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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 22:09

Oedipe Roi de Sophocle (Librio - 96 pages - juillet 1994)

Texte établi et traduit du grec par A. Dain et P. Mazon

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Tout le monde connait Oedipe de par le "complexe d'Oedipe" développé par Sigmund Freud.

Mais, ici, avec Sophocle, on revient aux sources.

Il est bon de se rappeler ce qu'est ce mythe grec : Le roi de Thèbes, Laïos, consulte l'oracle de Delphes qui lui prédit que le fils qui lui naîtrait le tuerait et épouserait sa mère. Quand Oedipe naquit, sa mère Jocaste l'abandonne sur le mont Cithéron après lui avoir percé les chevilles avec une aiguille et les lui avoir liées avec une lanière. Des bergers le recueillirent et l'appelèrent Oedipe (pied enflé) et il fut adopté par le roi de Corinthe, Polybos et sa femme Périboéa. Oedipe apprend la prédiction et quitte la ville pour ne pas tuer son père. Il trouve sur sa route Laïos, se querella avec lui et le tua. Il réussit à déjouer le Sphynx qui terrorisait Thèbes, lequel se tua et Oedipe arrive en bienfaiteur. Il épouse alors Jocaste, après avoir été nommé roi, sans savoir qu'elle était sa mère. 4 enfants naquirent de cette union dont Antigone.

 

C'est à ce moment-là que débute la tragédie de Sophocle (497 - 405 av. JC). Il est l'un des grands auteurs grecs, a écrit 123 pièces mais seulement 7 pièces dont celle-ci nous sont parvenues dans leur intégralité.

 

Un groupe d'enfants accompagné d'un prêtre de Zeus vient interpeller Oedipe, leur roi car Thèbes est infestée par la peste qui menace la population. Oedipe est très sensible à leur peine et il leur dit qu'il fera tout ce qu'il peut pour éradiquer cette maladie dévastatrice. Créon, le frère de la reine Jocaste, dit que le seul moyen est de tuer celui-là même qui tua Laïos. Le coryphée annonce alors que seul Tirésias serait en mesure de révéler le nom. On le fait venir, lui, l'aveugle devin. Et il commence à parler pour finir par révéler que c'est Oedipe le coupable. Aussitôt, Oedipe s'en prend à Créon, criant au complot contre lui. Il faut l'intervention de Jocaste pour calmer les deux hommes.

Oedipe veut que Jocaste lui dise tout ce qu'elle sait des circonstances de l'assassinat de son mari. Et au fil des descriptions, il se rend compte que c'est bien lui le criminel. Cependant il dit que le témoin, un berger, a parlé de brigands au pluriel. Il faut donc le faire venir pour qu'il explique à son tour ce qui s'est réellement passé. Un corinthien surgit annonçant la mort de Polybe, le père d'Oedipe, qui hérite ainsi de son royaume. Seulement, il finit par dire qu'Oedipe n'est pas le fils de Polybe. La réalité saute alors aux yeux. C'est bien Oedipe qui a tué Laïos et épousé sa mère comme l'avait prophétisé l'oracle.

Jocaste se tue en se pendant et Oedipe se crève les yeux près à partir vers le lieu où il avait été abandonné, seul endroit où il n'aura plus qu'à attendre la mort.

 

Sophocle, dans cette tragédie, reprend très précisément le mythe d'Oedipe et conclut sa pièce avec  cette phrase à méditer : "Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin".

 

On retrouve la structure classique avec choeur et coryphée pour répondre aux uns et aux autres. Le texte est passionnant. Un conte en forme de tragédie où la réalité est longue et difficile à se faire connaitre. La destinée humaine est fragile et Sophocle le montre bien ici où le roi devient un vagabond errant.

 

Sénèque, Corneille, Hugo von Hofmansthal, Gide et Cocteau ont également écrit des pièces sur Oedipe, mythe sans fin que Freud a fait "l'attachement des fils à leur mère avec rejet du père".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Deuxième lecture pour le challenge "En 2014, je lis du théâtre" organisé par Ankya et deuxième tragédie après "Prométhée enchaîné" de Eschyle, encore ici un excellent moment de lecture.

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 19:59

 

Un plaisir trop bref (Lettres) de Truman Capote (10/18 - 510 pages - mars 2007)

Traduit de l'anglais (américain) par Jacques Tournier

Edition établie par Gérald Clarke aux USA en 2004 

Titre original : Too Brief a Treat

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Truman Capote a vécu de 1924 à 1984, mort peu avant son 60e anniversaire.

Cette correspondance reprend les lettres adressées par l'auteur à différents destinataires entre 1936 et 1980.

Vous aurez ainsi compris que cette correspondance embrasse quasiment toute la vie de Truman Capote. Certes, certaines périodes sont très pauvres en lettres : ses premières années (1936-1946) et les dernières (1966-1980).

 

Ce sont donc essentiellement vingt années de sa vie 1946-1966 qui sont ici évoquées à travers les lettres d'un américain voyageur.

 

Il aura passé la majorité de sa vie avec son compagnon, car Capote est homosexuel, Jack Dunphy (1914-1992) qu'il rencontre en octobre 1948 et qui lui survivra. il sera lui-même écrivain. Une vie commune forte, entourée de quelques animaux qui font partie intégrante de leur vie, partout où ils vont allés. Mais, alors, disons-le tout de suite, il y a beaucoup de pudeur dans les allusions qu'il fait de leur vie commune aux amis. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux sont également homosexuels. C'est important de le préciser ici pour le cadre général, mais ce n'est en rien l'essentiel de cette correspondance.

