd'hui

 

et la lecture commune du blogoclub

(pour moi c'est l'occasion du retour au club après une infidélité d'environ deux ans)

 

 

blogoclub

 

 

C'est toujours un plaisir pour moi de lire Ian McEwan, l'un de mes auteurs anglais favoris.

J'ai déjà lu et présenté sur le blog Samedi , Sur la plage de Chesil et Les chiens noirs.

Ce roman "Expiation" a fait l'objet d'un film que je n'ai hélas pas vu :

 

Reviens-moi

 

Définition de "atonement" en anglais : satisfaction, reparation, or expiation given for an injury or wrong.

D'où le titre en français.

Quant au titre du film, il reprend la phrase de Cecilia à la fin de ses lettres à Robbie Turner : "Je t'attendrai. Reviens."

Que raconte ce roman?

Briony Tally, jeune fille de 13 ans, éprise de littérature et d'écriture, a écrit une pièce de théâtre qu'elle fait lire à sa mère, malade, Emily, en honneur de son frère Leon qui doit bientôt rentrer après une longue absence. Elle a prévu de faire jouer la pièce "Tribulations d'Anabella" par ses cousins qui viennent également pour les vacances.

Mais, très vite, elle comprend qu'ils ne seront pas à la hauteur de ses ambitions. Ses cousins n'ont qu'une envie, aller plonger dans la piscine car il fait très chaud. C'est la canicule ici, tellement rare en Angleterre.

Cecilia, la soeur ainée de Briony, s'ennuie et elle lit "Clarissa" pour se distraire. Heureusement que la réunion de famille apporte un peu de distraction et de joie. Robbie Turner, le fils de la femme de ménage de Tally sera là aussi. Il envisage à présent de suivre des cours de médecine. Mr Tally a décidé de l'aider dans ses études et il est à présent comme le fils de la famille.

Briony qui a besoin de se distraire regarde par la fenêtre et elle voit de loin Robbie en compagnie de Cecilia. Elle ne comprend pas tout mais elle voit sa soeur à moitié dévêtue plonger pour ramasser des pièces d'un vase de très grande valeur. décidément, les adultes ont de drôles de moeurs. Robbie se raconte ensuite cet épisode où il a pu deviner le corps de Cecilia et se rendre compte alors qu'il aime ce corps qu'il connait depuis sa plus endre enfance.

Robbie a écrit une lettre à Cecilia et la fait porter par Briony. Cependant, il y avait deux versions dont une très vulgaire et très érotique, et c'est cette dernière qu'il a fiat passer. Alors, juste avant le repas Robbie et Cecilia vont ensemble dans la bibliothèque, mais Robbie est tot de suite rassurer, Cecilia lui montre tout son amour et ils s'embrassent, s'enlacent mais Briony les voit, ce qui les indisposent pendant le repas.

Mais le drame va surgir plus tard lorsque les jumeaux vont disparaitre. Tout le monde cherhce les enfants et là encore Brioni, l'enfant de 13 ans, qui continue à ne pas tout comprendre des adultes car pour elle les "corps à corps" sont des combats, non de l'amour, elle voit Lola avec un homme et pense à un viol. Mais le coupable qu'elle dénonce n'est pas forcément le vrai coupable. Ceci conduit Robbie en prison...

La deuxième partie du roman se passe pendant la débâcle de mai 1940. Robbie est militaire, car il  a été libéré, et l vit la triste retraite des armées devant l'avancée des allemands. Il convient de se replier vers Dunkerque avant d'embarquer vers l'Angleterre. Là, le roman est très réaliste, très documenté comme le rappelle l'auteur en fin de roman, dans ses remerciements. Scènes de désolation souvent dures pour lui et ses deux compagnons, Nettle et Mace. Des passages très forts en émotion, qui montent bien l'ambiance de l'époque et l'instinct de survie qui permet de s'en sortir.

