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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 20:23
Lire la poésie : de A à Z...(16/50) - H comme Hugo

Un poète : Victor Hugo (1802-1885)

Un recueil : "Les contemplations " (1856)

Un poème :

 

       Chose vue un jour de printemps

 

Entendant des sanglots, je poussai cette porte.

Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte.
Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard.
Sur le grabat gisait le cadavre hagard ;
C'était déjà la tombe et déjà le fantôme.
Pas de feu ; le plafond laissait passer le chaume.
Les quatre enfants songeaient comme quatre vieillards.
On voyait, comme une aube à travers des brouillards,
Aux lèvres de la morte un sinistre sourire ;
Et l'aîné, qui n'avait que six ans, semblait dire :
« Regardez donc cette ombre où le sort nous a mis ! »

Un crime en cette chambre avait été commis.
Ce crime, le voici : — Sous le ciel qui rayonne,
Une femme est candide, intelligente, bonne ;
Dieu, qui la suit d'en haut d'un regard attendri,
La fit pour être heureuse. Humble, elle a pour mari
Un ouvrier ; tous deux, sans aigreur, sans envie,
Tirent d'un pas égal le licou de la vie.
Le choléra lui prend son mari ; la voilà
Veuve avec la misère et quatre enfants qu'elle a.
Alors, elle se met au labeur comme un homme.
Elle est active, propre, attentive, économe ;
Pas de drap à son lit, pas d'âtre à son foyer ;
Elle ne se plaint pas, sert qui veut l'employer,
Ravaude de vieux bas, fait des nattes de paille,
Tricote, file, coud, passe les nuits, travaille
Pour nourrir ses enfants ; elle est honnête enfin.
Un jour, on va chez elle, elle est morte de faim.

Oui, les buissons étaient remplis de rouges-gorges,
Les lourds marteaux sonnaient dans la lueur des forges,
Les masques abondaient dans les bals, et partout
Les baisers soulevaient la dentelle du loup ;
Tout vivait ; les marchands comptaient de grosses sommes ;
On entendait rouler les chars, rire les hommes ;
Les wagons ébranlaient les plaines, le steamer
Secouait son panache au-dessus de la mer ;
Et, dans cette rumeur de joie et de lumière,
Cette femme étant seule au fond de sa chaumière,
La faim, goule effarée aux hurlements plaintifs,
Maigre et féroce, était entrée à pas furtifs,
Sans bruits, et l'avait prise à la gorge, et tuée.

La faim, c'est le regard de la prostituée,
C'est le bâton ferré du bandit, c'est la main
Du pâle enfant volant un pain sur le chemin,
C'est la fièvre du pauvre oublié, c'est le râle
Du grabat naufragé dans l'ombre sépulcrale.
ÔDieu ! la sève abonde, et, dans ses flancs troublés,
La terre est pleine d'herbe et de fruits et de blés,
Dès que l'arbre a fini, le sillon recommence ;
Et, pendant que tout vit, ô Dieu, dans ta clémence,
Que la mouche connaît la feuille du sureau,
Pendant que l'étang donne à boire au passereau,
Pendant que le tombeau nourrit les vautours chauves,
Pendant que la nature, en ses profondeurs fauves,
Fait manger le chacal, l'once et le basilic,
L'homme expire ! — Oh ! la faim, c'est le crime public ;
C'est l'immense assassin qui sort de nos ténèbres.

Dieu ! pourquoi l'orphelin, dans ses langes funèbres,
Dit-il : « J'ai faim ! » L'enfant, n'est-ce pas un oiseau ?
Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau ?

Avril 1840.

 

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"Les Contemplations" fait partie des grandes oeuvres de Victor Hugo.

C'est un très gros volume de poèmes qui forment une "autobiographie" du poète entre 1830, année de la maturité et 1855, période de l'exil.

Deux parties : "Autrefois" (1830/1843) - Une révolution et une terrible mort, celle de Léopoldine pour borner cette période.

"Aujourd'hui" (1843/1855) - Double exil après la mort qui a ruiné la vie de Hugo et après la prise du pouvoir par Napoléon III.

Le poème "Chose vue un jour de printemps" est le 17e poème de 30 (la plus longue série de poèmes du recueil) du livre III "Les luttes et les rêves" de la période "Autrefois". La date est celle des faits mais non de la composition du poème qui, elle, est de 1854. On sent la fibre de l'écrivain qui écrira "Les misérables".

Le titre rappelle la compilation de textes, journaux... réunis après la mort du poète sous le titre "Choses vues", que je lis par ailleurs cette année.

 

Ce très grand recueil de 158 poèmes sur près de 500 pages devrait devenir le livre de chevet de chacun pour y puiser des sources d'inspiration et des temps de réflexions, de regard sur le monde qui nous entoure... : une sorte de "philosophie de la vie".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lu dans cette très riche édition présentée et annotée par Ludmila Charles-wurtz (2002)

Lu dans cette très riche édition présentée et annotée par Ludmila Charles-wurtz (2002)

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Published by DENIS - dans POEMES
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commentaires

Mia 24/04/2015 12:21

Coucou, j'ai publié un roman récemment, je me permet de te laisser le lien du site web. Passe y faire un tour, ça me ferait plaisir. :) J'essaye de me faire un peu connaître, j'avoue ne pas savoir comment m'y prendre.
Passe une bonne journée. :)
http://miakbowen.tumblr.com/ / fb: "Les Enfants de la Lune - Mia K. Bowen"

Denis 24/04/2015 20:50

Je suis allé voir mais je n'ai rien vu sur le site Mia !!!

noisette27 23/04/2015 23:54

les contemplations c'est l'oeuvre que je préfère de e grand poète, et également choses vues, une sacré source de renseignements sur son époque. je les ai dans ma biblio également. bonne lecture cher Denis.

Denis 24/04/2015 20:51

Je me régale avec les deux en effet

Evy 23/04/2015 20:26

Merci pour ce partage que de beau poème de Victor Hugo à lire et relire bonne soirée Evy

Denis 24/04/2015 20:51

Merci Evy

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