 

Car c'est la LITTERATURE, et tout ce qui tourne autour, qui reste au centre des propos de Truman Capote. On y croise Tennessee William, Harper Lee (une amie d'enfance), William Goyen (qu'il va encouragé à ses débuts et avec qui il va se fâcher plus tard), William Styron... C'est dire que les amoureux de la littérature américaine voient passer ici des noms devenus souvent prestigieux.

Et comme Capote va devenir de plus en plus célèbre au fil des années, on le voit rencontrer Jacky Kennedy devenue une amie, la Reine d'Angleterre avec qui il va souper, sans oublier son voisin de Verbier, Charlie Chaplin qu'il croise régulièrement.

Une vie vouée à la littérature (au moins dans ces années 46 - 66, car après son chef d'oeuvre "De sang froid", il va tomber dans l'alcoolisme et les mondanités qui vont le faire écrire de moins en moins). Et toujours, il parle d'auteurs à lire, promouvoir. Un altruisme évident se dégage de ses lettres.

Au centre de ce gros volume (pour mémoire c'est un 10/18 "grand format" et non le poche 10/18 que l'on connait), 180 pages consacrées aux années 1959-1966, celles de l'affaire du meurtre de la famille Clutter, et en parallèle de l'écriture de "De sang froid", livre qui raconte cette affaire. Près de 6 ans, où il écrit, lit tout ce qui concerne l'affaire, interroge ses amis au travers de ses lettres.

Il était allé juste après le meurtre dans le Kansas avec Harper Lee. Puis, il raconte cette affaire jusqu'à la pendaison des deux meurtriers identifiés : Dick Hickcock et Perry Smith. Un procès qui va s'éterniser, les avocats faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour retarder l'issue fatale, qui aura lieu le 14 avril 1965. Dès le 25 septembre 1965, le livre parait d'abord dans le New Yorker avant de paraitre en livre en janvier 1966.

4 parties écrites toujours à l'étranger : Verbier (Suisse), Sicile, Espagne, Grèce, France. Quand il rentre aux USA, c'est pour voir ses amis, aller au Kansas où il peut rencontrer les criminels. D'ailleurs, il écrit à Perry Smith et plus encore, il se lie d'amitié avec Alvie Dewey, inspecteur chargé de l'enquête. Il est au coeur de l'affaire et peut écrire presque au quotidien cette histoire. Et sa correspondance montre un réel "work in progress".

C'est tout bonnement GENIAL pour le lecteur qui vit aux côtés de Truman Capote, pendant ces années.

 

" Truman Capote écrivait à ses amis comme il leur parlait, en toute franchise et liberté, dans un langage sans fioriture. Il mettait tout de lui-même dans ses lettres - ses blessures, ses plaisirs, ses succès, ses échecs. Aussi vivantes de nos jours qu'au moment où elles ont été écrites, il en émane un tel feu qu'on est obligés de les lire sans en sauter une ligne.
Ami amoureux, potinier insatiable, esprit étincelant - Capote a été tout cela. Mais aussi, presque jusqu'à la fin, écrivain de la plus haute ambition, se consacrant à l'écriture avec une rigueur spartiate. Sa correspondance exprime une personnalité si flamboyante et si généreuse qu'elle défie les lois connues de la pesanteur humaine. "
Gerald Clarke

 

Alors voici, tout est dit avec cette présentation de Gerald Clarke. Il est chaleureux, écrivant avec "passion", affection. Mais quelle belle aventure que ce livre.

 

Vous aurez compris que cette correspondance est pour moi un MEGA COUP DE COEUR.

Et quand on termine le livre, on n'a qu'une envie, c'est de plonger dans "De sang froid", pour prolonger l'aventure littéraire,  cette fois au coeur du livre.

Bonne lecture, qui je l'espère sera autant jubilatoire que celle que j'en ai faite.

(Juste un mot sur l'édition qui introduit bien les périodes de ces lettres avec en fin de volume un résumé de la vie de l'auteur très éclairante pour le suivre au fil de ses lettres. Un seul dommage, pas d'index des destinataires et des personnes citées dans les lettres)

Denis

 

Cette lecture entre dans le challenge US de Noctambule

http://22h05ruedesdames.wordpress.com/category/challenge-le-mois-americain-2/

 

challengeus 

 

Et cette correspondance rentre dans le challenge de Heide (en pleine réorganisation de son blog sur un nouveau site) : "En toutes lettres"

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 20:45

Un été indien de Truman Capote

(Rivages Poches : Bibliothèque étrangère - 53 pages - Avril 2006)

Traduit de l'anglais (USA) par Patrice Repusseau

Titre original : I remember my grandpa

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Une nouvelle fois une bien étrange traduction du titre original en français!!! pour cette nouvelle de l'écrivain américain Truman Capote (1924-1984), écrite en 1946 et publiée aux USA en 1986 après sa mort.

50 pages d'écriture limpide et sans fioritures pour raconter quelques jours de la vie de Bobby, le narrateur de cette histoire.

 

Alors qu'il a passé son enfance dans la ferme de ses grand-parents administrée par son père, il doit partir de "l'autre côté des montagnes";

Ainsi en a décidé son père qui ne veut pas qu'il subisse le même sort que lui, c'est-à-dire rester à la ferme et ne pas étudier.

Ce départ ébranle la famille et le grand-père dit à Bobby qu'il a un secret à lui révéler. Seulement, le mauvais temps arrive est il est convenue de partir un jour plus tôt, si bien que les adieux sont écourtés mais la grand-mère est malade et ils n'ont pas le temps d'attendre le médecin. Bobby a fait une promesse à son grand-père de lui écrire une fois par semaine car sans être allé à l'école Bobby a beaucoup appris avec le vieil homme.