La troisième partie nous montre Briony juste avant le Blitz, qui sera le bombardement intensif de l'Angleterre par l'aviation allemande. Briony a grandi, a compris son "crime" de 1935, mais que faire. C'est là que le terme d'expiation prend tout son sens. Elle est stagiaire infirmière et vit d'atroces moments, là aussi, très documentés et véristes de Ian McEwan. Comme Briony on est choqué des détresses de ces jeunes militaires qui pour beaucoup deviennent des scènes de mort annoncée. Et elle écrit à sa soeur car elle voudrait dire la vérité enfin. C'est tard, trop tard??? Ne dévoilons pas tout car l'art du romancier est de brouiller les pistes...

Ce roman est superbement écrit, avec des narrations croisées dans la première partie (mais toujours raconté par un narrateur) où l'on voit aussi les scènes à partir des bruits que repère Emily. C'est là un très beau passage parmi tant d'autres.

Ian McEwan a pris le pari de l'action romanesque "classique" pour un sujet qui n'est pas banal avec en plus le côté historique de 1940 si bien rendu. Ceci fait un roman de 500 pages qui se lit avec "passion" nous demandant souvent qui dit la vérité.

N'oublions pas la fin qui se passe en 1999... avec Bliony...

J'espère n'en avoir pas trop dit pour le suspens du roman mais ce livre est tellement riche qu'il faut aussi parler de toutes les étapes de cette fiction.

Troisième lecture de l'auteur, et troisième coup de coeur... Un auteur anglais de tout premier ordre à lire et relire.

 

Bonne lecture,

 

Denis

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 05:00

 

La mort dans les nuages d'Agatha Christie (Le Masques - les intégrales - tome 4)

Traduit de l'anglais par Alexis Champon

 

Je lis ce livre pour deux "challenges" :

 

Un mot des titres

 

Pour le 1er juin, il faut le mot mort dans le titre

 

et voici ma remière contribution au mois anglais du mois de juin

 

 

le mois anglais juin 2013

 

Et vous saurez tout sur la page facebook du mois anglais

https://www.facebook.com/groups/295105743832863/

 

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Il aura fallu que j'attende d'avoir vécu plus de 20 500 et quelques jours pour enfin découvrir l'éminent Hercule Poirot dans ses enquêtes.

Je n'étais pas fan de romans policiers d'où mon ignorance de cette littérature jusqu'à il y a 3 ou 4 ans. Depuis, j'essaie de me rattraper.

Et là, ce mois anglais m'a incité à vraiment découvrir Agatha Christie, et comme aperto-libro proposait de lire un livre dont le titre contiendrait le mot "mort", il était naturel que je lise ce livre de 1935 : "la mort dans les nuages".

Le titre est très éloquent : le vol Paris - Londres (ou plutôt Le Bourget - Croydon) et pendant que le "Prométhée" se dirige vers l'Angleterre, Mme Marie Morisot, dite Mme Gisèle est retrouvée morte par le stewart.

11 passagers, dont Hercule Poirot sont installés dans cette partie de l'avion. L'assassin est donc parmi ces voyageurs. Dès l'atterrissage, la police anglaise conduite par l'inspecteur Japp, mène 'enquête. Naturellement, le "petit belge" est immédiatement innocenté et autorisé à mener l'enquête pour la partie française en compagnie de M. Fournier, de la sûreté française, puisque la victime est de cette nationalité.

Alors, qui est cette Mme Gisèle? au pseudonyme qui pourrait faire penser qu'elle n'est pas ce qu'elle est véritablement : non, ce n'est pas une P... respectueuse, mais une usurière, qui est réputée pour prêter à des gens très riches, dont des anglais, d'où sans doute ce voyage à Londres !!!

Chaque suspect est interrogé et bien sûr chacun se déclare innocent.

Plusieurs pistes sont analysées : la sarbacane et le poison venus des "tropiques". Qui a pu se les procurer? Les explorateurs, les Dupont père et fils, sont les premiers suspects "de droit". Le Dr Bryant aurait aussi pu se procurer du poison...

Ensuite, qui a pu demander de l'argent à l'honorable française? Lady Horbury, sans doute, en froid avec son mari et très dépensière, voire Venetia Kerr une de ses amies ou James Ryder.

Et les autres? Ne semblent pas avoir eu de raisons de tuer Mme Gisèle, cependant Hercule Poirot préfère considérer que tous sont des criminels potentiels.

L'écrivain Daniel Clancy aurait pu vouloir tester une idée de roman, d'ailleurs il déclare utiliser ce meurtre pour son prochain roman.

