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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:08

 

Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley (Pocket - 284 pages)

Traduit de l'anglais par Jules Castier

Titre original : Brave New World (1932) 

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Sans vouloir faire un mauvais jeu de mot, ce livre n'aura pas été "le meilleur des livres lus".

Le début m'a surpris, mais l'anticipation c'est sans doute cela, de nous emmener dans un monde plus que jamais fictif mais prémonitoire.

Alors on se laisse conduire  et on nous introduit dans le "Centre d'Incubation et de Conditionnement de Londres-Central". On est tout de suite introduit dans la Salle de Fécondation et on se met dans la peau des étudiants auxquels on explique à quoi ressemble la société nouvelle, dont la devise est "Communauté, Identité, Stabilité".

On voit alos tous ces bébés qui se ressemblent. Mais attention, on les classe entre les Alphas, très intelligents ; les betas , un peu moins lumineux pour aller vers les "robots" qui ne doivent pas être intelligents, surtout pas, car ils travailleront sans relâche le plus tôt possible et ce sont alors les Epsilon. Tout cela sous la haute autorité de Saint Ford (le brave Monsieur Ford, l'inventeur de la Ford T), car on compte à présent en NF (Notre Ford). Et le seul moment où j'ai souri c'est quand l'auteur nous dit que ce NF pourrait aussi être Notre Freud.

Quelques personnages émergent : deux jeunes femmes Fanny et Lenina (tiens Lenina !!! Lenine - coïncidence) et Bernard Marx (autre coïncidence). Ici, la sexualité est libre et il faut surtout réfuter toute fidélité de couple.

On circule en hélicoptère ou en avion et Bernard part aux Etats-Unis avec Lenina. Ils se rendent dans une zone de "sauvages", non domestiqués, vivant en dehors de toute logique fordienne. Ils sont sales, illettrés, fidèles en amour...

Ils rencontrent Linda et son fils John atypiques car elle a vécu dans le nouveau Londres de l'ère NF et a éduqué son fils, tout en prenant les coutumes des sauvages. Bernard et Lenina les font rentrer à Londres. Linda y retrouve son mari qui l'a abandonnée ainsi que son fils...

A partir de là, j'ai décroché. Trop "téléphoné" tout cela, pas crédible. John va devenir le Sauvage convoité notamment par Lenina.

 

Mais bon, je n'ai pas encore compris que l'anticipation ne demande pas de rationnalité. Je suis trop cartésien mais j'aime le rêve, l'maginaire. Sauf que dans ce livre là on ne rêve pas. On est robotisé, standardisé. On est dans le monde de Ford, vous savez les usines où on a commencé à sérieusement mécaniser et découper le travail en rendant les ouvriers asservis. Chez Ford on ne pouvait en aucun cas réfléchir. Répéter les tâches à l'infini, comme Sisyphe qui pousse son rocher sans relâche.

Et n'oublions pas la potion magique qui s'appelle ici le "soma".

 

J'ai alors enfin compris que le roman d'Huxley était une parodie, une critique acerbe d'un monde qui est sensé être le meilleur des mondes possibles. Tiens, mais oui, c'est aussi une référence à Leibniz. Seulement, là, j'ai mille fois préféré le regard satirique de Voltaire à celui de Huxley qui ne m'a franchement pas amusé. D'ailleurs, la phrase de Voltaire est mise en exergue au texte d'Huxley.

Dommage qu'il ait fait croire qu'il fallait prendre son monde au sérieux !!!

Mauvaise expérience pour moi avec un genre que je voulais découvrir mais l'anticipation avec ce livre-ci, n'est pas une bonne introduction pour me donner envie d'en faire une lecture assidue.

 

J'ai lu ce livre dans le cadre du blogoclub

 

  blogoclub 

  http://sylire.over-blog.com/article-le-meilleur-des-mondes-aldous-huxley-120931730.html

 

Et également pour le challenge de Julie "Anticipation"

 

  anticipation3 

 

  http://liresouslemagnolia.unblog.fr/2013/10/20/article-de-presentation-challenge-anticipation/

Comme il a été publié en 1932, il entre aussi dans le challenge 0 à 9  de  Julie (puisque jusqu'au 10 décembre, les livres doivent être parus une année se terminant par 2)

     Première récap sans-titre1-150x150

 

 

http://liresouslemagnolia.unblog.fr/2013/09/21/deuxieme-recap/

 

(Bizarrerie d'over-blog, je mets les liens en clair car sinon il m'effface l'article entier !!!)


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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 19:06

(Photo decitre.fr)

 

Crime et châtiment de Fedor Dostoïevski

(Classiques Garnier - 775 pages + 132 pages de présentation)

Traduction, introduction, notes et bibliographie par Pierre Pascal

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C'est dans l'édition de 1961 que j'ai pu relire ce livre, 40 ans après une première lecture. Une relecture nous permet de replonger dans un livre dont nous avons pu avoir quelques souvenirs. Et justement, ce livre m'avait marqué à la fin de mon adolescence. Ce meurtre puis les suites psychologiques chez Raskolnikov étaient ce qui m'avait le plus impresionné.

Alors, bien sûr, comme pour un film, relire une scène qui nous a choqués n'a plus le même effet. Et c'est ce que j'ai ressenti quand le fébrile Raskolnikov tue Hélène l'usurière et sa soeur Elizabeth, arrivée au mauvais moment.

Raskolnikov va aussi très mal supporter ce double meurtre, pourtant prémédité, pensé. Seulement, la réalité n'est jamais comme on aurait voulu qu'elle soit.

Riche de bijoux et d'argent, Raskolnikov comprend tout de suite que ce sont des pièces compromettantes, surtout qu'il ne maîtrise plus du tout la situation. Entre fièvres, délires, ceux qui viennent à ses côtés comme Nastassia, la jeune servante de sa logeuse ou un ami comme Razoumikhine entendent une partie de ses délires qui se rapportent par bribes au crime.

