19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 09:00







L' Alger qu'il a connue , encore toute européenne par l'esprit , les moeurs , les habitudes et le décor de la vie , n'était pas cette cité du Far West qu'elle allait devenir , l'espace de cinq ou six saisons lorque le ballon d'oxygène de la guerre multiplia sur son sol les immeubles de quinze étages , et l'entoura d'une guirlande de " grands ensembles " dont ceux de Climat de France et de Diar El Maçoul sont parmi les plus connus. L'Alger de Camus , c'est celle de l'entre -deux - guerres : une grande et belle ville , active et  et peuplée certes , mais plutôt qu'une métropole , une préfecture d'outre-mer , encore à demi coloniale et vite endormie dans la torpeur de l'été.




                                           
                                                    
Vue ancienne d'Alger




                                   
                                     
                                      
              Alger, Belcourt , Frond de mer



Ainsi que beaucoup de ses compatriotes , le jeune homme la quittait tous les dimanches , pour ces plages de la côte , de la Madrague à Cherchell , où  délicieux est le bain , puis le repos à l'ombre des pins maritimes.
Camus pratiquait la nage et le football ; il aimait " l'Université d'Alger qui, nous écrivait-il , se distingue de ses concurrentes françaises en ce qu'elle ressemble beaucoup plus , par le décor naturel et le style de vie , aux portiques anciens qu'aux prisons de la métropole.Notre plus grande occupation était , et est restée longtemps pour moi , le sport. C'est là que j'ai pris mes seules leçons de morale ".
Il fut gardien de but au racing Universitaire d'Alger jusqu'à ce que la maldie l'obligeât à interrompre ses études.

En Algérie , deux endroits privilégiés semblent avoir formé sa sensibilité , deux lieux bien différents , mais qui , chacun , ont tendu les deux extrémités de son arc : Oran et Tipasa.






                        
                                        
  Vue panoramique d'Oran


Oran , qui a perdu son âme , fut la Marseille de l'Afrique française.
" A première vue ( nous dit Camus dans La Peste ) , Oran est une ville ordinaire et rien de plus qu'une préfecture française de la côte Algérienne.La cité elle-même , on doit l'avouer , est laide , une ville sans pigeons , sans arbres et sans jardins , où l'on ne rencontre ni battements d'ailes ni froissements de feuilles. "
Rien de plus vrai , à s'en tenir aux apparences , que ce portrait d'un grand port , aux quartiers d'affaires désespérément semblables à ceux de Marseille ou de Toulouse , qui a grandi sans ordre et sans urbanisme , en bousculant toutes les prévisions.
Mais Camus en aimait la vitalité ; moins enracinée que celle d'Alger , la population y était plus variée et plus turbulente , fruit d'un melting pot où il entrait autant d'Espagnols et de Maltais que de Francaouis.
De ces origines bigarrées , était jaillie une génération solide de jeunes hommes bruns , grands , bien découplés , de filles justement admirées pour leur santé , leur plénitude dorée. Ce n'est pas un hasard si camus , qui avait passé un an et demi à Oran , en 1941 - 1942 , a trouvé dans le spectacle de ses rues encombrées et de ses boulevards débonnaires , ( mais il suffit de monter à Santa - Cruz ou d'emprunter le circuit du Murdjadjo pour mesurer ce que ce beau cadre naturel a perdu en se hérissant en béton ) le décor saisissant du plus significatif de ses romans , d'un roman devenu prophétique , comme Le Procés de Kafka , et pour les mêmes raisons : La Peste.

L'autre pôle algérien , que Camus a tiré d'une ombre deux fois millénaire , et qui lui restera à jamais associé dans la mémoire des hommes , c'est Tipasa.