Norman Gale, dentiste, perd sa patientèle car on ne veut pas aller chez un suspect. Il se console de cette situation en devenant amoureux e Jane Grey, la jeune coiffeuse qui a bénéficié d'un voyage dans le sud de la France et qui est rentrée également par ce vol meurtrier.

L'enquête est menée avec finesse par Hercule Poirot car il a le secret de trouver les détails que les autres ne voient pas. Il sait tendre des pièges pour resserrer son ou sa coupable vers le dénouement final.

Cette première rencontre avec Hercule Poirot ne sera pas la dernière car j'aime beaucoup ce personnage très perspicace.

 

Bonne lecture et bon mois anglais pour celles et ceux qui y participent,

Denis

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 05:30

 

 

 

Simonetta Greggio - Les mains nues (Stock - 170 pages - février 2009)

 

Le bandeau de l'éditeur précise "la diable au corps" (référence explicite à Ryamond Radiguet et son "diable au corps". Et l'on peut ajouter que ce n'est pas faux.

 

Emma(nuelle) Adriansen, 47 ans,  est vétérinaire et vit seule. Passionnée par son métier, elle y consacre la majeure partie de son temps. Et soudain Gio(vanni), un jeune adolescent de 14 ans, qu'elle n'a pas vu depuis 10 ans, arrive chez elle.

Il est le fils de ses amis Raphaël et Micol et elle a toujours aimé s'occuper de lui à l'époque. Quant à lui, il lui avait dit l'aimer et vivre avec elle plus tard. Alors, son arrivée pourrait être la concrétisation de cette "promesse" d'un enfant de 3 ans !!!

Toujours est-il que le passé ressurgit et Emma ne peut s'empêcher de penser à l'amour fou qu'elle a eu pour Raphaël, même quand Micol est arrivée dans la vie de son "amant". Et ils avaient une vie assez débridée, proche du ménage à trois... 

Et puis, il y a 10 ans leurs chemins se sont séparés.

Le présent rattrape le passé. Gio a fugué et Emma veut absolument qu'il appelle ses parents pour dire où il est. Il vient perturber tout de même la vie solitaire d'Emma, qui aimait tant les petits-déjeuners tranquilles par exemple. Sans que l'on ait la connaissance exacte des relations qui ont pu s'installer entre Emma et Gio, on sait qu'elle aime regarder le corps de l'adolescent. Et il aime être près d'elle, de son corps... Des regards, des mots, des gestes. Et tout est dit avec pudeur, au point de laisser le doute dans l'esprit du lecteur quant à leur histoire...

Beaucoup de non-dit dans ce roman écrit avec sobriété par Simonetta Greggio, et dans lequel le passé et le présent interagissent. Emma pense aussi beaucoup au "Patron", Thomas d'Aurevilly (comme l'écrivain), chez qui elle a effectué ses stages de fin d'études de vétérinaires. Une réelle amitié les a unis avec une grande complicité et Thomas est toujours là dans les moments difficiles, et Emma en aura inévitablement avec cette histoire autour de Gio... Ne révélons pas tout de cette histoire, car il ya du suspens.

   

 

L'auteure, italienne, installée en France depuis 1981, écrit en français. Un français très pur, très clair et de belle facture, pour des moments souvent difficiles.

Quelques exemples :

Page 82 : "Le jour suivant papa m'avait appele pour me dire que maman avait glissé. Elle s'était blessée à la tête. Il m'avait avoué qu'elle avait déjà eu des évanouissements ces derniers mois".

Page 117 : "Ceux qui nous ont fait du mal conservent sur nous un pouvoir démesuré. Est-ce que c'est parce qu'on a souffert à cause d'eux qu'on les aime plus qu'on ne le voudrait? Où profitent-ils, justement, de ce qu'on les aime trop pour nous blesser?".

 

Les allers-retours entre présent et passé ralentissent le déroulement du présent et sont parfois "lassants". Toutefois, le récit reste "passionnant" malgré la gravité du sujet traité avec délicatesse, comme je le disais. Sans être un coup de coeur, je recommande la lecture de ce roman.