Le nouvel endroit est magnifique et pour le père c'est une belle opportunité pour sa carrière car il vient ici en chef d'exploitation des biens de Mr Henderson.

Mais que deviennent les grand-parents ? Deux lettres qui arriveront donneront des nouvelles...

Beaucoup d'émotion dans ce récit bien tenu par l'auteur. Un petit bijou littéraire qui se lit en moins d'une heure. Bobby subit ici le sort des adultes plutôt égoïstes.

 

Page 10 : "Je n'oublierai jamais les jours qui précédèrent notre départ. C'était "l'été indien" et les feuilles d'un vert sans éclat se mettaient à flamber dans les tons orangés, rouges, jaunes et cramoisis".

 

Page 34 : "Maman entra à son tour et j'entendis le moteur démarrer. Tandis que la voiture s'éloignait sur le chemin, je pressai mon visage tout barbouillé de larmes contre la vitre arrière et enlevai la buée. Je reverrai toujours grand-père debout dans la cour agitant la main pour me dire au revoir. La neige voilait les arbres et les bois. Je distinguais à peine la maison - un filet de fumée s'échappait, aussi avalé par le ciel neigeux.

 

Bobby roule alors vers un nouveau destin... perdant à jamais son jeune passé.

 

J'ai lu ce texte parce que je suis en train de lire la correspondance de Truman Capote, que je trouve passionnante et ce livre me conforte dans l'idée que c'est un auteur à lire, notamment "De sang froid", ce gros livre qui est considéré comme son chef d'oeuvre. J'en reparlerai au travers de sa correspondance.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre qui rentre dans le challenge US de Noctembule

 

http://22h05ruedesdames.wordpress.com/2014/01/02/les-lectures-du-mois-de-janvier-2014/

 


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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 21:48

 

Prométhée enchaîné d'Eschyle

(Editions Paleo - Bibliothèque de l'antiquité - "Les tragédies d'Eschyle")

Traduit du grec par Ad. Bouillet

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Eschyle (V. 525 - V. 456 av J.C.) est un des précurseurs des dramaturges grecs, avec Sophocle et Euripide, les autres n'ayant pas eu de postérité suite à la perte de leurs oeuvres.

4 oeuvres d'Eschyle sont complètes sur plus de 80 oeuvres écrites.

"Prométhée enchaîné" devait faire partie d'une trilogie mais il reste des fragments infimes de "Prométhée délivré" et "Prométhée allumeur de feu".

Alors qui est Prométhée, dans la mythologie grecque ? Il est le fils du titan Japet et de Clyméné, frère entre autres d'Atlas. Prométhée était un géant dont Zeus a toujours redouté la puissance. Prophète, inventeur, il créa d'un bloc d'argile mêlé d'eau le premier homme. Lesquels hommes se sont multipliés en son absence. Alors, il tua un taureau : d'un côté il étala la chair, la moëlle et les entrailles recouvertes de la peau de la bête ; de l'autre il posa les os sur lesquels il plaça la graisse de l'animal. Zeus eut à choisir entre les deux tas et prit les os. Il décida alors de se vanger de Prométhée. Il envoya Pandore répondre tous les malheurs sur la terre en ouvrant sa boite et il dépêcha Héphaïstos qui enchaîna Prométhée sur le plus haut sommet du Mont Caucase, où chaque jour, pendant des siècles, un aigle vint ronger le foie sans cesse renaissant du malheureux. Il eut droit plus tard droit à la clémence de Zeus, quand Prométhée prophétisa le mariage à ne pas suivre par Zeus pour qu'il reste le Dieu des Dieux.

 

Cette suite aurait été le thème de "Prométhée délivré". Là, avec "Prométhée enchaîné", on en reste à son installation sur le rocher.

 

La pièce n'est pas intégrale mais il en reste une quarantaine de pages dans l'édition que j'ai eu entre les mains, si bien que l'on a l'essentiel du texte.

 

Ainsi, la tragédie commence quand Héphaïstosse doit d'enchaîner Prométhée. Il dit à La Force et La Violence qui l'accompagnent : "Moi, à vrai dire, le coeur me manque, Un frère, un dieu, l'attacher brutalement à ce roc si rudement battu de l'orage ! Pourtant force m'est bien de le prendre sur moi. Désobéir aux ordres de Zeus, chose grave !".

 

Et pourtant, il assume sa tâche, puis part. Arrive le choeur des Océanides sur un char ailé.

Vous savez sans doute que les tragédies ont toujours un choeur dans les oeuvres antiques, se disposant en trois rangées face aux spectateurs avec à sa tête un coryphée. Il commente l'action. Les "épisodes" de l'action alternent avec les intermèdes lyriques.

 

Le choeur dit tout de suite à Prométhée : "Ne crains rien. Elle t'aime cette troupe ailée, à tire-d'aile venue à ton rocher, malgré les vives répugnances d'un père".

 

Et Prométhée raconte alors les circonstances qui l'ont conduit à cette punition. Il a participé à faire de Zeus le Dieu des Dieux mais il se sent trahi par les hommes notamment alors qu'il leur a appris à se servir du feu.

Io vient à sa rencontre. Elle aussi est en situation délicate car elle erre dans le monde encornée par la piqûre d'un moucheron. Prométhée lui fait une prophétie la rassurant sur son futur. Elle se mariera en connaissant l'amour avec Zeus et en aura plusieurs enfants.

