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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 22:19
Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann (Grasset)

Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann

(Grasset - 365 pages - 2011)

Traduit de l'allemand et préfacé par Danielle Risterucci-Roudnicky

Postface d'Irmela von der Lühe

Titres originaux : The Lights Go Down (1940)

et Wenn die Lichter Ausgehen (2005)

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Erika Mann (1905 - 1969) est la fille de Thomas Mann et la soeur de Klaus Mann.Sa vie d'adulte va se partager entre les voyages, notamment avec Klaus et l'écriture.

La satire politique du nazisme va contribuer à son succès au début des années 30 grâce à son cabaret théâtral "le moulin à poivre" qu'elle ne pourra pas exporter aux USA car elle y fait un fiasco alors que l'Europe l'a applaudie avant qu'elle ne parte en exil là-bas.

Elle se lance alors dans des conférences où elle part du particulier pour aller vers le général ce qui rend vivants ces moments de parole face au public. Et ce sont des témoignages "percutants" sur le nazisme qui sévit en Allemagne. Pendant la guerre, elle va aussi faire des émissions de radio à la BBC

Erika Mann s'inspire du genre littéraire américain "The small Town Literature" pour composer "Quand les lumières s'éteignent". Sinclair Lewis et Thornton Wilder ont utilis ce mode littéraire.

Ainsi, elle plante le décor d'une ville allemande du Sud et rentre dans les maisons ou lieux publics pour y établir son récit : 10 lieux de "Notre ville". Elle met en lumière la destruction, par la dictature puis la guerre, de ce monde quotidien des "allemands moyens". L'aberration de l'idéologie raciste et l'absurdité d'une politique de l'espace vital conduisent à des excès tellement fous que les allemands finissent par s'opposer à certaines décisions malgré les risques majeurs encourus.

 

Malgré cette tenaille nazie, des personnages osent refuser certains ordres comme ce chef des S.A. qui prévient les juifs qu'un pogrom est prévu en novembre 1938, permettant à la majorité d'entre eux de s'enfuir avant l'assaut. Lui, bien sûr, ne sera pas épargné car très vite on a compris qu'il était complice de cette désertion...

Un paysan a donné à manger de l'orge à ses volailles et il se retrouve en prison car il a désobéi aux nazis qui ont prohibé cet aliment pour ces animaux... Un professeur de droit arrive avec des sous-entendus à faire comprendre à ses étudiants que le droit et les lois sont soumis aux exigeances du nazisme. Où est la liberté de la justice ? Et les études sont raccourcies au détriment de la qualité...

Un médecin s'offusque que l'hygiène soit de plus en plus "bannie" des pratiques médicales...

Dix histoires donc avec certains personnages qui passent d'un texte à l'autre "discrètement" montrant une certaine continuité narrative, car on n'est pas dans de la "nouvelle".

Et puis, tout est vrai dans ces textes, notamment les textes nazis qui servent de base aux critiques des uns ou des autres. Eirka Mann, exilée à l'époque (fin des années 30) a recueilli des témoignages précis qu'elle intègre dans le corps de ses textes.

Page 121 : "Herr Alfred Huber, l'industriel, était un citoyen typique de notre ville. Les autres étaient comme lui : déprimés et désorientés, "victimes des circonstances extérieures".C'est ledestin, pensaient-ils, notre destin, le destin de l'Allemagne (...). Mais comme aucune réponse ne venait, ils continuaient - pour l'instant - d'obéir".

Toutefois, une "résistance passive" s'organise pour traîner des pieds face aux décisions, notamment celles qui consistent à "obliger" les allemands à travailler pour les usines d'armement ou à construire la ligne Siegfried, à l'exemple de Franz Deiglmeyer, le S.A. :

(page 154) Franz Deiglmeyer exécutait ses tâches avec assiduité, fidélité et conscience.Il tentait d'adoucir les peines qu'il était obligé d'appliquer. (...) Il accordait avec générosité les autorisations de visite aux familles. Il permettait aussi aux prisonniers d'emporter des provisions et des vêtements".

Le chirurgien Scherbach dit page 249 : "Je n'ai pas l'intention de gêner le gouvernement et, de son côté, le gouvernement ne va pas me gêner. Un certain temps s'écoula avant que le professeur ne s'avoue en secret qu'en Allemagne, la vie dans sa totalité était pourrie depuis que l'état 'totalitaire" était idolâtré".

 

Ce livre permet de mieux comprendre combien le nazisme a pesé sur les allemands pris entre l'obligation d'idolâtrer le parti afin de continuer à vivre presque normalement et l'envie de s'en émanciper au risque presque toujours inéluctable d'être réprimandé, emprisonné, voire tué...

 

Vous avez sans doute compris que j'ai beaucoup apprécié ce livre très bien présenté par la traductrice pour le texte et par une universitaire, biographe de l'auteure, Irmela von der Lühe, pour la  présentation d'Erika Mann et de son oeuvre.

 

Un livre qui plait tant aux littéraires pour le style qu'aux passionnés d'Histoire pour le contexte de ce texte.

Je le recommande vivement.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Pour rappel, dans le cadre de ces quelques livres lus autour de la famille Mann, j'ai présenté récemment le très intéressant livre de Klaus Mann : Ludwig.

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commentaires

Karine:) 27/12/2014 18:42

Tiens... je ne connais pas du tout. Pourquoi pas.

Denis 27/12/2014 20:39

Littéraire et historique et il est sorti en poche l'an dernier je crois

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