J'inscris ce livre dans le challenge "littérature francophone d'ailleurs"

 

 

Et j'ai également lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec Laure, Lilou soleil et l'Or

 

Bonne lecture,

Denis

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:12
 
 
 
Chansons populaires de l'ère Showa de MURAKAMI Ryû
(Editions Philippe Picquier - 198 pages - Août 2011)
Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel
Edition originale : Showa kaiyô daizenshuû (1994)
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Livre lu dans le cadre du challenge Ecrivains japonais 2013 proposé par Adalana sur son blog :
  
Pour ce 5e rendez-vous  en mai, l'auteur proposé est MURAKAMI Ryû.
L'auteur, né le 19 février 1952, est sans concessions dans ses romans. Il parle de violence, de sexe, de drogue... sans épargner ses lecteurs. On pourrait parler de langage "vrai".
Et ce roman rentre indubitablement dans ces récits que MURAKAMI Ryû souhaite mettre à notre "appréciation".
Ce roman est déjà ancien, puisque publié en 1994 au Japon et seulement traduit en France en 2011.
 
Je n'aime pas trop citer les 4e de couverture, mais cette fois-ci, je m'y soumets pour la dernière partie qui résume bien l'ambiance du roman : "Murakami a écrit une fable très noire, en forme d'un karaoké littéraire, jouant avec les références aux mangas, à la culture urbaine et aux chansons japonaises de la seconde moitié du XXe siècle. Un regard d'une lucidité effarante sur une société où seule l'intrusion de la violence donnerait sens à un monde voué à la solitude".
 
Tout est dit ici, pourrions-nous dire? Alors, il fait s'attacher à son fauteuil pour lire ce livre.
6 jeunes hommes se réunissent autour du karaoké, une de leurs passions et la chanson populaire les accompagne dans leurs soirées délirantes.
 
Un soir, l'un d'eux, Sugioka est particulièrement excité et à des pulsions sexuelles intenses qui le conduisent à suivre une femme dans la rue. Il s'approche d'elle mais il ne cherche pas à la violer, il lui plante un couteau dans la gorge, la laissant morte, là, dans la rue. Cette femme, c'est Yanagimoto Midori et son corps a été découvert par Henmi Midori, une amie.
 
Midori, même prénom pour cette amie, car en effet, elles faisaient toutes les deux partie d'une association de 6 femmes "les Midori".
 
Des femmes bien seules qui se rencontrent régulièrement.
 
Page 30 : "Les Midori n'étaient pas en manque de mecs, elles divorçaient, se remariaient, elles ne s'étaient jamais senties abandonnées. Elles n'étaient pas du genre à dépendre de qui que ce soit. Toutes les cinq vivaient très ordinairement, et sans doute parce qu'elles ne savaient pas se montrer affables ou réconfortantes, elles n'avaient pas beaucoup d'amis, et maintenant qu'elles avaient passé la trentaine, elles ne parvenaient à se faire que des amies qui leur ressemblaient".
 
Ces braves dames sans histoire souffrent de cette mort atroce et elles décident de se venger. L'assassin a laissé un indice : un badge gagné à un jeu et les rares vainqueurs notent leur nom. Ainsi, elles retrouvent Sugioki et décident de le tuer. C'est Iwata Midori qui s'attèle à cette tâche ingrate. A bord d'un scotter, elle s'approche du jeune homme et lui tranche également la gorge et s'enfuit. Une étudiante au visage déformé a vu l'assassinat et va en parler aux jeunes gens venus sur les lieux du crime.
 
On comprend alors que les deux clans vont tout faire pour s'exterminer les uns après les autres. Mais pour accélérer le mouvement et essayer d'en tuer plusieurs en même temps, il va falloir des armes plus sophistiquées...
 
Vous aurez compris que ce livre est souvent très difficile à lire, tant la tension est importante. Alors, bien sûr, ilf aut le lire au "second degré" et prendre de la hauteur par rapport aux excès de ces deux clans qui deviennent assoiffés de vengeance, de haine et de violence. Ils laissent tout de même souvent passer du temps entre deux "tueries".
 