Io reprend sa course, le choeur reprend son chant et arrive un nouveau visiteur, Hermès, fils de Zeus, qui donne bien sûr raison à son père. Prométhée se bat pour la liberté des hommes et des Dieux en médiateur.

La dernière phrase de la tragédie est : "ô ciel, commune lumière où roule l'immensité, voyez ce que je souffre pour la justice".

 

Cette tragédie es très bien écrite, très poétique, et bien sûr, la mythologie est la base de sa narration. C'est une excellente occasion e revisiter des mythes comme celui de Prométhée, repris par Goethe notamment, puis Gide et Camus entre autres, avec son "Prométhée aux Enfers" (il est déjà un "homme révolté" chez Camus).

 

Un bon moment de lecture pour moi.

 

Denis

 

 

Première contribution à l'année théâtrale proposée par Ankya

"En 2014, je lis du théâtre"

  http://lacavernedankya.canalblog.com/archives/2013/11/21/28481606.html

   

   



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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 22:29

(Photo 20minutes.fr)

Kinderzimmer de Valentine Goby (Actes Sud - août 2013 - 220 pages)

 

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Ames sensibles, abstenez-vous. Vous aurez beau dire, j'ai déjà lu des histoires sur les camps de concentration, ce livre vous bouleversera pour un bon moment.

Le cadre, ici, c'est Ravensbrück, le camp de concentration et de travail pour les femmes et les enfants, à 80 kms au nord de Berlin.

Kinderzimmer est un roman mais basé sur le récit d'une des survivantes du camp. Car ce camp, tout en n'étant pas un camp d'extermination, les conditions de vie y étaient tellement difficiles, que chaque instant, chaque acte avait son importance pour savoir si on allait ou non continuer à vivre.

On arrive ici après un voyage comme celui qu'a fait Suzanne Langlois, devenue Mila dans le camp : voyage en train jusqu'ici. Les femmes ne savaient pas bien sûr où elles allaient et où elles étaient.

Mila est enceinte de 3 mois quand elle entre dans l'enfer de ce camp. Elle ne doit surtout pas dire son état malgré la visite gynécologique obligatoire où elle nie être enceinte. Sinon ce serait la mort assurée.

A Ravensbrück, ll faut d'abord passer par une mise en quarantaine.

Page 32 : " Le premier Appell sur la place centrale, c'est la chance du dehors. En quarantaine tu ne sors que pour l'Appell. A 3h30 la sirène, et aussitôt le café, la tranche de pain fine comme une lamelle de pomme et la question cruciale : manger d'un coup ou en plusieurs fois".

Ces questions  sont vite effacées car une fois sorties de cette zone de presque tranquillité, c'est la vie dans les blocks qui commencent. Et c'est une autre affaire, car ici, tout est sale, sent mauvais. On y meurt aussi très vite. Alors, après ces Appell interminables, il faut travailler à trier les affaires des détenues, en prendre la meilleure substance par exemple. Mais bien sûr il ne faut rien détourner sous peine de mort quasi immédiate. Et puis, en fin de journée c'est le retour au block.

Pour s'occuper, les femmes chantent, récitent des poèmes, donnent des recettes de cuisine, là où il n'y a quasiment rien à manger. Il faut se serrer pour dormir et de jour en jour les corps se délitent. Aucune hygiène ici. Le typhus arrive comme d'autres maladies... Bref, une vie de camp comme on en a lu déjà de nombreux témoignages.

Seulement, n'oublions pas que Mila est enceinte et au fil des semaines, l'accouchement approche. Elle s'interroge sur la survie possible de son bébé dans un corps aussi maigre.

Le jour fini par arriver et il faut aller à l'infirmerie, un enfer, lui a-t-on dit car elle a perdu les eaux. Elle accouche d'un garçon qu'elle nomme James. Le père, elle ne l'a pas connue. C'était un résistant qu'elle a caché et avec qui elle a fait l'amour sans savoir qui il est, sans même connaitre son visage.

Il faut à présent sauver de la mort James. Heureusement, il y a la Kinderzimmer où sont installés tous les nouveaux-nés. C'est une française, Sabine, qui s'occupe des bébés. Il faut allaiter même si on a peu de lait, ce qui est le cas de Mila. Quand elle n'a plus assez de lait, une femme qui a perdu son bébé, donne son sein à James. Car, oui, ici les femmes sont solidaires...

Le bébé survivra-t-il ? Il est né en septembre 1944 et la libération du camp est encore bien loin, surtout qu'ici on est près de Berlin. Mila mène un grand combat pour que James survive car la mort est partout et les bébés survivent rarement à leur 3e mois...

Je laisse les lecteurs, lectrices, lire le livre pour en connaitre la suite.

Soyez certain(e)s, que ce livre ne nous épargne rien de la déchéance des corps, de l'épuisement...

Vous aurez compris qu'il faut être "fort" pour lire ces descriptions de l'horreur incarnée dans ce camp de Ravensbrück.

 

Le style est flamboyant avec un côté poétique qui peut surprendre quand on s'attaque à un tel sujet. Mais aussi là, la réussite du livre. Vivre au quotidien de ces femmes, voir leur combat pour ne pas mourir et plus encore pour aider les autres.

Un livre pour Marie-Jo Chombart de Lauwe, puériculrice de la Kinderzimmer et les enfants de Ravensbrück, nous dit en exergue Valentine Goby. Une histoire vraie qui a inspiré cette fiction...

A lire absolument et on ne peut pas en faire, par pudeur, un coup de coeur. La fin m'a un peu déçu, je l'avoue, un peu "cliché", une fois la sortie du camp effectuée. Il y a quelques surprises dans l'intrigue que je me suis interdit de dire ici, pour ne pas tuer la lecture...