Il va rejeter Loujine, le riche fiancé de sa soeur, et l'obliger à quitter sa chambre. Il va interdire à sa soeur d'épouser cet homme. Bref, sa vie d'ancien étudiant était devenue "minable", mais à présent, enfermé dans ses remords, il va sombrer de plus en plus... Heureusement, son ami l'aide à surmonter les épreuves et l'assiste autant qu'il le peut.

Un peintre, Nicolas, s'est dénoncé comme étant le meurtrier. Mais ce n'est pas très plausible aux yeux de la police...

De nombreux personnages passent dans le livre et il est impossible de tous les présenter. Sonia, une jeune prostituée va devenir la confidente de Raskolnikov. Porphyre, le policier, va jouer avec les nerfs de Raskolnikov...

Le tout se passe en 14 journées et comme toujours avec Dostoïevski et avec le roman russe, le lecteur doit être attentif, patient... Nos nerfs sont mis à rude épreuve car on se dit : "à qui profite le crime" ? Car Raskolnikov ne profite en rien de son crime !!! Il s'enlise dans une vie en survie.

Il m'a fait penser par moments au roman de Knut Hamsun, "La faim", où le héros refuse de se faire aider, de manger, se refermant sur lui-même.

Une relecture qui m'a au final fait moins d'effet que la première lecture "choc" de ma jeunesse. Il n'en reste pas moins un excellent livre.

 

J'avais proposé une lecture commune pour ce 30 novembre.

 

Cannibal lecteur a souffert pour lire ce roman mais allez lire son article, il est excellent.

 Un très bon avis de ingannmic ici :

 http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/12/crime-et-chatiment-fiodor-dostoievski.html

 

Je rajouterai ensuite les autres lectures de ce jour.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Ce livre entre également dans le challenge XIXe siècle :

 

http://netherfieldpark.wordpress.com/challenge-xixe-siecle/

 

 


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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 19:28

Un nouveau challenge a fait son apparition il y a quelques jours et il rejoint mon envie de scruter plus que jamais l'histoire littéraire mondiale.

 

Logo Theatre 1

 

Tous les détails sont sur le blog de Rozenn : la caverne d'Ankya

 

Et un groupe a été créé sur facebook : https://www.facebook.com/groups/571337999606466/

 

Il se tiendra sur l'année civile 2014.

 

Et pour commencer, en janvier, je vais lire une pièce grecque de l'Antiquité et une pièce latine.

 

J'ai lancé sur ma page facebook l'idée en demandant un conseil de lecture. Et à ce soir, voici le deux pièces qui ressortent :

 

- Oedipe Roi de Sophocle

- Médée de Sénèque

 

Deux beaux programmes de lecture pour ce premier mois.

Et bien sûr, je suivrai l'évolution du théâtre avec le Moyen Age, l'époque dite "classique" puis le temps des Lumières avant le romantisme et l'époque contemporaine.

 

On peut trouver sur wikipédia un petit tableau bien intéressant, loin d'être exhaustif, qui présente les principaux auteurs par grandes périodes.

 

Voici le lien :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre

 

C'est d'une telle richesse avec Sophocle, Sénèque, Corneille, Molière, Shakespeare, Marivaux, Beaumarchais, Goethe, Schiller, Musset, Hugo, Pouchkine, Feydeau, Claudel, Giraudoux, Beckett, Ionesco, Camus, Garcia Llorca, Wilde, Reza, Tchekhov, Ibsen, Pirandello, Sartre, De Obaldia, Tremblay, Brecht...

 

Et j'en passe... C'est dire qu'un an c'est déjà bien peu mais en lisant deux auteurs par mois, je devrais lire au minimum les auteurs que j'ai cités ci-dessus.

 

L'un des avantages du théâtre est que l'on peut lire un texte en deux - trois heures, ce qui peut faciliter la lecture de deux ou trois pièces d'un même auteur en quelques jours sans difficulté.

 

N'hésitez pas à suivre mes conseils à venir vous joindre à nous. Bien sûr, il n'y a pas obligation à lire autant de livres. Même un sur l'année est possible.

 

Ma soif littéraire m'incite à cette "divagation"... A moi de m'y tenir sans délirer...

 

Bonnes futures lectures,

 

Denis

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 18:01
HHhH

 

(Photo Livre de Poche)

 

HHhH de Laurent Binet

 (Le Livre de Poche - 443 pages - 2011 - Première édition Grasset 2009)

 

Prix Goncourt du Premier Roman 2010 et Prix des lecteurs du Livre de Poche 2011

 

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Attention : lecteurs, lectrices sensibles, ne vous abstenez pas de lire ce livre. Vous aurez des pages insoutenables, mais dîtes vous que tout ce qui est écrit dans ce livre est vrai (ou quasiment). L'auteur a écrit "roman" mais on voit bien qu'il a travaillé d'arrache-pied pour nous restituer la vie du nazi Reinhard Heydrich et de l'opération "Anthropoïde", montée par les tchèques, pour mettre fin à son "diktat" sur la Bohème-Moravie en 1942.

Alors, oui, il y a des pages insoutenables sur la shoah par balle en Ukraine, sur les exécutions froides des opposants. Et sans doute, le plus horrible est la narration de la destruction du village de Lidice, après l'attentat. Lidice est en quelque sorte, en juin 1942, l'Oradour sur Glane français de juin 1944.

Vous trouverez sur wikipedia l'origine de ce massacre :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lidice

 

Laurent Binet a vécu à Prague, ce qui lui a donné l'idée de raconter l'histoire de Ce bourreau nazi, grand, blond, d'allure très aryenne très vite bras droit de Himmler, donc dévoué corps et âme à la cause national-socialiste de Hitler. Il a été surnommé HHhH, qui est un acronyme pour Himmlers Hirn heißt Heydrich, signifiant le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Car l'homme est intelligent, cultivé, passionné de musique aussi. Il dirige la SD (Sicherheitsdienst) service de renseignement nazi, avant d'être l'initiateur de la "solution finale" en janvier 1942.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Heydrich (cette page est très complète pour reprendre toutes les étapes de la vie politique de Heydrich, que Laurent Binet retrace tout au long de ce livre).