Ce qui fait que le livre se lit tout de même avec envie de continuer, c'est que le style est excellent. On sent que l'auteur a travaillé son sujet et sans être un "thriller", le roman montre un suspens évident. Et c'est très bien écrit surtout. La littérature n'est pas toujous faite pour "séduire". Elle doit aussi savoir nous dire les travers de l'être humain, avec la même violence que celle qui est la sienne. C'est bien là un livre sans concessions. Ames sensibles, s'abstenir, oui, mais pas trop... car il ne faut pas non plus vivre en autruche sur sa planête bien "policée" quand la vie autour de soi est "chaotique". C'est pour moi, la grande leçon donnée par MURAKAMI Ruy, dans ce livre et dans son oeuvre plus généralement.
 
Merci à Adalana de nous offrir ces occasions d'approfondir nos connaissances de la littérature japonaise. Elle fera un récapitulatif des livres lus de cet auteur fin mai.
 
Et en juin, c'est le prix Nobel OE Kenzobue qui sera à l'honneur, un immense écrivain japonais, à lire impérativement.
 
Bonne lecture,
Denis
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 19:30

Dans le cadre des lundis philo de Heide

LundisPhilo.jpg

 

voici ma 14e contribution dans le cadre de la thématique du premier lundi du mois "Littérature et philosophie" :

 

Le monde de Sophie de Jostein Gaarder (Points - Seuil - 624 pages)

Traduit du norvégien par Hélène Hervieu et Martine Laffon

Edition originale "Sofies Verden" - 1991

 

 

Heide avait proposé une lecture commune de "Martin et Hannah" de Catherine Clément. Mais je n'ai pas pu me procurer le livre à la bibliothèque et sur cette thématique j'ai choisi un livre très connu "Le Monde de Sophie" et qui répond bien au thème "littérature et philosophie".

Pour Hannah Arendt et Martin Heidegger, j'ai présenté récemment un livre qui leur a été consacré par Elzbieta Ettinger.

 

"Le monde de Sophie" est sous-titré "Roman sur l'histoire de la philosophie".

Il faut tout d'abord préciser que l'auteur, Jostein Gaarder, né en 1952 à Oslo, a enseigné la philosophie avant de devenir écrivain.

 

 

Et c'est bien de philosophie dont il est question dans ce roman.

Sophie, jeune fille de 15 ans, rentre de l'école et voit dans la boite aux lettres une enveloppe qui y a été déposée et elle voit que ce n'est pas par le facteur. Qui a pu lui écrire? et quand elle ouvre l'enveloppe, il y a un papier avec ces mots : "Qui es-tu?"

Une deuxième enveloppe arrivée tout aussi mystérieusement avec à l'intérieur un papier sur lequel elle lit : "D'où vient le monde"?

Qui peut bien lui écrire ainsi? Et les lettres se suivent, deux par jour et à présent il y a des cours de philosophie qui lui sont adressés par un certain Alberto Knox.

Sophie se prend au jeu et lit attentivement cette longue histoire de l'a philosophie qui débute avec les mythes et les philosophes grecs et qui se poursuit de jours en jours jusqu'au Moyen Age, et là changement de méthode. Alberto n'envoie plus les cours mais les lui dit, dans une église, alors qu'il apparait tel un moine caché.

Entretemps, le philosophe lui fait passer des lettres adressées à Hilde, qui serait presque son double car elle a son âge et a un père en mission au Liban.

Ce livre est une excellente initiation à la philosophie pour le lecteur autant que pour Sophie, car on y parcourt tous les courants, toutes les grandes questions philosophiques des origines à nos jours.

Il y a un index des noms de philosophes ainsi que des principaux thèmes abordés en fin de volume, ce qui montre à quel point l'auteur a voulu faire un roman de philosophie. Et de fait, c'est très pointu et en même temps très pédagogique. Tous les professeurs de philosophie devraient faire lire ce livre aux élèves qui vont passer leur bac philo.

Et puis il y a cette énigme du philosophe et de cette Hilde et de son père qui se développe en filigrane et qui donne la "respiration" du livre.

En conclusion, c'est un excellent roman, intelligent et passionnant.

Bonne lecture,

Denis

 

Et n'hésitez pas à venir nous rejoindre dans les thématiques ou lectures communes. Tout est expliqué sur le site de Heide (à fleur de mots).

Le mois prochain c'est "Au bout du monde".

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