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre de la rentrée littéraire 2013 (livre voyageur initié par Jostein et qui a rendu visite à Olivier, Julie et qui va continuer son voyage dans quelques jours chez Tiphanie)

 

Il entre donc dans le challenge rentrée littéraire 2013 de hérisson (j'ai ainsi fini le challenge 1% avec ce 6e roman)

 

 

Et il entre aussi, publié en 2013, dans le challenge 0 à 9 de Julie

 

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 21:09

(Photo Babelio)

La petite arabe d'Alicia Erian (Points-Seuil - 380 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Olivier Deparis

Première édition française "Editions de l'Olivier" - 2007

Première édition USA - 2005 - Titre original : "Towelhead"

(Towelhead : A offensive word used to describe a custom of someone of arab)  

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Jasira a 13 ans et elle nous raconte quelques mots de sa jeune vie.

 

Début du roman : "Parce que je plaisais trop à son petit ami, ma mère m'a envoyée habiter avec papa. Moi, je ne voulais pas habiter avec papa. Il avait un accent bizarre et venait du Liban. Ma mère l'avait connu à l'université, puis ils s'étaient mariés, ils m'avaient eue, et ils avaient divorcé quand j'avais cinq ans."

 

Le décor est tout de suite planté. Jasira est déjà bien formée et elle sent monter en elle sa sexualité d'adolescente qui a tout à apprendre et à découvrir auprès des hommes. Elle connait à peine son corps car dès qu'elle arrive chez son père, ses règles surgissent. Terra Incognita pour elle. Que faire ? En parler à son père est difficile et pourtant il faut bien s'organise autour de cela. Alors, le père prend en charge les achats nécessaires à son confort féminin.

 

Enfant plutôt rebelle, elle ne comprend pas tout et veut elle-même décider par exemple si les tampons ne sont pas mieux que les serviettes.

C'est dire que Jasira ne nous épargne rien de ses préoccupations de jeune fille. Et puis, elle sent des pulsions en elle. Et le voisin, M. Vuoso, qui lui confie la garde de Zack, 10 ans, ne lui est pas indifférent. D'autant qu'il a des revues "Playboy" qu'elle se met à lire, rêvant d'être ces femmes au corps parfait, bien épilé. D'abord, son beau-père s'intéressait à son épilation.

Alors les relations avec M. Vuoso vont devenir très intimes. En parallèle, elle aime Thomas, un jeune noir de son école. Seulement, le père, bien qu'arabe n'apprécie pas qu'elle soit amie avec "un noir". Et le père est plutôt violent, frappant régulièrement Jasira quand il apprend qu'elle lui désobéit. Par exemple de sortir quand il n'est pas là.

La mère est informée de toutes les "déviations" connues de sa fille, car elle est loin de tout dire. De son côté, elle a quitté l'homme qui aimait un peu trop Jasira, mais très vte elle se remet avec quelqu'un, Richard, un noir !! (Tient !!). Elle comprend mieux alors que sa fille soit amie avec Thomas.

Et quand il faut rompre avec Zack qui lui tient des propos racistes et ainsi avec M. Vuoso, Jasira se rapproche de sa voisine Mélina avec qui elle peut enfin aborder certains propos "féminins".

Jasira va vivre un drame intime qu'elle va devoir assumer seule longtemps.

Au-delà des considérations très "intimes" d'une jeune fille, le roman montre les difficultés de vivre avec le père mais l'obligation qui est faite à Jasira de se soumettre à un minimum de règles de vie, qu'elle transgresse, rarement pour son bien, à chaque fois qu'elle le peut.

C'est un roman riche, très bien écrit, fait de nombreux dialogues au plus près des réalités que ressent Jasira. C'est un deuxième roman très réussi et qui a été porté à l'écran par Alan Batt : Towerhead (traduit en français par "Tabou(s)").

 

 

Sincèrement, et malgré le regard d'un homme, le livre n'est pas "scandaleux". Il est la juste réelle de la prise de conscience sexuelle d'une jeune fille de 13 ans, plutôt bien faite et qui doit se battre dans un monde où on la traite facilement parce qu'elle est "arabe".

 

Assurément un grand roman que je recommande vivement. On se laisse emporter par Jasira et on a envie de l'aider à s'en sortir dans un univers qui lui est hostile, à commencer par le père...

 

Et encore une fois, les Editions de l'Olivier font un travail remarquable en matière de littérature américaine (et je ne suis pas sponsorisé par l'éditeur, c'est en toute indépendance que je salue leur ligne éditoriale).

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre qui rentre dans le challenge US de Noctambule

 

 

 

Et dans le challenge romancières américaines de Miss G.

 

Challenge romancières américaines, Romancières américaines

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 20:36

(Photo amazone.fr)

Canada de Richard Ford (Editions de l'Olivier - Août 2013 - 480 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Josée Kamoun 

Edition originale "Canada" - 2012

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Lire le nom de Josée Kamoun m'a immédiatement fait pensé à Philip Roth qu'elle a traduit, sans oublier Virginia Woolf, c'est dire qu'il fallait s'attendre à une traduction de qualité.

Alors, voilà, on est devant un "grand écrivain" américain, Richard Ford et on est forcément impressionné de lire l'auteur. Surtout que les amateurs de l'auteur sont frustrés depuis quelques années.

Voyez plutôt : 2002 - "Péchés innombrables" et 2008 "L'état des lieux". 2 livres en 10 ans, on est loin du rythme de nos français (et belges) qui se doivent de publier un livre chaque année... Vous voyez de qui je veux parler, une dame à chapeau un peu gothique, entre autres... Un monsieur un peu joufflu et ventru...