 

Et Heydrich est nommé par Hitler  suppléant (Statthalter) du gouverneur du Protectorat de Bohème-Moravie, le titulaire du poste, Von Neurath étant jugé trop "mou" et mis en "longue maladie". Et c'est là que le livre prend toute son ampleur, car en même temps que l'on voit l'ascension de HHhH, l'auteur s'intéresse à deux futurs "héros nationaux" que sont Gabčík et Kubiš. Ces deux hommes sont commandités par Edvard Beneš, Président de la république tchèque en exil à Londres et son équipe rapprochée dont le Colonel Moravec, pour exécuter "l'opération anthropoïde" qui consiste à tuer Heydrich à Prague lors d'un attentat.

 

L'auteur nous introduit dans les méandres de la préparation des deux hommes en Angleterre puis sur le terrain, ce qui permet aussi de montrer la force de la résistance tchèque, insoupçonnée par les nazis.

Heydrich devrait partir pour la France renforcer la répression contre la résistance en cette fin mai 1942 et c'est le dernier jour possible pour tuer Heydrich à Prague qui est ainsi choisi.

L'auteur décrit avec précision l'attentat et ses suites, qui inclueront le massacre de Lidice, la "liquidation" de nombreux résistants qui ont gravité autour de Gabčík et Kubiš ainsi que l'assaut porté contre l'église Saint-Cyrille-et-Méthode.

Tout y est dans ce livre, tous les détails, découpés en 257 chapitres répartis sur deux parties : l'avant-attentat (350 pages) et l'après-attentat (95 pages).

 

Tout au long de son récit historique, Laurent Binet interpelle son lecteur, en lui disant de temps en temps, ces paroles n'ont peut-être pas été exactement celles-là ; telle action est peut-être inventée... Mais le romancier sans avoir la prétention d'être historien a tenu à restituer les faits avec le plus d'exactitude possible.

 

Le lecteur ne peut pas "sortir indemne" d'un tel roman, car il est mis devant la réalité horrible du nazisme. Mais Binet déclare à plusieurs reprises, qu'il a surtout voulu écrire ce livre pour rendre hommage aux "héros tchèques". C'était la première fois qu'un attentat allait ainsi être organisé contre un des principaux nazis. Gabčík et Kubiš sont devenus héros nationaux.

 

La "patte" de l'écrivain apparait tout au long du livre, ce qui en fait réellement un "roman", car il s'attache à présenter les faits sous le regard de "l'homme", citant régulièrement des auteurs comme Kundera, Nezval. Binet a donné beaucoup de lui pour raconter cette histoire et il dit avoir du mal à quitter ce récit qui l'a "happé", allant sur les lieux, recherchant des preuves, des précisions sur la préparation de l'attentat.

 

Début du chapitre 200 (page 320) : "Des rumeurs alarmantes courent sur Heydrich. Il quitterait Prague. Définitivement. Demain, il doit prendre l'avion pour Berlin. On ne sait pas s'il reviendra. Ce serait évidemment un soulagement pour la population thcèque. Mais cela signifierait aussi le fiasco d'"Anthropoïde". Ces nouvelles sont alarmantes pour les parachutistes, et aussi, bien qu'ils ne se doutent de rien, pour... les français."

 

En conclusion, il faut impérativement lire ce livre de préférence, comme moi, c'est-à-dire, sans savoir si l'attentat réussira, pour s'immerger complètement dans l'ambiance de l'époque et bien sûr on y croit au destin de ces deux héros, on les encourage même à détruire l'abject Heydrich, tueur au sang froid, qui n'a peur de rien, la preuve il circule dans Prague dans une Mercedes décapotalbe, généralement sans escorte, ce qui fait hurler Hitler...

 

J'ai lu ce livre sous forme d'une "lecture commune" (LC pour les initiés) avec Rozenn de la Caverne d'Ankia.  (Maintenant que j'ai mis le lien, je vais lire son article, je ne voulais pas être influencé par son ressenti)

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 20:26

 

Esprit D'hiver de Laura Kasischke

(Photo du site Priceminister)

 

Esprit d'hiver de Laura Kasischke

(Christian Bourgois - août 2013 - 276 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurélie Tronchet

Titre original : Mind of Winter (2013)

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Et oui, de temps en temps la traduction du titre en français est fidèle à l'original. Merci à l'éditeur de ne pas nous avoir proposé un titre "vendeur" à la française.

On peut faire confiance à Christian Bourgois qui est un excellent éditeur depuis de longues années et qui a su nous donner à lire des écrivains de grande envergure, tels Antonio Lubo Antunes, Enrique Vila-Matas, Roberto Bolano etc...

Alors, quel est cet "esprit d'hiver" ? Wallace Stevens, l'auteur cité en exergue au roman, dit : "Il faut posséder un esprit d'hiver" (page 213) "Wallace Stevens était le poète agent d'assurances dont Eric essayait de se rappeler le nom chaque fois qu'il reprochait à Holly son blocage en écriture, insistant sur le fait que ce n'était ni sa maternité ni son boulot dans le monde américain de l'entreprise qui la bloquaient". (page 213)

 

Voilà, le décor est planté. On est chez Eric et Holly, un couple américain, en ce matin de Noël 20... (l'auteur ne nous donne pas la date précise, qu'importe). Ils se sont réveillés tard et il est urgent de faire démarrer cette journée pas comme les autres.

Eric part au plus vite chercher ses parents à l'aéroport. Pendant ce temps-là, Holly va préparer le repas de Noël. Seulement, voilà, est-ce l'esprit d'hiver ? Elle s'est réveillée avec cette phrase en tête : "Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !".

Une phrase qui sonne comme une "sommation", une "fatalité" qui s'abat sur leur vie depuis que Tatiana est arrivée chez eux. Tatiana est une petite fille qu'ils ont adoptée il y a 13 ans. Et justement, ils l'ont vue pour la première fois en Sibérie un jour de Noël, puis ils sont venus la chercher trois mois plus tard, donnant beaucoup d'argent pour qu'on s'occupe bien d'elle entretemps. Par la suite, ils ont eu quelques malheurs. Faut-il les attribuer à l'arrivée de Tatiana dans leur foyer, alors que pourtant tout s'est bien passé avec elle ? 