 Vue des ruines romaines de Tipasa


Quelques vues de Tipasa pour le plaisir ( FLICK .FR )



Roman remains, Tipasa par Bachir



Roman remains, Tipasa par Bachir




VAM - Tipasa - Argélia par meira888



Ce n'est pas seulement dans " Noces " que Camus a parlé de Tipasa d'inoubliable manière , mais dans " L'été " où il entonne en l'honneur de ce ciel " frais comme un oeil , lavé et relavé par les eaux ", de cette lumière " vibrante " qui fait surgir , sur la mer comme sur chaque arbre ou chaque maison , " une nouveauté émerveillée " , un véritable hosannah : " La terre , au matin du monde , a dû surgir dans une lumière semblable ".

Pour lui , pas un seul des soixante -neuf kilomètres de route ( d'Alger à Tipasa ) qui n'ait été recouvert de souvenirs et de ronronnement du car , les matins , les filles fraîches , les plages , les jeunes muscles toujours à la pointe de leur effort , la légère angoisse du soir dans un coeur de seize ans , le désir de vivre, la gloire , et toujours le même ciel au long des années , intarissable de force  et de lumière , insatiable lui-même , dévorant une à une , des mois durant , les vctimes offertes en croix sur la plage , à l'heure funèbre de midi ..." , c'est tout cela qu'il voyait se lever en lui , dès que la route , quittant le Sahel et " ses collines aux vignes couleur de bronze ", commençait à plonger vers la côte.
Il aimait le lourd et solide Chenoua qui , le soir , quand le soleil couchant dore les pentes de la montagne , est seul à célébrer " la gloire fragile du jour ".
Aux pires heures de l'occupation , le souvenir de ce ciel lui servit de refuge : " C'était lui , qui , pour finir , m'avait empêché de désespérer. j'avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres ".
Car Tipasa , modeste villégiature de la côte algérienne , survit à son ancienne splendeur : les ruines y parlent plus haut que les villas perdues dans les bougainvillés.
Chaque pierre dit la fragilité des civilisations , l'attente des Barbares au seuil des temples , leur tragique irruption dans le bonheur tiède d'une romanité décadente.
Comment , lorsqu'on a la chance de s'y trouver au printemps , ne pas y répéter comme un  " Alleluia ", les premiers mots de " Noces "?
" Tipasa est habitée par les dieux , et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes , la mer cuirassée d'argent , le ciel bleu écru , les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures , la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que les gouttes de lumières et de couleurs qui tremblent au bord des cils ". ( Extrait de Noces )



La stèle de Camus(Tipasa). par zinounou


Stèle  de Camus à Tipasa


"Je comprends ici ce qu'on appelle gloire, le droit d'aimer sans mesure", cette phrase fut gravée par Albert Camus lui même sur cette stèle. Il adorait Tipasa qu'il qualifie de "cité habitée par les dieux". Il restait de longues heures à contempler les ruines de ce que fut jadis, cette splendide ville Bèrbero-romaine de Tipasus. 












Source Livre des Prix Nobel de Littérature édité sous le patronage de l'Académie Suédoise et de la Fondation Nobel
Albert Camus / La Peste ( 1957 )


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Published by FABIENNE - dans ALBERT CAMUS
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commentaires

Eliane 19/11/2009


belles infos, belles cartes

beau camus

merci de tes visites et clics !

*·.¸.·* clic bisous du jeudi*·.¸.·*


Marie 19/11/2009


L'Algérie a l'air d'un pays magnifique...
Grâce à toi, je commence à mieux cerner la biographie de Camus !



JACQUELINE 21/11/2009


Merci Fabienne pour ce magnifique hommage à "notre" Pays! je n'arrive pas à tout suivre mais je n'oublie pas votre magnifique site!! Je ne partage pas l'intention de M.Sarkosy de mettre notre
écrivain au Panthéon , lui qui fut éclairé par la lumière et dont le refus des "vanités" comme il les appelait. ( préface à la réédition de "L'envers et l'endroit") a toujours été évident. J'espère
que sa famille s'y opposera!
A bientot!


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