 

Bref, voici le nouveau Richard Ford, sorti fin août 2013 en France et en 2012 aux Etats-Unis.

Alors, les amateurs de suspens vont être surpris et peut-être déçus car le premier paragraphe du livre résume toute l'histoire :

"D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C'est le hold-up qui compte le plus, parce qu'il a eu pour effet d'infléchir le cours de nos vies à ma soeur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d'abord."

 

Tout est dit : la première partie raconte la vie de la famille jusqu'au hold-up catrastrophique, la seconde partie parlant de la vie du narrateur jusqu'aux meurtres.

 

Seulement, l'auteur nous entraîne dans 480 pages de narration de qualité extrême. Le narrateur est Dell, le frère jumeau de Berner, tous deux âgés de 15 ans en 1960. Le père Bev Parsons a eu des revers de fortune qui l'ont conduit dans des activités de plus en plus louche au point d'être menacé par des Indiens avec qui il a fait un trafic de viande. La mère, Neeva subit la vie.

Alors, après que Dell nous aura raconté dans le détail cette vie qu'il regarde avec son oeil d'adolescent encore bien innocent, on en vient aux faits. Là encore, l'histoire du hold-up en Dakota du Nord alors qu'ils habitent à Great Fall dans le Montana, est vue à travers ce que Dell en a compris et d'après les récits de sa mère notamment.

C'est là la très grande qualité du roman : nous montrer le déroulement de la vie et des faits à travers un personnage qui subit toutes ces histoires presque avec détachement, se laissant porter par les décisions des uns et des autres. Plutôt observateur qu'acteur des événements qu'il raconte, alors qu'il est en première des conséquences dommageables.

Dell pose souvent des questions, presque naïves, aux adultes, y compris à ses parents. Du genre : 'est-ce vrai que vous avez braqué une banque ?

Ce n'est donc pas un roman policier alors que le thème aurait pu en faire un polar à suspens. Dell nous coupe l'herbe sous le pied, quand il dit par exemple, qu'après avoir vu ses parents en prison, il ne les reverrait jamais. Il anticipe ce qui va se passer, si bien que dès la première phrase, le lecteur a compris qu'il n'y aura aucun suspens dans ce livre.

Car après le hold-up, Dell part au Canada, conduit par une amie de sa mère Mildred. Il se retrouve ainsi chez Arthur Rimlinguer, américain exilé au Canada, tueur malgré lui, car il avait posé une bombe qui a explosé au moment où passait un innocent. Et les meurtres cités en début de roman, on comprend qu'ils viendront au cours de la seconde partie et qu'ils vont concerné le passé d'Arthur.

Dell est à nouveau en cinq semaines embarqué dans une histoire louche, avec seul espoir pour lui de pouvoir partir à Winnipeg pour y reprendre un cursus scolaire, absent ici. C'est Florence, la compagne d'Arthur qui lui a dit. Il s'en réjouit intérieurement, car ici il s'ennuie.

Heureusement, c'est la saison de la chasse à l'oie, très prisée des états-uniens, qui viennent en groupe pour chasser dans le Saskatchewan.

 

L'essentiel de l'histoire est là. Juste un mot sur Berner, la soeur de Dell. Elle décide de partir en Californie où un ami Ruby devrait la rejoindre, si bien qu'après l'arrestation de leur parent, les jumeaux se séparent pour le reste de leur vie.  Ils se reverront occasionnellement.

 

Un extait, page 245, quand Dell part au Canada : "Devant nous, au loin, là où la route n'était qu'un trait de crayon, deux petites bosses sombres sont apparues à l'horizon, sur fond de ciel bleu sans nuages. Je ne les aurais jamais vues si je n'avais pas suivi le regard de Mildred. Là-bas, c'était le Canada. Impossible à différencier. Même ciel, même lumière, même air. Mais autre. Comment se faisait-il que je sois en train d'y aller?"

 

Il y a un peu de Meursault dans Dell. Il observe mais il ne comprend pas tout ce qui lui arrive. Il subit ce qui lui arrive et tente de l'analyser. On imagine Ford aimant Camus.

 

Alors, voilà, il faut se laisser emporter par Dell, l'écouter, le regarder.

Vous aurez compris que ce livre est pour moi un véritable coup de coeur. Ce sera un roman qui comptera dans mon panthéon littéraire.

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lecture qui rentre dans le challenge rentrée littéraire 2013 chez Hérisson

 

 

5/6

 

Et il rentre dans le challenge US de Noctambule

 

moisamericain

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 18:23

Kitchen de YOSHIMOTO Banana

(Gallimard - "Du monde entier" - mars 1994 - 150 pages)

Traduit du japonais par Dominique Palmé et Kyoko Sato

Titre original : Kitchen - 1988

 

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Ce livre a eu un réel succès lors de sa sortie. L'auteure avait 23 ans lors de la sortie au Japon de son roman avec plus de 2 millions d'exemplaires vendus. Il paraissait en France 6 ans plus tard dans la célèbre et excellente collection "Du monde entier" chez Gallimard.

C'était alors le premier texte publié en France de YOSHIMOTO Banana. Elle a assez peu publié depuis et est plutôt oubliée.

En fait, deux textes composent ce livre : Kitchen (100 pages) qui donne son titre à ce livre et Moonlight (une nouvelle d'un peu moins de 50 pages).

J'ai trouvé beaucoup de qualités d'écriture dans ce livre. L'auteure sait nous intéresser à ses personnages, les présentant dans leur milieu naturel. Et bien sûr, le titre du livre montre bien que le paradis de Mikage Sakurai c'est "la cuisine".