Elle a grandi sans soucis, belle jeune fille à présent aux yeux charmeurs...

Seulement, ce matin de Noël, rien ne va comme il faudrait. La neige se met à tomber en tempête si bien que les invités appellent pour dire qu'ils ne vont pas pouvoir venir. Eric devrait aussi être rentré avec ses parents. Et il n'est pas là. Elle finit par apprendre qu'Eric n'est pas bloqué dans la neige mais qu'il est à l'hôpital car sa mère est "confuse", à quelques soucis de santé. Il n'en dit pas plus.

Holly, très en retard, est contrariée de n'avoir pas eu le temps de consigner dans un cahier cette phrase qui lui martèle l'esprit, tel un leitmoviv dans un opéra de Wagner (c'est moi qui donne cette image, telle que je l'ai ressentie).

Toutefois, elle doit quoiqu'il arrive, coûte que coûte, préparer le repas. Au pire, les invités viendront demain quand la neige aura été dégagée. Et bien sûr, elle sollicite Tatiana, dont le diminutif est Tatty. Et à chaque fois, c'est compliqué. Tatiana rechigne, s'enferme dans sa chambre. Elle va se changer au moins quatre fois dans la matinée.

Les crises avec sa mère deviennent violentes, un verre est cassé, un couteau vole dans la maison... Comment en être arrivé là alors que la relation mère-fille semblait avoir bien marché jusque là ? C'est tout le mystère du roman dont tout va crescendo... Mais suspens... Vous verrez en lisant ce roman que la fin est époustoufflante, dans ce huis-clos.

Est-ce à dire que l'adoption a été une erreur ? Holly n'aurait jamais pu avoir d'enfant suite à des soucis congénitaux. Holly finit par penser qu'elle a tout râter, à commencer par sa vie de poétesse, car elle a publié un recueil dans sa jeunesse. Mais la vie quotidienne l'a rattrapée et elle a sacrifié bien du temps pour espérer être une bonne mère pour Tatiana, sans avoir eu le succès de son amie vietnamienne : Thuy, lesbienne, qui a adopté une fille aussi...

Ce roman se passe donc sur quelques heures, dans la maison d'Eric et Holly avec deux personnages qui vont se confronter. Mais tout au long du roman, le narrateur prend la voix d'Holly, car tout est vu par elle. Incessants retours en arrière sur l'adoption et les deux voyages en Sibérie, sur la jeunesse de Tatiana, que les russes auraient voulu appeler Sally pour lui "enlever" ses racines, mal connues par ailleurs...

Un roman, sans chapitres, avec des "étoiles" pour séparer des moments du récit.

En y réfléchissant, après avoir fini le livre il y a trois jours et toujours "habité" par cette histoire, je vois ce livre comme une musique répétitive, avec quelques respirations (ces étoiles *), mais en un seul mouvement. J'ai pensé à Wagner pour la phrase lancinante des leitmotiv, mais on peut aussi penser à Philip Glass et aussi au boléro de Ravel qui irait bien avec l'ambiance de ce roman, qui commence tranquillement pour continuer dans un crescendo progressif et lancinant.

En résumé, un très grand roman, émouvant, fascinant et qui nous emporte loin, très loin...

Livre reçu grâce à Priceminister dans le cadre des "matchs de la rentrée".

 

 

Merci à Oliver pour l'organisation.

 

Ma note est : 16/20

 

Cette lecture s'inscrit également dans les livres

de la rentrée littéraire chez Sophie Hérisson

 

 

 

3/6

 

 

Rentre également dans le challenge US de Noc Tembule 

 

challengeus

 

 

Enfin, ce livre s'inscrit dans le challenge

des femmes écrivaines américaines chez Miss G

 

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 19:53

 

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel

 (Editions de Minuit - mars 2013 - 153 pages)

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Ecrire un roman à la façon américaine (USA), voici le défi que s'est lancé Tanguy Viel pour ce livre.

Le premier paragraphe du roman annonce "la couleur" : "Récemment, comme je faisais le point sur les livres que j'avais lus ces dernières années, j'ai remarqué qu'il y avait désormais dans ma bibliothèque plus de romans américains que de romans français. Pendant longtemps pourtant, j'ai plutôt lu de la littérature française. Pendant longtemps, j'ai moi-même écrit des livres qui se passaient en France, avec des histoires françaises et des personnages français. Mais ces dernières années, c'est vrai j'ai fini par me dire que j'étais arrivé au bout de quelque chose, qu'après tout, mes histoires, elles auraient aussi leur place ailleurs, par exemple en Amérique, par exemple dans une cabane au bord d'un grand lac ou bien dans un motel sur l'autoroute 75, n'importe où pourvu que quelque chose se mette à bouger".

 

Alors, il y a des "codes" pour écrire un roman américain (US) : il faut une grande ville, Detroit ici, un couple qui s'aime puis divorce : Dwayne Koster, le personnage principal et son épouse Susan Fraser, devenue son ex-femme. Il faut une voiture qui permet de parcourir les grands espaces aussi, genre Dodge etc...

Tanguy Viel avance son histoire en faisant ainsi régulièrement référence à des manières américaines, comme quand il nomme Milly, une étudiante qui travaille dans un bar-cafeteria ; Milly étant un prénom qui sonne bien pour un tel emploi. Milly a été une élève de Dwayne Koster et passionnée de littérature comme lui, elle finit dans son lit, ce qui déclenche la séparation définitive avec Susan.

 

Au-delà du "work in progress" du roman, expliqué par l'auteur, il y a une véritable histoire racontée avec sérieux, concentration. Ce sont les éclairages stylistiques qui font ensuite la saveur du roman, car on ne peut s'empêcher de sourire, voire rire, en pensant qu'en effet cette histoire aussi passionnante soit-elle, se montre à vrai dire comme une "mécanique littéraire", à la manière de...

