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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 12:00
Hôtel problemski de Dimitri Verhulst (Christian Bourgois)

Hôtel problemski de Dimitri Verhulst

(Christian Bourgois - octobre 2005 - 160 pages)

Traduit du néerlandais (Belgique) par Danielle Losman

Titre original : Problemski Hotel

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L'auteur, écrivain et journaliste, belge d'expression flamande est né en 1972 à Alost. Il explique dans la postface de ce livre qu'il a été invité par la revue "Deus Ex Machina" à écrire un article sur les demandeurs d'asile. Il a ainsi séjourné quelques jours dans le centre d'accueil à Arendonk, en décembre 2001, peu après la destruction des tours de New York et l'ambiance était encore très tendue. Il a alors pris pour modèle des demandeurs d'asile du centre pour en faire ce livre très fort, ni roman ni essai : "Pour éviter les malentendus je me vois obligé de préciser que la moitié à peu près des récits sont inventés, et qu'aucun des récits ne contient un mensonge".

 

Livre "choc" assurément, tellement la vie de ces gens de toutes races et de toutes couleurs est sordide, tant pour les raisons pour lesquelles ils sont là, que pour leur quotidien au centre d'accueil que pour leur futur...

Un futur en forme d'espoir : obtenir le droit d'asile, surtout ne pas rentrer au pays et au besoin fuir dans des conteneurs, des camions ou dans toute autre moyen de transport qui permette de se cacher.

 

Le personnage principal du livre est Bipul Masli, photographe avec qui on fait connaissance en 1984, à Hargeisa (Somalie) lorsqu'il prend en photo un enfant mourant : (page 12) "Ce gosse mourant que je voulais photographier a déterminé, je l'avoue, un tournant dramatique et artistique dans ma vie. Il m'a converti à la photo couleur". Il lui faut une mouche pour faire plus véritable, d'où la mouche sur la photo de couverture du livre. Et à Flutopia en 1974, lorsque ses parents lui ont offert pour sa communion un appareil photo et quand il prend sa soeur en photo elle se prend une balle de rebelles en pleine tête. Un journaliste lui a acheté sa photo : (page 25) "C'est là, c'est là qu'a débuté ma vie de photographe de presse. Avec une photo médiocre, prise avec un temps d'obturation trop court et sous-exposée."

Un personnage sordide que l'on retrouve en décembre 2001 parmi les exilés. Commencent alors de courts chapitres pour parler du quotidien avec des portraits des "pensionnaires" hauts en couleur, ainsi de Igor dit Stravinksi ou Rocky car il aime la boxe : (page 52) "Igor ne dit pas grand chose. Igor en vrité dit trois fois rien. C'est ce qui m'angoisse tant. Ca bout, dans ce garçon, le fossile le plus demeuré le sentirait, et tôt ou tard les fusibles pèteront".

Il y a Anna qui se prostitue, la jeune mineure Lidia ou Martina violée par un albanais et qui donne naissance à un enfant qui doit mourir dès sa naissance.

Tout le monde espère s'en sortir mais sans vraie conviction. Surtout ne pas rentrer au pays où la terreur sévit généralement.

Ainsi arrive Noël, fêté par les chrétiens comme Bipul : (page 148-149) "Ce matin-là, nous avions enterré Sedi dans une tombe que personne jamais ne visitera, à côté de lui l'enfant non désiré de Martina se dissout dans une pourriture absolue. Blanches sont les crêtes des vagues sur la mer, blanc est le noêl rêvé de Lidia. Elle me manque. Et mon appareil photo me manque".

Chanter, rêver, penser et survivre quoiqu'il arrive. Il y a eu déjà tant d'horreurs à vivre pour arriver jusqu'ici que tout bon moment est à déguster. La violence existe aussi ici et trouver une opportunité de s'enfuir n'est pas simple d'autant qu'il faut savoir que ce sera une nouvelle galère pour rallier l'Angleterre...

Un livre fort, puissant, plein d'humour même si les passages que j'ai choisi sont plutôt sombres.

 

Un très, très grand livre pour approcher une des tares de notre monde : la guerre, la violence. Et en sortir quand on est né dans un pays guerre et/ou en état de violence, c'est un combat de chaque instant où il faut vraiment une force de caractère intense pour espérer en un avenir meilleur...

 

Un énorme coup de coeur tant littéraire car c'est de la grande littérature ce livre autour d'un sujet tragique de société.

 

Bonne lecture,

Denis,

 

Livre lu dans le cadre du mois belge animé par Mina et Anne, avec pour thématique ce 10 avril, un auteur belge de langue flamande.

 

Hôtel problemski de Dimitri Verhulst (Christian Bourgois)

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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commentaires

argali 13/04/2015 23:43

Un livre dont je prends connaissance grâce à toi. Je suis en train d'en lire un sur le même sujet, en jeunesse, "Refuges" d'Annelise Heurtier. Un roman sur Lampedusa. C'est vrai que certains parcours secouent.
Je note celui-ci.

Denis 14/04/2015 20:35

Exact Argali les portraits sont saisissants et on se dit que l'on est privilégiés de vivre dans des démocraties même si ce ne sont pas des paradis. On n'ose pas se plaindre de sa vie dans ces moments-là.

Mina 12/04/2015 11:22

Un sujet fort et un traitement littéraire qui le restitue bien apparemment : une façon de rendre ces gens moins anonymes, de leur rendre une histoire et d'y sensibiliser le lecteur ?

Denis 14/04/2015 20:33

C'est tout à fait cela Mina

Anne 11/04/2015 15:35

Je ne connaissais pas ce titre de Dimitri Verhulst, on sent qu'il t'a marqué.

Denis 12/04/2015 10:55

Le thème y est pour beaucoup je pense et puis l'écriture aussi, brutale mais très "juste" non dénuée d'humour pour nous imprégner de la pugnacité de ces exilés en quête d'espoir et de liberté.

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