Le roman débute ainsi, donnant le ton : "Je crois que j'aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde. // Peu importe où elles se trouvent et dans quel état elles sont, pourvu que ce soient des endroits où on prépare des repas, je n'y suis pas malheureuse."

Depuis la mort de sa grand-mère, Mikage vit seule et s'est installée dans la cuisine. Un grand ami de la famille, Yuichi Tanaba, lui propose de s'installer chez lui. Elle est présentée à Eriko, la mère de Yuichi, mais elle apprend presque aussitôt qu'elle est en fait le père de Yuichi. Elle a décidé de changer de sexe après la mort de son mari et à présent elle tient un bar de travestis.

Mikage s'en accommode sans difficultés et se met à cuisiner pour le trio pous son plus grand plaisir, suivant par ailleurs des cours de cuisine à l'école. Un malheur va survenir car chez l'auteure la mort est très présente, avec toujours en tête les disparus qui viennent les visiter pendant leur sommeil ou leurs rêveries... Mikage et le jeune hommes vont se rapprocher un peu plus, se demandant s'ils sont amoureux l'un de l'autre... On s'attache à ces deux "paumés" dans un monde qui leur échappe.

 

"Moonlight shadow" parle également de mort car Satsuki perd son amant Hitoshi dans un accident. Il était alors dans la voiture avec Yumiko, la fiancée de Hiiraji. Là aussi, deux "orphelins" vont se trouver réunis, Hiiraji à double titre car Hitoshi était son frère. Là encore, y aura-t-il amour entre les deux survivants. On retrouve ici encore deux "paumés" sans attaches qui vont se voir, se croiser régulièrement.

Moins crédible que le premier texte, une histoire "surnaturelle" vient s'incruster avec une femme magicienne, Urara.

 

Le style de l'auteur, sa qualité de narration claire et limpide font le charme principal de ces deux textes, qui se lisent avec plaisir. Et pourquoi pas manger japonais en lisant ce livre très "culinaire".

 

Bonne lecture,

Denis

                                                         ---------------------------------------------------

J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge littérature japonaise d'Adalana, qui se termine en décembre, après une année de lecture d'un auteur par mois, sans consigne pour décembre, puisque l'auteur était librement choisi. Kitchen étant dans ma bibliothèque depuis de longues années, c'était l'occasion de le lire.

Merci Adalana pour cette belle année (j'ai juste manqué octobre et novembre, sinon j'ai lu tous les autres auteurs proposés entre janvier et septembre).

Après une pause pour une très bonne cause personnelle, Adalana pense revenir à un challenge sur cette littérature très riche... A suivre donc...

Logo écrivains japonais_1

http://adalana.wordpress.com/2012/12/07/challenge-ecrivains-japonais-2013/

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 20:19

(Photo Belfond)

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes de Khaled Hosseini

(Belfond - "Littérature étrangère" - Novembre 2013 - 490 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Valérie Bourgeois

Titre original : And the Mountains Echoed - 2013

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Nouveau partenariat avec Athomédia pour le compte des éditions Belfond. Elsa a remplacé Laura et je les remercie toutes les deux pour leur fidélité dans notre partenariat qui me permet de découvrir de nouveaux talents littéraires chez Belfond et Fleuve Noir.

Je connais de nom l'auteur de ce roman au titre très poétique pour avoir entendu parler de son premier roman publié en France en 2005 : "Les cerfs-volants de Kaboul", sans avoir rien lu de lui.

C'est donc une découverte pour moi et j'avoue que ce livre est passionnant mais attention, il faut être vigilant, prendre des notes sur les personnages car on les voit passer, revenir sur une période allant de 1949 à 2010. 60 ans de vie en Afghanistan et ailleurs, entre périodes de paix et périodes de guerre intensive.

Au total, 9 chapitres datés, sauf un, pour permettre les points de repère temporels et des narrateurs différents pour éclairer l'histoire compliquée d'une famille afghane.

D'ailleurs, comment ne pas avoir une vie difficile, éclatée dans un pays qui a connu la guerre de façon récurrente, entre invasion russe puis invasion américaine après les attentats du 11 septembre 2001.

Tout commence au chapitre 1 par un conte que Saboor narre à ses deux enfants : Abdullah et Pari, juste avant qu'ils ne fassent un voyage long et fatiguant le lendemain. Au-delà de ce conte qui dit la difficulté pour un père de choisir l'enfant qu'il va sacrifier au Div, avide de jeunes enfants. C'est l'offrande d'un enfant qui va permettre au village de continuer à vivre... on sent combien Khaled Hosseini est attaché à la notion de conte car il est un véritable "conteur d'histoires".

Et puis, on comprendra un peu plus tard dans le livre, que Saboor a aussi dû sacrifier un de ses enfants.

Abdullah va être un des fils conducteurs du roman, avec son oncle Nabi, entré au service de M. Wahdati, un riche "kaboulien", marié à une très belle femme, Nila, que Nabi semble aimer en secret.

Au moment de la guerre contre les américains, un médecin grec, spécialisé en chirurgie esthétique, Markos, s'installe à Kaboul dans la maison de M. Wahdati, à titre gratuit puisqu'il représente l'aide humanitaire. On va suivre aussi sa vie et l'importance qu'il aura pour cette famille éclatée, parvenant à retrouver Pari, destinataire d'une lettre que son oncle lui a écrite peu avant de mourir et qui en fait l'héritière des biens de M. Whadati qu'il lui avait lui-même légués.