 

Justement, page 63-64, Tanguy Viel écrit : "C'est vrai, disait Dwayne, notre histoire ressemble à un roman, on dirait du Jim Harrison, tu ne trouves pas? Et elle lui répondait que non, que c'était une histoire pour une femme, une histoire pour Laura Kasischke ou Joyce Carol Oates. Ou bien du Richard Ford, songeait-il en regardant un papillon nocturne s'agacer sur le plafonnier. Peut-être Alice Munro, pensait-elle. Non, je sais, reprenait-il, c'est du Philip Roth. Et il disait ça à cause des bruits d'orage que faisait son cerveau... elle disait William Faulkner".

 

C'est quelque peu caricatural et provocateur, car il faut tout de même admettre que Oates, Harrison, Kasischke, Roth ou Ford, sont loin d'être des auteurs stéréotypés. Ce seraient plutôt des mauvais élèves de la littérature américaine. Viel joue avec cette littérature à l'évidence par dérision, pour s'amuser, il ne faut donc pas tout prendre à la lettre.

 

Et donc cette histoire est simple : Dwayne a aimé sa femme mais à cause de mauvaises langues, Susan a su qu'il la trompait, et elle l'a mis dehors. Entretemps, elle a fauté avec Alex Dennis, le collègue de Dwayne, mais c'est lui qui paye. En conséquence, il quitte tout, Detroit, travail et part voir son oncle Lee, un antiquaire trouble, mafieux. Il lui donne les clés de son chalet au bord du lac Huron. Dwayne fait venir régulièrement Milly ici. Puis il la surprend en train de tourner une scène pornographique, ce qui lui fait changer radicalement de vie, surtout que Lee, bien impliqué dans un trafic lié au détournement d'objets volés au musée de Badgad, lors de la guerre en Irak, lui donne une mission pas très catholique...

 

Et Jim Sullivan dans tout cela? C'est un chanteur que Dwayne aime beaucoup et qui un jour, brusquement, a disparu. On a retrouvé sa voiture et jamais son corps. Est-il mort, s'est-il caché ou a-t-il été enlevé par des extra-terrestres? Personne ne l'a jamais su et ceci intrigue Dwayne...

 

Je n'en dis pas plus pour l'histoire. J'avoue avoir beaucoup aimé cette façon décalée de traiter le roman américain. J'admets que la dernière partie autour de la mafia et des antiquités avec implication de Dwayne m'a quelque peu ennuyé. Je n'y ai pas trouvé de "magie narrative".

 

Il n'empêche que c'est un très bon livre, bien écrit. Il s'en est fallu de peu que ce soit un coup de coeur. Au début, on le voit surveiller la maison de son ex-femme et il y a comme des trsous dans la narration car on ne sait pas trop ce qu'il en est advenu. Ce sont des pistes qui se ferment, et d'autres s'ouvrent sans respect de la chronologie, il est vrai que le flasback fait aussi partie des incontournables du roman américain... Et on repart "pour un tour", l'auteur se jouant de son lecteur. C'est vraiment bien réussi à ce titre-là.

 

En conclusion, il s'agit d'un excellent livre qu'il faut lire sans le prendre entièrement "au pied de la lettre".

Bonne lecture,

Denis

 

Lecture faite dans le cadre du challenge US en lecture commune : un auteur français pour un roman qui se passe intégralement aux USA.

 

 

challengeus

 

 

 

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 21:44

 

Comme des ombres sur la terre de James Welch

 (Albin Michel - Collection "Terre indienne" - 395 pages - 1994)

Traduit de l'américain par Michel Lederer

Titre original : Fools Crow - 1986

 

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Le roman se passe en 1870, dans le Montana. La guerre de Sécession est terminée depuis 5 ans et la paix règne dans le pays. Seulement, les blancs, appelés les Napikwans dominent les régions du nord et malgré des accords de territoires entre les blancs et les indiens, ceux-ci ne cessent d'empiéter sur les terres des autochtones.

Ainsi, régulièrement, il y a des "raids" des indiens pour dérober des chevaux tandis que les Napikwans exterminent des villages entiers.

Le roman raconte quelques mois de la vie des Pikunis (du Sud) de la confédération des Pieds Noirs.

 

L'auteur est lui-même issu de cette confédération indienne. Il raconte ici sous forme romanesque l'histoire de ses aïeux.

On vit au coeur de la vie nomade des Pikunis tout au long du roman, avec un personnage principal : Chien de l'Homme Blanc, un jeune indien de 17 ans.

Le narrateur nous donne l'explication du nom du héros page 226 : "Agé alors de neuf ans, il avait l'habitude de suivre partout un conteur appelé Homme Blanc Peau de la Victoire. Un jour, apercevant ce dernier tout seul, quelqu'un avait demandé : Où est donc le chien de l'Homme Blanc? et le nom lui était resté".

Deux frères que tout oppose : Chien de l'Homme Blanc, plutôt conciliant, ouvert aux autres et serviable et Cheval Rapide, violent et prêt à tout pour empêcher les Napikwans d'envahir leurs terres et de violer les traités de bon voisinage.

Cinq parties composent ce récit magistral que l'on doit lire lentement pour l'apprécier. Le style est de grande qualité. Le récit est ponctué de rêves, de méditations aussi. On est loin de la brutalité gratuite attribuée aux indiens. La magie, la médecine ancestrale est au coeur de leur vie, à l'image du vieux Mik-api qui tansmet son savoir à Chien de l'Homme Blanc pour perpétuer les coutumes et le jeune homme réussit à sauver des vies avec cette médecine. Il est seulement désemparé devant la maladie des hommes blancs transmise aux indiens : la Croûte Blanche, si terrible qu'elle décime les tribus.

Tous les termes employés par les Indiens sont très imagés, comme leur seul nom.

Par exemple, Chien de l'homme blanc devient Trompe-le-Corbeau, après avoir triomphé des Corbeau, une autre tribu rivale qui a tué plus d'un Pikuni.

 

Pour bien voir le style et le type de narration choisi, il n'y a rien de tel que des exemples, le début du roman par exemple : "Maintenant que le temps avait changé, la lune-des-feuilles-qui-tombent blanchissait dans le ciel noir et Chien de l'Homme Blanc se sentait inquiet. Mâhcant un bâton de viande séchée, il regarda Faiseur de Froid rassembler ses forces".

Début de la deuxième partie (page 137) : Audébut de la lune-de-l'herbe brûlée, peu après la Danse du Soleil, Peinture Rouge se reposait le dos devant son tipi. Elle venait d'écharner une peau de cornes-noires qui maintenant séchait au soleil..."

 

La vie est rythmé au fil des lunes, du soleil et bien sûr des saisons. La chasse est aussi incontournable car elle permet de se nourrir.

 

La troisième partie débute également par une référence à la nature et au rythme du temps (page 215) : Le chinook soufllait depuis deux jours et deux nuits. Alors que la couche de neige était encore épaisse dans les gorges, les ravins et les vallées, la plupart des collines des plaines se teintaient déjà de jaune là où l'herbe clairsemée commençait à apparaître".

 

Mais, attention, il ne s'agit pas d'un roman bucolique et romantique, même si on y parle d'amour de temps en temps, notamment l'amour puis le mariage entre Trompe-le-Corbeau et Peinture Rouge. Mais l'essentiel reste la narration de la vie difficile des Pikunis pris entre violence, voyage et survie. Car, oui, il fut survivre au froid des hivers du Montana dans les tipis. Il faut combattre les ennemis, essentiellement les blancs, que l'on voit peu dans le roman mais dont le mal-être qu'ils provoquent est latent dans la narration.

 

Difficile de détailler l'ntrigue, car on pourrait presque dire que c'est une "chronique" qui raconte la vie d'une tribu indienne en 1870.

Un excellent roman dont la langue nous immerge complètement dans l'univers des Pikunis avec leurs dénominations poétiques des êtres et des événements, comme vu dans les extraits ci-dessus.

 

J'ai mis longtemps à lire le livre car il est foisonnant, en 400 pages denses, et il demande de la concentration mais les mots nous emportent dans un "autre monde" et on ne peut que voir les Indiens d'Amérique autrement après avoir lu ce livre. Ce sont des êtres humains, avec leurs moeurs ancestrales, mais avec leur monde intérieur tellement envoûtant...

 

Un livre et plus encore un auteur américain essentiel.

 

James Welch est né en 1940 et décédé en 2003. Son oeuvre s'est concentrée sur les Indiens, ces êtres vivant "comme des ombres sur la terre". Des ombres vivant sur ces terres bien avant l'arrivée des Blancs qui ont voulu conquérir leurs terres et les envoyer dans les contrées que eux ne voulaient pas. Belle leçon d'humilité et de courage, pour un peuple hélas toujours méprisé dans ce pays qui se veut le plus évolué du monde !!!

 

Bonne très belle lecture pour cet immense coup de coeur,

 

Denis

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge US organisé par Noc Tembule

 

 

Et comme le roman se passe intégralement en 1870, il rentre également dans le Challenge XIXe siècle organisé par Fanny et Kheira

 

 

Et lisez l'article de  "la petite marchande de prose" sur ce livre, il est excellent.

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 20:32

 

 

Dernier train pour Buenos Aires de Hernan Ronsino (Liana Levi - 2010 - 95 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Dominique Lepreux

Titre original : Glaxo (première édition Argentine - 2009)

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L'on peut d'entrer voir la différence entre le titre espagnol et le titre français.

 

Le livre commence en octobre 1973 : "Un jour les trains cessent de passer. Et puis vient une équipe d'ouvriers. Six ou sept hommes descendent d'un camion, avec des casques jaunes. Ils commencent à démonter les voies. Je les regarde d'ici. Je les regarde travailler. Ils travaillent jusqu'à six heures. Ils s'en vont avant que sortent les ouvriers de la Glaxo. Ils laissent de grands fûts enflammés, pour dévier la circulation. Quand ils s'en vont, je ferme le salon de coiffure."

   

Cet homme c'est Vicente.

 

Et l'histoire de ce court roman est divisée en quatre chapitres avec quatre narrateurs et dont les époques évoquées sont entremêlées : octobre 1973 ; décembre 1984 ; juillet 1966 ; décembre 1959.

 

Le narrateur est à Buenos Aires avec sa jeune et belle maitresse et voici la vision qu'il a de la ville (page 71) : "Buenos Aires était alors pour moi comme un animal affamé. Un animal vorace, dangereux, comme celui des films qu'ils passent le samedi au Savoy, ces films de monstres énormes qui marchent dans les rues et qui, si tu n'y prends garde t'arrachent quelque chose; c'est comme ça que j'imaginais la ville, je l'ai dit à la Negra Miranda, quand le train commençait à traverser les premiers entassements d'immeubles et que la rase campagne s'amenuisait, dévorée par l'animal sauvage."

 

"Dernier train pour Gun Hill" est vu et revu dans le village car c'est un film mythique et cette histoire de rails qui sont démontés font écho à ce film.

 

On voit aussi arriver des mormons américains, plutôt froids et que l'on croise en baissant la tête.

 

Mais l'histoire entre la Negra Miranda et Ramon Folcada est compliquée aussi, tous deux étant arrivés de Buenos Aires, elle pour tenir un bar et lui pour y faire la loi en tant que sous-officier au commissariat. Et on sent que la dictature militaire n'est pas très loin dans les esprits. Mais tout le monde semble vivre comme si tout allait bien avec quelques réglements de compte par moment, comme si c'était normal que des tensions, des violences surgissent, s'appaisent et le salon de coiffure est un des lieux où l'on voit passer les uns, les autres. C'est un lieu d'observation aussi.

 

Le roman commence par de courtes pages pour se terminer comme un long monologue. Des phrases de grande qualité avec un style efficace. Il est parfois difficile de se retrouver dans ces périodes entrecroisées qui éclairent des périodes antérieures ou qui seront éclairées dans les périodes suivantes. Seul bémol en effet pour un texte dans l'ensemble de très belle facture.

 

C'était le premier texte traduit en français d'un auteur argentin né en 1975, à découvrir.

 

 

 

En mars 2014, le salon du livre invite l'Argentine, j'ai donc lu ce livre en amont de ce salon et pour découvrir certains auteurs si possible avant le salon et j'en ai profité pour lancer un "mois argentin" du 1er mars au 15 avril 2014 (le temps d'aller au salon et de lire un ou plusieurs livres argentins).