Il ne faut donc pas se perdre dans ce fil narratif décousu et que le lecteur tente de recoudre entre les USA, Paris, Kaboul, une île grecque et le Pakistan.

Et j'ai finalement lu ce roman comme neuf contes (ou nouvelles). Et c'est une belle manière d'aborder les contours de ce roman, car alors, on se dit que c'est du bel art et que l'auteur est un vrai "raconteur d'histoires". Et cerise sur le gateau, ces textes juxtaposés sont comme une toile d'araignée. On se laisse prendre dans la toile et on part de lieux en lieux, de périodes en périodes, où on est heureux de retrouver Abdullah ou Nila, ou Nabi, ou Pari, ou encore Markos, M. Whadati, Saboor... Et le puzzle se reconstruit sous nos yeux.

Alors, en conclusion, je dirai que ce livre est à lire tranquillement pour humer l'air du temps narratif sachant que l'auteur ne nous ménage pas, car la guerre et les malheurs de l'Afghanistan sont là, en arrière fond et ce n'est pas pour "rire", car misère, déracinement entre autres sont au rendez-vous...

Tout est traité avec "humanité" car on a affaire à des êtres humains et l'auteur leur donne toute leur dignité "d'homme".

Un grand et beau livre. On s'accroche et on lit un texte fort.

Bonne lecture,

 

Denis

 

Ce livre publié aux USA en 2013 rentre dans le challenge 0 à 9 de Julie (une année finissant par 3 est à l'honneur du 11 décembre au 10 janvier 2014)

 

Sans titre

 

Et l'auteur étant américain d'origine afghane, il entre donc dans le challenge US de Noctambule

 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 20:45

(Photo chapitre.com)

La surprise de l'amour de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

(Livre de Poche - 185 pages)

Préface et notes de Françoise Rubellin

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Je n'avais encore jamais lu de pièces de théâtre de Marivaux (1688-1763). Et oui cela arrive, d'où mon intention de lire (ou relire) des classiques pour combler des "lacunes".

Deux pièces du même nom ont été écrites par Marivaux , la première en 1722 pour le théâtre-italien de Paris et la seconde (que l'on appelle justement "la seconde surprise de l'amour")  en 1727 pour le théâtre français.

Les deux pièces ont été écrites pour des acteurs et actrices que Marivaux connaissait bien. Melle Silva pour le théâtre-italien et Adrienne Lecouvreur pour le théâtre-français.

Et Adrienne Lecouvreur (1692-1730) a été considérée comme la plus grande actrice de l'époque. Elle a inspiré un opéra de Scribe et son personnage a été interprété au cinéma par Sarah Bernhardt.

Pour rappel, on parle de "marivaudage", en référence aux oeuvres de Marivaux : "échange de propos galants et précieux". Cette dénomination s'est créée du vivant même de Marivaux.

Et c'est bien de cela qu'il est question dans "La surprise de l'amour". Le marivaudage, c'est tout un travail sur les mots, leurs interprétations par les personnages, les redites qui vont finir par être le révélateur de l'amour enfin exprimé.

Je l'annonce dès à présent, je n'ai lu que la première version, celle de 1722. J'avoue n'avoir pas été suffisamment "subjugué" pour me précipiter sur la version de 1727.

La nouveauté de cette pièce vient de ce que les personnages vont s'apercevoir seulement à la fin qu'ils s'aiment, alors que dans les autres oeuvres, les personnages sont amoureux dès le début.

Sept personnages qui vont former trois couples tandis que l'un d'eux, el baron, ne fera qu'une furtive apparition.

Pierre est jardinier de la Comtesse tandis que Jacqueline est servante de Lélio. Tous deux ont le parler local et c'est dans ce langage que débute la pièce :

Pierre : "Tiens, Jacquelaine, t'as une himeur qui me fâche. Parqué encore faut-il queuque parole d'amiquié aux gens".

 

Rassurez-vous, il n'y a que quelques pages dans ce langage, la suite des trois actes est présenté dans un français très lisible (dans la version du Livre de Poche il y a un glossaire en fin de volume, ainsi que des notes complémentaires. Exemple pris de la phrase ci-dessus : Parqué est un juron formé sur par Dieu.

 

Ils vont comprendre qu'ils s'aiment et s'aperçoivent très vite que la comtesse et Lélio ont également des sentiments d'amour entre eux, malgré le refus bien énoncé par Lélio qu'il a renoncé à jamais à l'amour. Il confie ces pensées à Arlequin son valet.

Mais voilà qu'Arlequin est en contact avec Colombine, la suivante de la Comtesse. Et ces deux-là vont également découvrir leurs sentiments réciproques.

Pour être complet, je rappellerai qu'Arlequin est un personnage récurrent de la comedia dell'arte. Il revient dans neuf pièces de Marivaux, c'est dire l'importance qu'il a pris à cette époque. Il est le valet comique et est connu pour sa bouffonnerie.

Colombine est également issue de la comedia dell'arte où elle est insolante et amoureuse taquine d'Arlequin.

Trois actes, donc, pour arriver à unir ces trois couples.

Ce théâtre fait partie de l'histoire littéraire et j'y reviendrai en 2014, qui sera, entre autres, pour moi, celle de la rencontre du théâtre des origines à nos jours...

Bonne lecture,

Denis

 

 

Cette pièce écrite et jouée en 1722 entre dans le challenge de Julie "challenge de 0 à 9" puisque du 11 novembre au 10 décembre, le chiffr 2 est retenu comme terminaison d'une oeuvre parue la première fois dans une année se terminant par 2, ce qui est le cas ici.

 

http://liresouslemagnolia.unblog.fr/2013/09/11/challenge-0-a-9/


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