 

Pour l'occasion et préparer ce rendez-vous, j'ai créé un groupe sur facebook :

https://www.facebook.com/groups/209559055869832/

 

Bonne lecture,

Denis

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:45

 

Goodbye, Columbus de Philip Roth (Folio - 270 pages)

Traduit de l'américain par Céline Zins

Première édition américaine 1959 - National Book Award 1960

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Entrée fracassante dans la littérature américaine pour le jeune Philip (Milton) Roth, né en 1933, avec ce recueil de six nouvelles.

On devrait parler d'un "Short novel" pour le premier texte qui fait 150 pages, la taille d'un roman et 5 "short stories", car en effet, le texte qui donne son titre au recueil est à lui seul un roman.  

L'auteur, d'origine juive comme on le sait, joue beaucoup avec les codes du monde juif, qu'il distingue entre juifs orthodoxes et les "autres" juifs, ceux qui seraient tolérants, beaucoup moins attachés aux traditions. Il a souvent été critiqué pour ses moqueries, son sarcasme (le mot a été employé dès la parution de ce volume). Et ce n'est pas faux car Philip Roth a de l'umour à revendre et il n'est jamais tendre avec les traditionnalistes dans ce recueil.

 

Pour une fois, je vous livre la 4e de couverture sui permet en quelques mots de résumer ces textes : 

En six nouvelles, l'auteur de Portnoy et son complexe démonte la société américaine et ses rapports avec le monde juif. Goodbye, Colombus raconte la brève aventure d'un jeune intellectuel avec une étudiante. Conversation des Juifs montre un rabbin victime d'une espièglerie d'enfant. Le Défenseur de la foi se déroule dans l'armée. L'habit ne fait pas le moine décrit l'amitié insolite entre un étudiant de bonne famille et deux jeunes dévoyés. Dans Eli le fanatique, les habitants d'une petite ville veulent empêcher les rescapés de l'hitlérisme de monter une école.

 

Il est de fait toujours difficile de résumer 6 textes, au risque d'ennuyer le lecteur. Quand il aborde le "sexe" il est très prude dans ces textes ce qu'il ne fera pas toujours par la suite. Mais, ici, c'est vraiment la mise en scène des juifs qui est au coeur de ce recueil. Il fait également une très brève référence au maccarthysme et sa fameuse "chasse aux sorcières", dans la nouvelle "l'habit ne fait pas le moine".

 

Le premier texte commence ainsi : "La première fois que je vis Brenda, elle me demanda de tenir ses lunettes. Puis elle avança jusqu'à l'extrémité du plongeoir et jeta un regard brumeux dnas la piscine ;  celle-ci aurait pu être à sec que la myope Brenda ne s'en serait pas aperçue".

 

Et alors va commencer une belle histoire d'amour entre Brenda et Neil, le narrateur. Mais l'époque est prude, encore plus dans le monde juif, et découvrir que sa fille a fait l'amour avec son ami invité qui plus est pour des vacances à la maison, c'est insupportable...

 

N'oublions pas que l'on est dans les années 50 à New York et dans les alentours et que la ségrégation raciale existe encore, que l'idéal américain n'est pas mis en application, même si on force les juifs à changer de vêtements pour s'américaniser, ce que l'on retrouve dans la dernière nouvelle "Eli le fanatique". Pauvre avocat juif à qui l'on impose de faire partir une communauté juive dont le but est l'apprentissage du talmud à 18 enfants et dirigée par un juif allemand. La seule concession pourrait être que l'un des pensionnaires s'habille autrement qu'avec ses habits et son chapeau noirs...

 

Saul Bellow (1915-2005), un des grands auteurs juifs américains, prix Nobel de Littérature en 1976, a écrit dès la parution du recueil dans "Commentary" : "Les lecteurs juifs ne sont pas tous très contents de ce que reconte M. Roth. On rencontre un peu partout des gens qui semblent penser que le travail d'un écrivain juif d'Amérique devrait être de rédiger des communiqués de presse destinés à promouvoir tout ce qui est plaisant dans la communauté juive et occulter le reste, par loyauté".

 

Or ce jeune futur grand romancier qu'est Philip Roth est rebelle à son milieu.

 

En résumé, chaque texte a son originalité, son contexte propre auquel on adhère ou pas. Chacune devient complémentaire aux autres dans ce fil d'ariane qui est la pensée juive orhtodoxe et comment la détourner dans un monde qui se veut "moderne" et "libre". L'après guerre est encore toute proche puisque l'une se passe en 1945 entre la libération et la fin terrible de la guerre du Pacifique.

 

J'ose dire que ce n'est pas un coup de coeur, mais l'écrivain Roth est déjà là, avec son style qu'il met à l'épreuve de ces textes, ainsi que sa narration où les dialogues, parfois décalés, sont plutôt présents. Alors, quand on aime un auteur on peut tout lui pardonner et je recommande vivement la lecture de ce premier opus, car c'est important de lire un auteur en revenant à ses débuts. Il a mérité son prix littéraire et c'est le livre d'un auteur courageux d'avoir su dire ce que beaucoup pensaient tout bas.

 

Une dernière chose : le titre vient d'une chanson entonnée à la fin de ses études à l'université de Columbus : Goodbye Coumbus.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Livre lu dans le cadre de la lecture commune de ce jour d'un livre de Philip Roth (et ou Goodbye, Columbus) pour le "challenge US" anmé par Noc Tembule

 

challengeus

 

 

 

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 19:09

 

A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (Pléiade - tome 1 - 1003 pages)

Edition de 1954, préfacée par André Maurois

et établie, annotée par Pierre Clarac et André Ferré

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Pour information, une autre édition de l'oeuvre a été publiée en 4 tomes sous la direction de  Jean-Yves Tadié avec un appareil critique beaucoup plus fourni

de 1987 à 1989.

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Ainsi, dans l'édtion de 1954, le tome 1 reprend  :

 

DU COTE DE CHEZ SWANN :

. Combray

. Un amour de Swann

. Noms de pays : le nom

 

A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS

. Autour de Mme Swann

. Noms de pays : le pays

 

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Comme je l'avais annoncé le 8 juillet dernier dans mon article "lecture de Proust", j'ai entrepris sur un an "A la recherche du temps perdu", en lisant 10 pages par jour, ainsi les 1 000 pages m'ont permis de finir ce premier tome ces jours-ci.

 

Alors, n'utilisons pas la langue de bois, il y a des longueurs infinies, des détours sans nombres, avec certaines phrases interminables qui ont fait le "succès" de Proust.

Oui, certains matins, lire 10 pages de Pléiade très serrées, il faut l'accepter. C'est un vrai marathon sur la durée.

 

Mais, si vous lisez des textes autour de ce "livre-monument", vous verrez que les "proustophiles" ne peuvent plus s'en passer. Et les vrais amateurs vont toujours avoir "A la recherche..." à portée de main, et en lire quelques pages au hasard. Car dans la durée, c'est là que l'on aime vraiment Proust.

Proust, c'est un poète de la vie et du temps. Il a basé son travail sur cela : les souvenirs, l'observation du monde dans lequel il a vécu... On s'attache à Proust et je pense vraiment que je deviendrai proustophile quand j'aurais lu la dernière phrase du temps retrouvé, qui bouclera le livre et le travail de Proust sur le temps.

 

Le premier des sept volumes qui compose "A la recherche du temps perdu" s'intitule "Du côté de chez Swann".

Et l'action (si on peut employer ce terme pour Proust, car on est loin des livres "page-turner", ou alors oui mais avec lenteur pour en savourer chaque mot, chaque phrase), se passe à Combray. Lieu de l'enfance pour une grande part.

 

Alors, oui, c'est là que l'on a cette fameuse phrase qui ouvre le bal : "Longtemps...".

Mais la suite on ne la cite pratiquement jamais : "Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : "Je m'endors". Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François 1er et de Charles-Quint".

 

Et bien oui, c'est du Proust, ne l'oubliez pas. Et en lisant ce livre j'ai eu l'image du "bateau ivre" d'Arthur Rimbaud. Pour moi, "A la recherche..." est un immense poème "ivre de mots"

 

Ce premier tome fait aussi apparaitre la fameuse "madeleine" de Proust.

Page 46 (de ma version) : "Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul".

 

Le fil de la pelotte est tiré et à partir de ce souvenir, tout Combray, toute l'enfance revient à l'esprit du narrateur, qui n'est autre que Proust, bien sûr.

A Combray, il y avait les sorties du côté de chez Swann et celles du côté de Guermantes. Là, donc dans ce volume, on est dans l'univers des Swann. Un monsieur Swann parfois ennuyeux que l'on n'a pas trop envie de voir venir à la maison de tante Léonie. Car Proust est souvent féroce, ironique avec ses personnages. Il ne fait pas dans la "tendresse" quand il a envie d'être mordant. Oui, de temps en temps, on rit dans ce livre.

 

Après Combray, "un amour de Swann", nous mène à Paris où le cher Swann, jeune homme, avait le béguin pour Odette. Il en était amoureux, la voyait autant de fois qu'il le pouvait, même quand on ne l'invite plus chez les uns ou chez les autres, notamment lors d'un pique-nique organisé par les Verdurin avec Gilberte, sans lui. Et alors, quelle jalousie !!! Toujour à l'épier, s'assurer qu'un homme qui vient chez elle n'est pas un amant, notamment ce Forcheville.

 

Le deuxième tome débute "autour de Mme Swann". Ainsi, Gilberte est devenue l'épouse de M. Swann. Gilberte est leur fille et elle plait beaucoup au narrateur qui en fait une amie. Il aime aller se promener aux champs-Elysées et la retrouver dans le parc, accompagné de Françoise, l'employée de tante Léonie venue s'installer chez eux après la mort de la tante. Et puis il se fait inviter chez les Swann pour être encore plus prêt de Gilberte. Malgré cela, son amour pour elle s'enfuit...

 

Ce volume se referme sur une longue partie qui se passe intégralement à Balbec où le narrateur allait avec sa grand-mère et Françoise, l'employée, l'été.

Vous aurez compris que Proust se joue du temps et que d'une partie à l'autre, on entre dans un nouvel univers et une autre époque, jamais datée.

Ces jeunes filles en fleurs, ce sont de belles demoiselles que le narrateur a remarqué à la plage, à l'hôtel, dans les rues... Et il remarque plus particulièrement Albertine.

 

La révélation arrive page 712 : "Pour les belles filles qui passaient, du jour où j'avais su que leurs joues pouvaient être embrassées, j'étais devenu curieux de leur âme. Et l'univers m'avait paru plus intéressant".

 

Ses vacances prennent alors un autre tour. Il va traquer les regards des jeunes femmes, trouver le moyen de leur parler et d'approcher grâce à un peintre notamment cette belle Albertine qui le fascine. Il va oser essayer de l'embrasser quand elle est seule dans sa chambre... !!!

 

Roman d'apprentissage aussi. Cette "recherche" est une encyclopédie "vivante" avec le charme du piano et de la sonate de M. Vinteuil ; la beauté de la littérature avec M. Bergotte ; la peinture, celle d'Elstir...

 

Quelle richesse cette recherche, et je n'en suis qu'au tiers. Début novembre, je reprends mon bâton de pèlerin sur les chemins de M. Proust, qui, sans mener à Compostelle nous entraînent à Paris, Combray et Balbec... Et le prochain, justement m'emmènera du côté de Guermantes et à Sodome et Gomorrhe !!!

 

Bonne lecture de ce joyau littéraire, dont on parlerait pendant des pages et des pages, à la manière de Proust, car on finit par ne plus lire de la même façon après avoir été rompu au style charmeur de Proust qui nous conduit où l'on ne voulait pas forcément aller. On est dans un délectable labyrinthe, dont on cherche la clé du "temps" pour nous en sortir... Mais le "temps retrouvé" est encore loin pour moi... Patience...

 

Denis

 

Comme ce volume fait plus de  600 pages, il s'inscrit in extremis, dans le challenge "Le pavé de l'été", organisé par Brize

 

 

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